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21 juin 2015 7 21 /06 /juin /2015 22:32

L’encyclique Laudato si a été un événement. Sur le respect de la Création et la nécessité de changer nos comportements, l’Église parle désormais d'une seule voix. Cela peut-il être le cas sur pour toutes les questions de société ? Cette réflexion est portée par la théologienne moraliste Véronique Margron, qui s'interroge dans La Croix : « L’Église doit-elle avoir un avis tranché sur tous les sujets ? » (lire ici).


Posée à l'occasion du positionnement de différentes personnalités d’Église à propos de l'interminable affaire Vincent Lambert, la question induit on le devine la réponse négative. La religieuse dominicaine, professeure à l'Université catholique de l'Ouest d'Angers (voir le site de l'UCO ici), juge les « nuances entre les différents propos des évêques » comme un réalité « saine ». En effet, l'éthique, fondée sur la loi naturelle, « oblige à argumenter », alors « une diversité de prises de position est légitime ».


La théologienne se défend tout de suite d'une accusation fréquente dans certains milieux ecclésiaux : « Il ne s’agit pas de relativisme mais plus de modestie : qui peut prétendre connaître la réalité tout entière et présenter un point de vue parfaitement éclairé ? ». Une modestie qui veut rappeler la limite de la prétention catholique d'être « experte en humanité », comme l'écrivait, en son temps, Paul VI. Cette affirmation, aujourd'hui, fait du tord à l’Église.


Véronique Margron présente avec simplicité deux « écueils majeurs en matière d’éthique ». Le premier consisterait à s'adonner à « des paroles définitives, figées dans le marbre, qui nient l’histoire ». Et de rappeler que le cas du malheureux Vincent Lambert se déroule « dans un contexte ».


Le second danger, à l'inverse, amènerait à penser que « comme les circonstances changent et que nous sommes loin du contexte biblique, alors nous n’aurions plus rien à penser et à dire ». Au contraire, pour la théologienne, tous les penseurs catholiques doivent s'exprimer. « Si l’Évangile est vivant, il doit pouvoir éclairer toutes les ­situations, quel que soit leur éloignement du contexte socioculturel dans lequel il a été écrit. Il est donc nécessaire que l’Église, en la diversité de ses membres, réfléchisse, argumente, se prononce. Bref, qu’elle se “salisse les mains”, en se risquant ainsi à prendre sa part de la réflexion commune, en s’engageant et en s’exposant. »


Il y a trois ans, face à la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe, les évêques français avaient exprimé une opposition unanime. Et Véronique Margron, sans remettre en cause cette position avait déploré l'absence de réel débat dans les sphères universitaire et intellectuelle catholiques.


Interrogée lors de notre enquête « Mariage pour tous, divorce chez les cathos » (voir la présentation de l'ouvrage ici ), elle avait répondu : « Celui qui ne semblait pas penser blanc pensait noir. Sans rien de possible entre les deux. En tout cas dans un premier temps. Comme s’il était impératif de choisir un camp ».


A l'écouter, la simple incitation à s'interroger sur ce qui se passait – la grande mobilisation des anti-loi – était perçue par certains, dans l’Église, comme une « compromission ». A l'opposée de la définition qu'elle donnait de la mission des théologiens et enseignants : « inviter à penser, à faire un pas de côté, à essayer une parole complexe, au sein même de l’écoute de la Tradition ».


Les sujets de sociétés auxquels les catholiques sont, comme les autres, confrontés sont éminemment complexes. Sauf à penser que la volonté divine est limpide et que les Écritures et la tradition ont prévu, étudié et réglé toutes les questions interpellant toutes les générations sous toutes les latitudes, les penseurs du catholicismes d'aujourd'hui peuvent et doivent avancer des paroles diverses.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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