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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 08:11

Une petite ligne a attiré mon attention dans une récente lettre d'information du diocèse de Lyon.


Au milieu des annonces ordinaires de l'agenda, une petit note intitulée Nullité de mariage y vante les permanences hebdomadaires de l'Officialité inter-diocésaine de Lyon. Ce Tribunal ecclésiastique, dans lequel exercent spécialistes du droit canonique mais aussi avocats « ordinaires », est en charge « de l’administration de la justice dans les diocèses ». La note de présentation liste les cas d' « inévitables conflits dans l’Église » : « contentieux, échecs matrimoniaux, actes scandaleux, abus de pouvoir ».


On se demande bien en quoi un échec matrimonial peut relever du « conflit dans l’Église ». Si celle-ci, lors du mariage catholique, a été témoin du sacrement de mariage que les époux se donnent devant Dieu, le désaccord au sein du couple regarde avant tout la famille et, le cas échéant, la justice civile.


La mise en exergue de l'Officialité n'est pas anodine a l'heure où l'on envisage enfin de se pencher sur l'interdiction de sacrement pour les catholiques remariés. Actuellement, la seule solution proposée est la procédure de nullité de sacrement, laquelle offre une improbable virginité matrimoniale. Utilisée jadis dans la cas d'immaturité d'un des époux ou d'unions forcées, elle est parfois empruntée par les Princes de royaumes catholiques, comme sésame indispensable pour refaire sa vie... dans les règles.


Certains dans l’Église mettent en avant cette solution et la jugent pertinente pour la masse de catholique, qui ont vécu, voulu ou subi, un divorce et qui, remariés, veulent redevenir des pratiquants à part entière. Ce solution éviterait la remise en cause d'une norme, coup de canif dans le principe très catholique – et difficilement tenable aujourd'hui – qu'un engagement pris devant Dieu (mariage, ordination) ne se conçoive que jusqu'au dernier souffle. Et que tout manquement entraîne une situation de péché de catégorie supérieure.


Pour ces puristes du sacrement, pour qui la loi s'impose de toute façon à la réalité de la vie, la nullité de sacrement est « la » solution pour les victimes d'accidents matrimoniaux. Comme jadis avec les unions non-consommées, il est demandé à des personnes de prétendre que leur engagement est, religieusement, « annulé ». L'amour vécu avant et pendant le mariage compte-t-il pour de beurre ? Quid des relations tissées autour du couple ? Quid des enfants nés de cette union ?


« Tout ce qui a été vécu en famille demeure bien réel, et ne doit pas être considéré comme n’ayant eu aucune consistance en raison de la déclaration de nullité du mariage des parents », dit la note diocésaine. Il n'empêche. Il faut avoir une drôle d'idée du couple pour penser qu'un coup de gomme administratif sur le passé puisse être une solution satisfaisante et respectueuse pour pouvoir refaire sa vie dans la plénitude de la vie de foi.


Le pape François a placé la résolution de cette impasse pastorale, qui a éloigné tant de chrétiens fervents des églises catholiques depuis des décennies, en liste de liste des réformes à mener. Cet été, il a évoqué son intérêt pour le mode de gestion de certaines Églises orthodoxes. Après un chemin pénitentielle, les remariés peuvent y retrouver l'accès plein aux sacrements. Et cela, sans renier leur précédente union, laquelle pour avoir échoué, ne fut pas « nulle » pour autant.


Un Synode extraordinaire des évêques va se tenir en automne 2014 sur "Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation". Vont s'y affronter des défenseurs du statu quo, des partisans de l'annulation et des militants du rituel permettant un nouveau départ. Il conviendra de soutenir fermement cette troisième voix, la seule qui respecte la réalité de la vie d'aujourd'hui.

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commentaires

x 03/01/2014 23:31

Certes, mais la rupture d'une union est réellement un malheur. Le fait de reconnaître que cette union était nulle, non valide, n'est à mon avis qu'une manière de ne pas oublier cette réalité.

Nathanaël 29/10/2013 22:17

Je suis très pessimiste sur ce futur synode des évêques "Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation". Car enfin, il y a quand même quelque chose qui ne va pas dans le fonctionnement de notre Eglise : on me fera croire difficilement que des hommes célibataires, d'âge mûr (pour le moins) puissent avoir une parole juste sur la vie familiale et conjugale. Que connaissent-ils vraiment sur les difficultés rencontrées par les couples et les familles ? Ils sont inexpérimentés par principe ! Je crains que le résultat de leurs cogitations ne déçoive une fois de plus le peuple chrétien et toutes celles et tous ceux qui sont depuis quelque temps déjà sur les marges de l'Eglise. Le peuple fera comme après "Humanae vitae" : il parlera avec ses pieds, c'est-à-dire ... qu'il mettra de moins en moins les pieds dans les églises ! En fait, je crois que nous vivons en pleine hypocrisie : il ne manque pas de paroisses où des chrétiens divorcés remariés participent aux sacrements au vu et au su de tous. Mais la hiérarchie ne veut pas le voir et surtout pas modifier la doctrine officielle. Il me semble pourtant que le sacrement de mariage ne date pas des origines chrétiennes mais bien plutôt a vu le jour au tournant des 11°-12° siècles. Les paroles de Jésus sur l'indissolubilité du mariage ne sont pas normatives ni ne fondent le sacrement (Jésus a-t-il fondé un seul sacrement ?). Tout passage de l'Ecriture demande interprétation. Dès qu'on lit dans un évangile : "Jésus a dit...", il faut aussitôt (et pour tout passage) ajouter : "c'est-à-dire...". Qu'il s'agisse du mariage, de l'eucharistie, du péché et du pardon,etc.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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