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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 20:19

La lecture du Guide de l'Eglise catholique (voir ici), qui est au journaliste en charge des religions ce qu'est le Vidal au médecin ou le Dalloz au juriste, recèle d'informations édifiantes... et d'autres plus distrayantes.

Pour commencer par le futile, on va parler pilosité épiscopale. Alors que la barbe est redevenue très tendance, et qu'elle fut jadis un signe de sagesse masculine, nos évêques sont très majoritairement glabres. Honneur donc aux rebelles (ou aux rétifs du rasoir) que sont NN. SS. (1) Blaquart (Orléans), Bouilleret (Besançon), Castet (Luçon), Centène (Vannes) et Lafont (Cayenne).


On n'oubliera par Mgr Jacolin (Mende), mais il appartient à la congrégation des Missionnaires de la Plaine, et le port de la barbe chez les missionnaires est proverbiale. Dans cette catégorie, on peut citer le mariste Mgr De Rasilly, prélat de Wallis et Futuna. Mgr Gudziak qui veille sur Ukrainiens de rite byzantin de l'hexagone également barbu.


Enfin, nous attribuons une mention spéciale à Mgr Fonlupt qui sillonne son diocèse de Rodez, avec une simple moustache.


En page 76 (numéro prédestiné), on apprend que Mgr Jean-Luc Brunin est « évêque du Havre-de-Grâce (sic) depuis 2011 ». Espérons que cela portera chance au prélat et à ses ouailles. Il s'agit sans doute d'une facétie de correcteur orthographique ayant échappé à la vigilance des correcteurs. Que celui qui n'en a jamais laissé passer leur jette la première gomme.


Plus sérieusement, j'ai jeté un œil aux statistiques de prêtres en activité dans les diocèses. Si l'on s'en tient à la métropole, 15 diocèses en comptait début 2014 moins de 50. La palme revenant à Nevers (26), devant Agen et Digne (27) puis Verdun (29). Si des services sont parfois déjà mutualisés entre voisins, il faut se poser sérieusement la question de la viabilité de certaines entités diocésaines. La politique de l'autruche, très employé dans l'Eglise de France pour les réalités qui fâchent, connaît des limites


Pour mieux se rendre compte de la difficulté, il convient de rapporter ce chiffre à la population du diocèse. La Charente (Angoulême) est deux fois plus peuplée que les Alpes de Hautes-Provence (Digne) pour le même nombre de prêtres. A ce petit jeu, le plus maigre diocèse de France en population, Mende et ses 77.000 âmes, n'est pas le plus à plaindre. Il est en effet desservi par 39 prêtres. Soit 1 pour 1.974 habitant. Ce nombre monte à 5.808 à Chalons en Champagne (47 pour 273.000), 6.750 à Angoulême (62 pour 309000), ou 11.758 à Belfort (29 pour 341.000).


La situation est plus gérable à Saint-Pierre et Miquelon, ou les 6081 habitants bénéficient des soins pastoraux de deux prêtres, dont Mgr Gaschy, spiritain, et vicaire apostolique des lieux.


En zone urbaine, ce ratio d'habitants par prêtres en activité est parfois encore plus élevé. Dans le diocèse de Saint-Denis (93), ils se sont que 91 pour 1 million et demi d'habitants, soit 1 pour16.485. Résultat que l'on peut comparer à Versailles, qui peut compter sur 205 ministres pour une population légèrement inférieure (1,4 millions), donnant un rapport de 6.868.


Bien sûr, on ne saurait s'arrêter aux chiffres bruts. La géographie fait que les conditions de travail ne sont pas les mêmes en région parisienne que dans les Alpes. On pourra aussi objecter que la population totale ne dit rien du nombre de catholiques, en proportion plus nombreux dans les Yvelines qu'en Seine-Saint-Denis. Ce n'est pas autant que dans ce dernier département les prêtres seraient moins occupés. Leur action missionnaire est d'une autre nature et la rencontre interculturelle occupe à Saint-Denis une place plus importante qu'à Versailles, oû la demande de sacrements est sans doute plus importante.


Déjà effective, avec des diocèses « exportateurs » et d'autres « importateurs » au sein du pays, la solidarité en matière de prêtres gagnerait à se développer.


On retiendra de tout cela qu'il n'y guère d'endroit où les prêtres se tournent les pouces dans les diocèses de France. Et que la survenue de la retraite réglementaire, pourtant fort tardive (75 ans) risque d'être davantage encore dépassée pour les ministres encore alertes. A la demande de nombres d'évêques... et de communautés.


(1) Mgr au plluriel

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commentaires

Nathanaël 13/04/2014 09:30

Vive les barbus et moustachus ! J'en suis, et depuis longtemps : la dernière fois que le rasoir a effleuré mes joues, c'était en 1970 ! Bigre ! je vieillis ! A cette époque déjà lointaine, la barbe était quasi universelle chez les jeunes : une façon de montrer sa mentalité, son être-au-monde (oh la la ! que de grands mots pour quelques poils !). Porter barbe et moustaches, c'était une façon de dire non à la société de consommation, au conformisme, c'était exprimer son rêve d'une société plus égalitaire, plus fraternelle, etc. etc. Le rêve en a pris un coup sur la figure et pourtant, la barbe est toujours là (bien blanchie !), signe que le rêve n'est pas mort et que la lutte continue et continuera. Et ce n'est pas qu'un rêve : à qui sait ouvrir les yeux - et le coeur - les fruits sont là, le "monde nouveau de Dieu" comme disait un certain barbu nommé Jésus.
Nathanaël

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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