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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 16:32

Après le temps des pleurs, puis celui de l'unité nationale, vient le temps des questions et des interpellations. La députée PS Aurélie Filippetti a frappé fort la semaine dernière à ce qu'en rapporte Marianne (lire ici).


Après avoir revendiqué le droit d'être agnostique, ce que personne ne lui conteste ce me semble, l’ancienne ministre de la culture a dit regretter que les «rabbins, les imams, les curés» soient régulièrement consultés. Selon l'élue socialiste, les ministres du culte « ne sont pas des maître à penser ». Un procès en légitimité habituel à la gauche de la gauche, notamment du côté de Jean-Luc Mélenchon, mais plus rare au sein du PS.


François Clavairoly, le très présent président de la Fédération protestante de France – il prit la parole au nom de ses camarades responsable de culte mercredi 11 janvier, après le rendez-vous à Élysées - a évoqué sur twitter une « réaction un peu radicale mais qui ouvre un vrai débat, même maladroitement ».


Un autre pasteur, Éric George, exerçant à Évreux (Eure) a tenu à répondre à l'ancienne ministre à travers une « Lettre ouverte à mes amis agnostiques, athées et bouffeurs de curé » (lire le texte ici relayé par l'excellent site Miettes de théologie).


Après avoir affirmé que pour lui « le blasphème devait être un droit, même si c'est impoli ou irrespectueux », le pasteur a affirmé s'exprimer « sans (s)e prendre pour un maître à penser », mais comme « un homme, un citoyen, un Charlie qui se trouve aussi être un croyant. » Être homme de foi, même à titre professionnel, ne fait pas perdre ses droits de citoyen, sauf à considérer qu'un tel individu ne pourrait avancer une pensée libre. Chez les protestants, la question ne s'est jamais posée. Et chez les catholiques, j'ose espérer qu'il en est aujourd'hui de même.


« Pourquoi devrions-nous – curé, pasteurs, imams, rabins - être tenus à l'écart du débat républicain ? », lance Éric George à Mme Filippetti. Et de préciser le sens de la participation des clercs au débat. « Non pas pour le dominer, non pas pour soumettre la République à la volonté de Dieu, mais simplement parce que, comme vous, nous sommes citoyens, composants de la République et que nos points de vue ont le droit d'être entendus, écoutés et discutés avant d'être pris en compte ou rejetés ».


Un événement récent – le débat sur la mariage homosexuel – fournit un bel exemple de l'indépendance du politique vis-à-vis des composantes religieuses. Les croyants s'expriment, parmi d'autres,et sont ou pas, entendus du législateurs. Le tout en bon laïcité. Laquelle n'a jamais dit que les représentants des croyants n'avaient qu'à se taire.


Originaire de Lorraine, Aurélie Filippetti a une dent contre le Concordat en cours dans sa région et qui accorde des droits à certains cultes reconnus ; catholicisme, protestantisme luthéro-réformé, judaïsme. Notamment celui de voir leurs ministres rémunérés comme des fonctionnaires.


Le Pasteur George donne raison à la députée (en réclamant un délai nécessaire), avant de contre attaquer. « Vous croyez vraiment que c'est dans les cours de religion alsaciens ou dans les écoles privées que les frères Kouachi et Coulibaly ont appris leur haine ? », lance le pasteur. Ce dernier croit, au contraire, que « c'est parce qu'ils n'ont jamais vu leur imam discuter avec leur instituteur qu'il a été aussi facile de leur montrer la République comme une ennemie ». Quand le symbole de la neutralité républicaine et les hommes de Dieu vivent en bonne intelligence, les fantasmes tombent. Et les gardes-fous fonctionnent, ce qui ne fut le cas chez les trois terroristes.


Éric George n'est franchement pas convaincu par une « étanchéité totale au religieux » que prône l'ancienne ministre. Par ce qu'il y voit « le berceau de bien des crispations identitaires, justement celles qui rendent possibles possibles les massacres de la semaine dernière ». En concluant sa missive, le pasteur interroge : « Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? On continue à alimenter le communautarisme en posant des joints étanches ou bien on essaye de parler les uns avec les autres ? » Lui n'a pas envie d'appeler le plombier.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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