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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 21:00

Même sous la houlette d'un pape apparemment plus ouvert à la diversité, le Vatican ne rigole pas avec la rigueur doctrinale. On aurait pu penser que la nouvelle administration mettrait de l'eau dans son vin dans le différent qui oppose depuis 2009 la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) et la Leadership Conference of Women Religious (LCWR), puissante fédération qui regroupe 80% des religieuses apostoliques catholiques des États-Unis.


Connue pour ses positions ouvertes, en matière sociale et dans son rapport à l’évolution des mœurs, la LCWR n'hésite pas à laisser la parole lors de ses rassemblements annuels à des intervenants exprimant des idées en désaccord avec la doctrine catholique, en particulier sur les questions de morale sexuelle (contraception, homosexualité). Elle a exprimé son soutien à la réforme du système de santé voulue par Barak Obama et que l'épiscopat états-uniens a combattue.


En 2012, le Saint-Siège a demandé une réforme de la LCWR, plaçant l'organisme sous la responsabilité d'un évêque américain, chargé de contrôler ses faits et gestes. Et le nouveau pape a confirmé qu'il les gardait sous surveillance.


Le nouveau patron de la CDF, le cardinal Gerhard Ludwig Müller, a rencontré le 30 avril les responsables de la Conférence et pas pour les féliciter. Le cardinal allemand a jugé comme un provocation la remise d'un prix de la LCWR à Sœur Elizabeth Johnson, théologienne féministe. L'épiscopat américain avait fustigé les travaux, autour de Jésus et des Évangiles, y trouvant des « erreurs doctrinales »


La LCWR s'est défendue dans un communiqué : « Nous ne pouvons appeler à la paix en Syrie, au Moyen-Orient ou au Sud-Soudan sans s'asseoir à la table avec des personnes aux vues différentes et travailler avec patience et conscience pour une véritable rencontre des esprits et des cœurs ».


Cette histoire fait écho à la mésaventure de la philosophe bordelaise Fabienne Brugère. Sollicitée pour une intervention devant les responsables diocésains de la pastorale de la famille, sa prestation a été annulée suite à une campagne orchestrée par des sites catholiques d'extrême-droite. Ceux-ci reprochaient les engagements de la philosophe sur un sujet autre que celui-ci de sa causerie : le droit à l'avortement et le mariage homosexuel. Voir l'article de Témoignage chrétien ici et la réaction de Mgr Dagens ici.


Les religieuses américaines veulent poursuivre « le difficile travail d'exploration du sens et de l'application des principaux concepts théologique, spirituels, sociaux, moraux et éthique, ensemble, en dialogue avec les responsables du Vatican ». Évoquant les tensions et incompréhensions entre leur engagement et le jugement qu'a pu s'en faire la CDF, elles précisent qu'il s'agit là du « travail de responsables dans leurs chemins de vie, en des temps de changements mondiaux massifs ».


On ose espérer que, dans l'esprit d'ouverture qui préside notamment à la préparation du synode sur la famille, le Vatican saura laisser la LCWR poursuivre son chemin difficile mais nécessaire, sur la crête entre l’Église catholique et le monde.

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commentaires

LE DISEZ 21/05/2014 11:45

Merci, votre article me fait du bien.
Il y a 2000 ans, les apôtres, sous la conduite de l'Esprit Saint, ont courageusement ouvert le baptême aux païens et abandonné l'exigence de la circoncision, ce qui pour eux était plus que révolutionnaire. Nous pourrions avantageusement prendre modèle sur leur audace. J'écrivais la semaine dernière cette lettre à mon curé:
"L’iris, le vélo et la course à pied.


"Les religions quelles qu'elles soient me donnent de plus en plus envie de vomir" décrète mon patron.
"Il faudrait dire aux gens une fois pour toutes que Dieu n'existe pas" renchérit un collègue.

Aujourd'hui, je ne peux nier que pour certains de mes amis, par ailleurs bons citoyens, bons époux, bons parents, l'église et le mot même de Dieu sont des épouvantails qui les éloignent de la spiritualité au lieu de les évangéliser.
Le Pape François atténue à peine leur mépris devant les ors du Vatican.
Nous venons de finir un reportage sur les prêcheurs évangéliques au Brésil, politiciens et milliardaires.
Un film sort en salles sur la question des prêtres pédophiles.
Et l'intégrisme islamiste scelle définitivement l'image violente et sectaire des religieux, quelque soit leur foi.

Que répondre à mes amis?
Ils savent que je suis chrétienne et pratiquante.
Faut-il « pour les sauver », leur parler Père, Fils et Saint Esprit, péché et croix, virginité et résurrection ? Faut-il leur faire avaler à toute force, "pour leur bien", une potion dogmatique qui les révulse ?
Je me sens bien incapable de donner à quiconque un chemin obligé pour rencontrer une spiritualité.

Un sublime iris bleu qui a miraculeusement fleuri sur mon balcon m'a offert ces derniers jours toute la Grace du monde et plongée dans une grande louange.
Si d'autres ont l'âme qui s'élève et le cœur qui s'ouvre dans la création artistique, la musique, l'amour, le vélo ou la course à pied, de quel droit irais-je leur dire que je connais Dieu mieux qu'eux?
Je comprends que Son nom effraie après tant de siècles où ses représentants se sont compromis dans le pouvoir, la corruption, la violence, ou la pédagogie imbécile. Je comprends que certains se méfient d'une identité si souvent contrefaite.
Qui peut prétendre Le connaître et parler en Son nom?

