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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 11:38

Comme nombre d'observateurs des rapports entre l’Église catholique et le monde politique, je craignais quelque peu la remise du rapport Claeys-Leonetti sur la fin du vie au Président François Hollande vendredi 12 décembre (voir ici la note publiée sur le site de la Présidence).


Le sujet est délicat, au regard des pressions exercés par les pro-euthanasie et des susceptibilités côté catholique. Comme beaucoup de chrétiens, je souhaitais que l'on touche le moins possible aux grandes lignes de l'actuelle Loi Leonetti, un texte équilibré et issu du consensus remarquable.


De fait, la proposition des deux députés, accepté par le Président, ne franchit pas la ligne rouge qui aurait fait repartir certains catholiques au quart de tour. Aussi, c'est avec soulagement que j'ai lu le communiqué de Mgr Pierre d'Ornellas (à lire ici), président du groupe de travail de la Conférence des Évêques de France sur la fin de vie et archevêque de Rennes.


Le travail du duo Claeys-Léonetti est présenté comme relevant de « l'honneur d'une société » quand elle « cherche sans cesse le meilleur accompagnement de nos concitoyens vulnérables qui s’approchent de leur décès ». Un beau compliment quand on se souvient des propos entendus pendant le débat sur l'ouverture au mariage.


Le texte du prélat breton note la naissance d'un « nouveau droit » du patient : la sédation profonde et continue, lorsque le patient demande l’arrêt d’un traitement, arrêt qui engage son pronostic vital. Il apprécie la « volonté louable d’écouter le patient », tout en affirmant que « ce nouveau droit ne supprime pas les causes de ce "mal-mourir" ».


Mgr d'Ornellas perçoit le « devoir de fraternité – titre de son communiqué - dans la volonté du rapport de poursuivre le « développement de la culture palliative ». L'évêque demande pour cela une « réforme du système de santé ». Il apprécie que les deux rapporteurs exigent le financement des actes d’accompagnement et applaudie à leur souhait de « mettre en œuvre l’accompagnement bienveillant que nous devons à chaque malade ».


À lire le texte du responsable de l'épiscopat, et à entendre les cris de déception des militants du droit à l'euthanasie, on se dit que le gouvernement a réussi son exercice d'équilibre. Demeurent deux difficultés insolubles. Les contraintes financières vont limiter les belles ambitions en terme de soins palliatifs et de présence auprès des mourants. Et la meilleure loi du monde ne résoudra jamais tous les cas particuliers. On pense notamment aux personnes qui, sans être en fin de vie, connaissent une existence de très grand handicap sans aucun espoir d'amélioration.


À côté du texte apaisé de Mgr d'Ornellas, qui n'espérait pas mieux qu'un compromis entre le statu quo et la droite ligne vers l'euthanasie active, il faut aussi entendre la petite musique de l'aile identitaire de l'épiscopat. Elle s'exprime par les mots de Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon. Le titre de son texte, publié le 14 décembre, est ampli de suspicion : « Entre ambiguïté et tentation de l’euthanasie » (texte à retrouver ici). Pour lui, la loi ne doit faire aucun concession à l'ère du temps, laquelle réclame la libéralisation du droit à mourir.


Cette posture de guerre permanente contre toutes les positions sociétales du gouvernemental actuel demeure minoritaire au sein de l'épiscopat. Cette réalité devrait éviter un remake du printemps 2013.

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commentaires

prédication 19/12/2014 16:28

Jean-Christian, je suis de votre avis, cette réaction est plus politique. Une belle gueule de bois qui est justifiée par la sensibilité du sujet..

Cathoreve 17/12/2014 21:48

Merci Jean-Christian. J'en profite pour vous inciter à regarder mon ouvrage "Mariage pour tous, divorce chez les cathos", paru le mois dernier aux édition Plon.
http://www.plon.fr/ouvrage/mariage-pour-tous-divorce-chez-les-cathos/9782259222471

Jean-Christian Hervé 17/12/2014 15:44

Tout comme vous, Philippe, je suis soulagé par cette position officielle de la CEF et le quasi consensus qui se fait autour de ce rapport. Je ne peux toutefois m’empêcher de me questionner sur la sincérité de la position de notre épiscopat et d'avoir une arrière pensée sur cette réaction que je crains plus politique qu'humaniste pour la raison que vous évoquez, à savoir le souvenir cuisant du débat sur le "mariage pour tous" qui a divisé hors et en l’Église... mais l'essentiel n'est-il pas que "Cette réalité devrait éviter un remake du printemps 2013" !

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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