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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 19:44

Voici un livre à l’histoire singulière, que son auteur, la journaliste Monique Hébrard, raconte en introduction. À la fin du pontificat crépusculaire de Benoît XVI, elle avait noirci des pages de déprime ecclésiale. Récupérés dans la corbeille, ces écrits ont été retravaillés dans l'enthousiasme des premiers mois du pape suivant, François.


L'espérance transmise par ce pontife si peu pontife, si différent, dans le style tout au moins, a métamorphosé un réquisitoire général en un appel au changement salvateur. Et pas seulement dans les mots et les sourires. Monique Hébrard, ancienne rédactrice à Panorama, collaboratrice régulière de La Croix, décline dans un catalogue « 12 urgences » pour que l’Église sorte de l'ornière.


La liste de ces douze chantiers couvre l'étendue des difficultés que rencontre le catholicisme en Occident. On y retrouve naturellement bien des sujets récurrents des billets de ce blog. En voici la liste : Pour une Église... qui écoute et qui fait du bien (1), qui dialogue avec le monde (2), qui accepte la réalité de la fin de la chrétienté (3), à la tradition vivante (4), qui ne se comporte pas en détentrice de la vérité (5), qui accepte le dialogue et le débat en son sein (6), qui donne une vraie place aux femmes (7), qui respecte la primauté de la conscience (8), qui chemine avec ceux qui cherchent (9), aux entrailles de miséricorde (10), pauvre et vulnérable (11). L'ultime chantier est une référence à l'appel des apôtres : « Toi, suis moi ».


Pour chaque dossier, elle dresse le réquisitoire des impasses dans lesquelles l’Église s'est fourvoyée. Souvent parce qu'elle a oublié (ou refusé) les efforts du Concile pour adapter sa façon d'être à la modernité. Et à chaque fois, Monique Hébrard arrive à convaincre son lecteur qu'un changement est nécessaire. Possible ? Oui, si le pape argentin mène son projet à bien.


Parlant de François, elle lance des saillis quasi amoureuses Avec lui, c'est « l'écoute et la tendresse de Jésus à jet continu depuis la tribune de la place Saint-Pierre ». Grâce à ce pape qui « ouvre les vannes de la tendresse », « nos contemporains commencent à entendre des échos d’Évangile ». Avec lui, « la papauté a retrouvé un ton évangélique ». À croire que ces prédécesseurs étaient dépourvus de cœur.


Dans son chapitre 3, elle revient sur la Manif pour tous, exprimant le regret que ce combat « ait été vécu non comme une proposition constructive au sein d'une société (et une Église) plurielle, mais comme un pôle de résistance de l’Église catholique aux évolutions du droit civil ». Et elle invite à « dépasser la fracture générationnelle », réalité douloureuse des communautés catholiques françaises.


Evoquant l'épineux rapport à la vérité (ch. 5), la journaliste est catégorique : « une Église bardée de certitude n'est pas une Église du Christ ». Abordant le nécessaire débat interne à l’institution (ch. 6), elle se réjouit qu'avec François « le vent a tourné, ou plutôt il se remet dans le sens du Concile ». Elle en veut pour preuve la large consultation lancée pour le synode romain sur la famille. « Nul ne sait ce qu'il en sortira. Mais l'intention et le langage ont changé ».


On s'attend à lire une Monique Hébrard très remontée sur la place des femmes (ch. 7). Pas de déception. « Comment admettre que la parole officielle de l’Église ne soit qu'une parole d'hommes, donc fatalement infirme », lance-t-elle. Sur ce dossier, on ne note point d'enthousiasme venu de la Maison Sainte-Marthe (1). Il est vrai que le pape n'est pas franchement révolutionnaire sur la question.


L'auteur plaide pour une Église capable de promouvoir des « laboratoires de la conscience » (ch. 7), quand la règle ecclésiale s'abat encore trop souvent, implacable, sur les fidèles. Et elle met en avant l'attitude de « son » pape, lequel « ne prononce pas une parole qui ne soit accueil et miséricorde ».


« Ce qui me préoccupe, dit Monique Hébrard, en ces temps tellement médiatiques, c'est que, pour le grand public, l’Église ne soit pas le reflet d'une loi rigide, mais celui de la miséricorde et de la tendresse du Christ pour tous et que l’Église apparaisse comme un lieu où des personnes restent libres dans leurs décisions les plus intimes ». Un combat que mène depuis des décennies cette fidèle engagée dans l’Église telle qu'existante, militante (notamment à la conférence des baptisés) pour un futur plus rose.


Ce texte dense et agréable à lire fournira une véritable boite à outil à celles et ceux qui veulent prendre à bras le corps les défis à relever aujourd'hui. Il remontera le moral de bien des fidèles désespérés par le quotidien gris de certaines communautés aux mains de pasteurs pleins de certitudes excluantes.


La journaliste n'est pas seule dans son combat. Son exposé s'appuie sur des penseurs catholiques qui l'aident à entretenir ses espoirs : des évêques (Claude Dagens, Joseph Doré, Godfried Danneels), des théologiens (Enzo Bianchi, Joseph Moingt, Jean Rigal). Tous affirment que vouloir rendre à l’Église son « visage d’Évangile » n'est pas qu'une lubie. Nous ne pouvons que les suivre.


(1) Hôtellerie réservée aux visiteurs du Vatican que le pape François a choisi d'habiter, plutôt que le Palais apostolique qui n'est désormais que son bureau.


Pour une Église au visage d’Évangile. 12 urgences (voir ici la fiche du livre sur le site de l'éditeur) , Monique Hébrard, éd. Fidélité-éd. Jésuites (Bruxelles), 176 p., 13,95 €

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commentaires

electricite paris 17/02/2015 10:44

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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