Je ne prétends pas Le connaitre, je sais seulement qu'ayant rencontré un jour, par hasard, cette dimension de grâce, de paix, de joie...qui me nourrit, je me suis mise en route à tâtons, à l'aveuglette et j'ai découvert que l'émerveillement devant la nature, l'amour, la méditation et la prière (comprise comme une descente dans notre cœur profond) sont des portes qui me relient à "Cela".
Faut-il nommer "Cela"?
Chacun est libre de nommer ce qui le fait vivre Amour, Beauté, Désir, ou Vérité... etc.
Lui même dans notre tradition refuse de se nommer autrement que "Je suis celui qui suis" ou même "Je serai qui je serai" et le Christ nous a appris qu'il est "notre Père", c'est-à-dire l'être source de nos vies et qu'il n'est qu'amour. Ainsi sommes nous tous issus d'une puissance d'amour infinie qui est vie et que chacun porte en lui.
Ce que j'appelle Dieu est notre substance même, chaque atome de vie, notre respiration et notre être, ce qui nous fait vivre, désirer, aimer, ce qui en nous tend vers la lumière, vers la source et le beau.

Cet élan et cette source habitent en nous si intimement que prétendre lui imposer un label est voué à l'échec et malhonnête, voire criminel. Qui peut prétendre mettre en péage la vie elle-même? en prendre le brevet?
Qu'ils soient catholiques, protestants, musulmans ou laïcs, ceux qui affirment détenir la vérité m'inquiètent car" l'Esprit souffle où il veut, et nul ne sait où il va, ni d'où il vient".
Aucun être vivant, quand bien même il le voudrait ne peut se couper de la source de vie, de son âme et de cela, de celui, que je nomme Dieu. Tout simplement parce qu'Il vit au plus profond de nous, qu'Il est notre âme même.

Et pourtant, à moment donné, pour approcher du mystère, (quand on ne vit pas dans cette ouverture de cœur provoquée par l'extase d'un émerveillement ou les plus beaux instants d'une passion amoureuse), suivre un enseignement, une tradition, peut aider à s'intérioriser, à s'apaiser, à voir la beauté du monde et donner du sens au chaos apparent de nos vies. Là, dans cet espace intérieur, mais aussi préservé, nous ferons, peut-être, la rencontre étrange d'un souffle, d'une Présence…, de quelqu'un.

Si nous nous sentons appelés à prolonger la rencontre, à nommer cet amour et ce quelqu'un, à gravir nos Everest intérieurs, Jésus, François d’Assise, Jean de la Croix, mais aussi Ibn Arabi et bien d'autres ont fait avant nous ce chemin vers la lumière et en connaissent les embuches comme les voies plus sures. Ils peuvent, si nous le souhaitons, et seulement si nous le souhaitons, être nos guides et nos compagnons.
Ils se sont voulus premiers de cordée, portes ouvertes pour les cœurs assoiffés en quête de verticalité, de lumières plus pures et d'un amour qui ne passe pas.

N'en faisons pas des gardiens de prison.

LE DISEZ 22/05/2014 22:45

La réponse à nos interrogations est je crois au cœur de l'église elle-même. Elle est dans le Christ, dans Jésus qui fut le plus aimant mais aussi le plus libre, le plus vivant, le plus révolutionnaire des hommes de son temps. Au cœur de l'église et au cœur de l'Evangile se trouve l'antidote à tout sectarisme, à toute sclérose. Il nous faut écouter non pas moins mais mieux ce que nous dit le Christ et vivre en vérité son commandement d'amour.

Nathanaël 22/05/2014 17:17

Voilà un commentaire avec lequel je me sens bien en accord. Merci de l'avoir écrit. Et je suis sûr que beaucoup de chrétiens (et beaucoup de ceux qui ont quitté l'Eglise catholique sur la pointe des pieds) pensent la même chose. Ce dont nous avons besoin, ce n'est pas d'une réforme liturgique (aussi nécessaire soit-elle) mais d'une refonte dogmatique à partir de l'Evangile. Des mots comme Dieu, Trinité, rédemption, Jésus Fils de Dieu, résurrection, etc. etc. sont complètement inaudibles non pas aux non chrétiens mais à tous autant que nous sommes en ce 21° siècle. On les répète dans les églises, on les chante dans des cantiques (de plus en plus pieux , ce qui, pour moi, est bien regrettable - à propos, comment faire taire les compositeurs de l'Emmanuel et autres groupes charismatoïdes ?), on les commente dans les homélies, les soirées et sessions de formation. Mais ça n'avance à rien car on se bouche les yeux pour ne pas voir que tous nos dogmes sont d'abord et avant tout le fruit de l'histoire et de cultures qui ne sont plus les nôtres. Et depuis longtemps ! Résultat : l'Eglise catholique meurt lentement mais ne veut pas l'admettre. Malheureusement, c'est l'Evangile qui est alors en danger. Et les hommes et les femmes qui meurent de soif spirituelle.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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