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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 09:48

Depuis le début de la semaine, la question anime le débat chez les catholiques de France. Fallait-il inviter Marion Maréchal Le Pen à l'université d'été de la Sainte-Baume (voir ici), qu'organisent le diocèse de Toulon et la Province de Toulouse des Dominicains ce week-end, en partenariat avec Famille chrétienne et Liberté politique ?


L'affaire, révélée par La Vie (lire ici) et reprise largement, a montré que cette question n'est plus taboue.

Thème du rendez-vous des cathos de droite : « Médias et vérité. La vérité vous rendra libres (Jn 8, 32).La jeune députée du Vaucluse interviendra samedi matin, avec deux représentants des Républicains (dont un membre du lobby catho Sens commun), un élu socialiste, un journaliste de Famille chrétienne et Mgr Rey, évêque des lieux.


Et on a pu voir que l'hypothèse de voir l'étoile montante du FN à une tribune catholique pouvait réjouir un responsable de l'épiscopat. « Le parti de Marine n'est pas celui de Jean-Marie, répond à La Vie Vincent Neymon, chargé des relations avec la presse pour la Conférence des évêques. Le Front National est un parti qui représente des idées et des personnes. Aujourd'hui, en PACA, Marion Maréchal-Le Pen est incontournable d'un point de vue démocratique. Si l’on n’est pas d’accord avec ces idées, on peut vouloir discuter avec les personnes qui les portent… tant que le dialogue est possible. »


Il est plus que temps de s'attaquer à la question suivante : comment agir pour que les catholiques ne cèdent pas à la sirène frontiste, bien plus agréable et policée que son tempétueux grand-père ?


On trouve encore des évêques qui s'expriment clairement sur l'incompatibilité entre le discours du parti d'extrême-droite sur les étrangers et l'exigence évangélique. C'est le cas de Mgr Daniel Labille, évêque émérite de Soissons, qui assure l'intérim de son ancien siège, vacant depuis que Mgr Hervé Giraud a été nommé archevêque de Sens-Auxerre et de la Mission de France.


Dimanche 5 juillet, le prélat octogénaire a présidé la messe de la fête paroissiale de Château-Thierry (Aisne), intitulée « Farandole de la Fraternité » (voir ici le texte intégral de son homélie). Dans une région où le FN récolte autour de 30% des voix, Mgr Labille a été très clair.


Commentant l’Évangile de Marc (6, 1-6), il a évoqué l'originalité de Jésus, mettant en exergue un aspect de sa prédication : « la révélation de l’amour de son Père pour tous les hommes, un Dieu qui ne fait pas de différence entre les hommes. Il n’y a pas d’un coté les juifs et de l’autre les païens. Dieu aime tous les hommes sans distinction de race, de nationalité, de religion ».


Dans cette région marquée par les deux conflits mondiaux, l'évêque a enfoncé le clou. « Dieu n’est un Dieu tutélaire, il n’est pas le Dieu des juifs, il n’y a pas un Dieu pour les français ou celui des allemands. Personne ne peut s’approprier Dieu, personne ne peut le mettre à ses cotés pour gagner une guerre, pour dominer un autre peuple ou le coloniser ».


Et l'évêque a poursuivi sur la caractère inouï, et pas seulement pour l'époque, d'un tel discours. « Cela va révolutionner l’idée que l’on se fait des autres hommes : ils nos frères et nos sœurs, tous également aimés par le même Père qui est notre Père à tous. Il n’y a plus d’un coté les étrangers et de l’autre les autochtones, les noirs et les blancs, les catholiques et les protestants, les chrétiens et les païens».


« Qu’as-tu fait de ton frère ?, a lancé Mgr Labille reprenant la célèbre exhortation de Dieu à Caïn devant la dépouille d'Abel. Cette question est aussi pour nous aujourd’hui. Qu’as-tu fait de ton frère qui a faim, qui est malade ou handicapé, qui est prisonnier, qui est étranger, qui est somalien, soudanais, Rom ».


Des propos qui devraient vacciner l'auditoire contre toute politique de rejet de celui qui n'est pas bien de chez nous et de la bonne couleur de peau. La préférence nationale n'a pas sa place dans le cœur ou dans la bouche d'un disciple du Christ.


Je me prétends pas ici que les rivaux politiques de la famille Le Pen soient irréprochables dans leur accueil de l'étranger. Le gouvernement actuel est à cet égard très décevant et sa posture de fermeté n'est pas dénuée d'un électoralisme assez nauséabond. Mais le PS ne fait pas de la peur de l’autre son principal fond de commerce.


A quelques semaines d'élections régionales lors desquelles le FN, même en crise familiale, va faire un malheur, il serait bon que des voix catholiques se fasse entendre. Non pour refuser de débattre avec le parti des Le Pen. Mais pour faire échouer son projet haineux pour le pays.

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commentaires

Pascal Martineau 27/08/2015 22:41

Si l'on en croit la "littérature" nauséabonde que l'on peut lire sur le site du diocèse de Toulon Var, l'ennemi est déjà dans la place. Ça n'est plus du débat, c'est un pacte avec le diable.
http://www.diocese-frejus-toulon.com/Comment-Satan-agit-il-aujourd-hui.html
(Philippe Clanché ? : un ancien de Tc ? Moi j'y "sévis" de 1990 à 1994)

Jean-Christian Hervé 29/08/2015 23:12

Tout à fait d'accord avec vous, il y a des positions scandaleuses indignes de chrétiens émises sur ce site et je ne comprends pas que la CEF n'y mette pas le holà; qui ne dit rien consent.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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