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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 21:30

Il y a une soixantaine d'années, l'Allemagne et la France fournissaient au catholicisme de progrès, celui qui triompha au Concile Vatican II, ses théoriciens les plus avant-gardistes. Aujourd'hui, cette tradition ne perdure que d'un côté du Rhin. Alors que les évêques français font preuve d'une prudence assez désespérante dans le débat pastoral majeur des années 2014-1015 – l'admission aux sacrements des divorcés-remariés -, en Allemagne, l'épiscopat a fait un pas décisif vers la réforme.


Une majorité d'entre eux en effet se sont déclarés sur la ligne du cardinal Walter Kasper , leader des partisans de l'évolution et assez en cours auprès du pape. On n'oubliera pas que la tête de pont du camp d'en face est également un allemand, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi Gerhard Ludwig Mueller, nommé par Benoît XVI en 2012 et, pour l'heure, maintenu par François.


Le 22 décembre, le président de la conférence épiscopale allemande Reinhard Marx a présenté un document reprenant des éléments du premier synode romain d'octobre 2014 ainsi que le rapport, inédit jusqu’ici, d’un groupe de travail interne intitulé « Voies théologiquement responsables et pastoralement adaptées pour un accompagnement des divorcés remariés » (voir ici l'article publié par InfoCatho). Un document validé par le conseil permanent en juin 2014.


Selon le cardinal Marx, archevêque de Munich (1) et membre du G9 du pape, il s'agit là d' « un défi urgent pour l’Église dans le monde entier », divorce et remariage marquant « souvent le début d'un processus de sortie de l’Église ». Le document est on ne peut plus clair. Les règlements actuels font naître des problèmes que « les évêques et les prêtres trouvent presque impossibles à surmonter ».


Selon les évêques, les couples catholiques, et pas uniquement ceux qui ont connu la séparation, jugent la règle actuelle « incompréhensible et impitoyable » et « tout sauf utile ». Comme les autres, les divorcés-remariés doivent « pouvoir considérer l’Église comme leur maison et participer activement à sa vie », rappellent-ils. Et ils avancent, prudemment mais sûrement, qu'une pastorale orientée par ces principes « ne peut pas éluder la question d’une éventuelle admission des divorcés remariés à la communion sacramentelle ».


Pas question d'un laxisme total pour autant. « Il ne serait pas juste d’admettre aux sacrements sans distinction tous les croyants dont le mariage a été brisé ou qui sont remariés », rappelle l’archevêque de Munich. Forts de leur expérience pastorale et de leur réflexion théologique, les prélats plaident « pour des solutions différenciées » répondant à chaque cas « de façon équitable » et permettant l’admission aux sacrements « sous certaines conditions ».


« La pastorale du mariage et de la famille mérite un travail renouvelé, de sorte que le message d’amour de Jésus se fasse sentir », affirme encore le cardinal Marx, signifiant en creux que le « message » ne peut passer avec l'interdit actuel d'accès au sacrement en cas de remariage.


En France, on lit bien de tels propos dans la prose de certains groupements de fidèles turbulents comme la Conférence catholiques des baptisés francophones, mais guère sous des plumes épiscopales. Quand donc nos pasteurs écriront tout haut ce que l'expérience leur dicte ? Est-ce la présence bruyante de la brochette d'évêques réactionnaires rétifs à toutes évolutions et adeptes d'une Église de purs qui tétanise la majorité d'entre eux ?


Dès que le Saint-Siège aura validé la liste, on connaîtra les noms des évêques de l'hexagone élus par leur pairs à Lourdes en novembre dernier pour participer au second synode romain sur la famille, en octobre prochain (2). Gageons qu'ils seront représentatifs des catholiques de France qui attendent, dans leur écrasante majorité, la fin d'un règle bien peu évangélique.


(1) Il est donc le second successeur de Joseph Ratzinger, qui occupa le poste de 1977 à 1981 et son départ pour Rome.


(2) Jean-Marie Guénois dans le Figaro.fr (voir ici) écrit que Mgr Jean-Luc Brunin, qui préside le Conseil Famille et société de la Conférence des évêques de France, en serait. Ce qui serait logique. Mais rien n'est confirmé pour l'heure.

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commentaires

Incarnare 06/01/2015 12:20

Gageons !

Philippe, vous oubliez de préciser que les évêques allemands ont une petite incitation à aller dans le sens du courant.. La "Kirchensteuer", l'impôt ecclésiastique, dont les recettes sont en berne. Les évêques allemands ont pathétiquement tenté d'excommunier ceux qui déclaraient à l'Etat qu'ils ne souhaitent plus acquitter cette dime, mais le bâton leur ayant été refusé, ils ont choisi de manier la carotte.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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