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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 08:44

Samedi 24 janvier, Diego Neria Lajarraga, espagnol de 48 ans, a rencontré le pape François en privé. Diego est né fille et il décidé de changer sexe il y a quelques années. En décembre dernier, il a reçu un appel téléphonique du pape, qui lui a dit avoir été ému par son courrier. Et c'est avec son épouse, avec qui il escompte fonder un foyer, que le transsexuel espagnol a échangé avec le pontife.


On n'est guère surpris désormais par ses rencontres personnelles voulues par le pape argentin avec des personnes aux parcours personnels et familiaux atypiques. Si ces rendez-vous qui ne sont jamais confirmés par le service de communication du Saint-Siège, le pape laisse ses interlocuteurs en faire part publiquement.


L'existence de ces rencontres en dit long sur le regard porté par François pour celles et ceux qui sont « hors des clous », selon l'expression consacrée. Les clous étant bien sûr : le mariage religieux (jusqu'au décès d'un des conjoints), et la procréation (dans cet ordre). Le mariage entre un homme et une femme, cela va sans dire.


Être « Hors des clous » ne signifie, aux yeux du pape, ni être hors de l’Église, ni hors de la sollicitude pastorale de celle-ci, ni hors des réflexions sur des modifications possibles de la discipline. Le second synode sur la famille sera sans aucun doute marqué par cette réalité assez nouvelle. Du coup on guette les propos de tous les acteurs influents qui agissent pour orienter le rendez-vous des évêques en octobre.


La garde rapprochée du pape nous paraît parfois en retrait de son patron sur cette question. Pour le moins plus frileux. La Croix (lire ici, pour les abonnés) nous apprend que les cardinaux Reinhard Marx (archevêque de Munich) et Oscar Maradiaga (archevêque de Tegucigalpa), deux piliers du dispositif de François – membres de son G8 -, ont encore beaucoup de chemin à faire dans leur regard sur l'homosexualité.


Interrogé par la revue jésuite America sur l’éventualité de bénir des couples du même sexe, le prélat allemand (lire ici en anglais) répond : « la relation sexuelle est une relation fidèle fondée sur le lien entre procréation, don d’amour, sexualité et ouverture à la vie ». Et plus loin, il s'explique « Nous ne pouvons exclure ce grand modèle de sexualité, et dire “nous avons de la diversité”, ou “tout le monde a droit à…” ».


Dans une conférence citée par la revue étatsunienne, son confrère hondurien Maradiaga tient sensiblement le même propos : « Nous ne sommes pas une Église “à la carte”, comme le font d’autres confessions : “Vous voulez ça, vous l’avez. Et ça : vous l’avez” ».


Le désir de reconnaissance religieuse des couples homosexuels, bien timide chez les catholiques qui savent combien la route sera longue, est y considéré comme une demande indue, guère irrecevable et confinant au caprice. La plupart des gens sérieux reconnaissent que la réalité homosexuelle ne relève pas d'une option. Aussi, faire une analogie entre la demande de bénédiction de ces couples avec la carte du restaurant dans laquelle on choisit selon son bon plaisir, est pour le moins blessant.


Quand à la « diversité » qui semble déranger le cardinal Marx, elle est pourtant une réalité reconnue dans l'Église. Mgr Jean-Luc Brunin, qui porte le dossier dans l'épiscopat français, martèle qu'il convient de parler non de pastorale de la famille, mais des familles, en insistant lourdement sur le pluriel. Les couples de même sexe ont vocation à entrer dans les préoccupations des personnes en charges de la question dans l’Église catholique.


Et qui dire du cardinal Maradiaga qui justifie sa position en convoquant l'épisode de la femme adultère. Les homosexuels apprécieront d'être comparés à cette pécheresse que Jésus soulage de sa faute en lui demandant de ne pas la réitérer. Resurgit alors le principe théologique qui permet, en théorie, une place pleine et entière dans l’Église catholique plus facilement à un criminel qui promet de ne pas récidiver, qu'à un homosexuel (ou un divorcé-remarié) dont le problème est durable.


Qui suis-je pour juger ? disait le pape François en évoquant le cas d'un homosexuel catholique. Que savent nos deux cardinaux de la vie des homosexuels pour proposer de pareilles réponses à des questions si délicates, si humaines ?


PS. Je présente mon livre « Mariage pour tous, divorce chez les cathos » (Plon) jeudi 12 février à Bordeaux, à la Librairie La Machine à lire (Place du Parlement, 18h30).

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commentaires

Démonstrations sextoys 14/03/2016 10:00

On est d'accord mais l'Eglise reste globalement très rétrograde... Tout comme la religion en général par rapport au sexe et ses composantes. C'est à se demander s'ils désirent faire fuir tous leurs membres...

SCHAEFFER Jacques 04/02/2015 20:56

Je vais suivre fidèlement le blog . Ce François est peut-être "atypique" mais semble terriblement bien dans ses chaussures !! Que Dieu lui donne le temps d'agir . Qu'Il instille aussi l'évolution dans les "mentalités" de tous , pas seulement chez les Cardinaux !

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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