Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 11:31

Au Vatican, certains regrettent le bon temps des papes muets. Quand les pontifes ne s'exprimaient que par textes écrits, de leur plume ou non. Ces documents ne sortaient pas sans avoir été visés par les gardiens de la Vérité.


On le sait, François aime improviser. Chaque matin, lors de sa messe à la Maison Sainte-Marthe, ce n'est pas le souverain pontife qui s'exprime mais un pasteur jésuite venu d'Argentine. Ce que lui inspire la liturgie du jour n'est pas nécessairement parole officielle de l’Église et n'a pas vocation à l'être.


Présenté comme un homme fuyant les médias, il a accordé plusieurs interview dont une, fameuse, avec un « étranger » à la famille, Eugenio Scalfari, fondateur du quotidien de gauche La Reppublica. Le fruit de leurs échanges, largement diffusé, a été retiré dernièrement du site internet officiel du Saint-Siège, par décision de la Secrétairerie d’État (1)


« Cet entretien est fiable dans son sens général, mais pas dans ses formulations concrètes », a indiqué le P. Federico Lombardi, le porte-parole du Saint-Siège, décidément bien bousculé par son confrère jésuite.


Le pape sait qu'un responsable aujourd'hui s'exprime par deux canaux, le on et off. En France, la page 2 du Canard enchaîné est plus instructive sur ce que nos dirigeants ont en tête que leurs discours publiques ou leurs interviews maîtrisées.


Le Saint-Siège a raison en rappelant qu'on ne saurait mélanger le statut des interventions papales. Il fait peut-être fausse route en marquant une hiérarchie trop forte qui tendrait à discréditer toute parole non marquée du sceau officiel. La langue du pape est parfois incontrôlable parce que spontanée et il faudra, pour ses collaborateurs, s'en faire une raison.


Cette histoire pose aussi une question grave : un pape peut-il parler autrement que comme pape ? Le matin, il veut être un simple prêtre qui donne une prédication. Parfois, il aspire à être un catholique en dialogue et en recherche avec la société. Face à Eugenio Scalfari, c’était Jorge Mario Bergoglio qui cherchait à évoquer un chemin et des convictions.


Le pape n'a pas l'intention de s'empêcher ces incursions hors-piste. Avec les risques de dérapages. « Le pape n'a pas peur de se tromper » écrivait avant cet été le jésuite français François Euvé, directeur des Études. François, celui de Rome, est humain, ce qui ne devrait pas être incompatible avec sa fonction.


Dans une communication jadis trop bien huilée (Jean-Paul II coaché par Joachim Navarro-Valls) ou au contraire très brouillonne (Benoît XVI et déjà le P. Lombardi qui apprenait les événements deux minutes avant la presse mondiale..), ce vent de fraîcheur est appréciable. Jean XXII reste aussi dans le cœur des catholiques pour ses fioretti, ses petites phrases. Un genre qui renaît aujourd'hui à Rome.


Cette spontanéité papale n'est pas seulement utile aux journalistes en quête de scoops. Elle met son auteur, parfois, sur le même plan que celles et ceux qui tâtonne sur le chemin de la foi en Dieu.


(1) Très en retrait, notamment dans le processus de réforme du Saint-Siège, celle-ci tente de montrer qu'elle garde un peu de pouvoir. Celui de faire le tri dans la parole papale. A défaut de pouvoir l’influencer.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de cathoreve
  • Le blog de cathoreve
  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
  • Contact

Recherche

Liens