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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 15:00

Depuis des mois, dans les débats au cœur du futur synode romain, les promoteurs de l'immobilisme et les tenants du changement se battent à coup de prises de position opposées. Nombres d'observateurs sont effrayés par cette expression de la diversité dans l’Église, jadis interdite ou cantonnée aux marginaux.


On attendait une parole un peu plus autorisée, venant d'un proche de celui qui, in fine, tranchera : le pape François. Un grand merci donc à Marie-Lucile Kubacki, de La Vie, et Charles de Pechpeyrou qui sont allés rencontrer Mgr Bruno Forte, dans son archevêché de Chieti-Vasto, dans les Abruzzes.


Ce prélat, au faux air d'un autre François de France (voir ici la couverture de son livre) a été secrétaire spécial du premier synode d’octobre 2014 et le demeure pour celui qui vient. On ne confie pas à la légère ce genre de fonction. Théologien de formation, originaire du diocèse de Naples, ordonné évêque en 2004 par le cardinal Ratzinger, Bruno Forte est incontestablement une grande figure de l'épiscopat italien, voir plus. Et, à le lire, il porte bien son patronyme.


Que nous dit donc Mgr Forte dans cet entretien, assez long, et qu'il convient de lire (ici) et relire ? On passera vite sur les poncifs : « L’Église doit accueillir, accompagner et intégrer les gens blessés dans leur relation d'amour » ou encore « L’Église annonce que le mariage est une alliance éternelle rendue possible avec l'aide de Dieu : nous ne voulons pas revenir sur cela ».


Interrogé sur l'injonction faite aux divorcés remariés de vivre en frère et sœur, le secrétaire spécial répond avec une lucidité rare et rafraîchissante « Très honnêtement, la majorité des évêques qui ont l'expérience pastorale comprennent parfaitement que cette condition est pratiquement impossible. Comment demander la chasteté à un couple qui vit une relation de mariage ou de remariage comme s'il s'agissait de moines ou de moniales ? » Voici un parler vrai qui fait du bien.


Dans le diptyque doctrine/pastorale, l'archevêque faire retentir la petite musique du « Patron ». « Une doctrine qui ne tient pas compte de cette attitude pastorale (le regard concret sur la personne) risque de ne pas être évangélique mais idéologique. » Les tenants de l'intransigeance doctrinale sont donc traités d'idéologues, ce qui va beaucoup leur plaire.


Mais ce n'est pas tout. « Si on applique strictement la doctrine, affirme l'archevêque de Chieti-Vasto; il n'y a pas d'espace pour les solutions de miséricorde. On risque de basculer dans un enseignement doctrinal strict qui n'est pas la proposition de l'évangile de Jésus Christ à ceux qui ont besoin de son pardon ». Donc, le cardinal Burke et ses amis du clan intransigeant seraient infidèles, non pas au pape, mais à Jésus Christ !! Bonjour l'ambiance.


Ces mêmes tenants de l'immobilisme, inquiets des lendemains, dénoncent la démarche et la légitimité du processus en cours. Mgr Forte défend la pertinence et la qualité des deux années de débat. « Jamais un synode n'a été aussi synodal », dit-il, en évoquant, avec justesse, de précédents rassemblements romains durant lesquels il s'agissait surtout de dire ce qui pouvait faire l'unanimité et plaire au pontife d'alors.


Quelqu'un n'est pas d'accord ? La réponse est cinglante. « Celui qui n'accepte pas cette forme de recherche de communion n'a pas une âme vraiment catholique. ». Rien que ça !


Après le temps synodal, le pape aura le dernier mot. « Notre rôle est de donner nos idées, nos propositions, de proposer des perspectives mais ce sera lui qui décidera ». Et ce sera sans appel. « Quand Pierre décide, toute l’Église est catholique et une avec lui sous sa conduite ».


En extrapolant, on pourrait pousser jusqu'à l'idée que les éventuels mécontents de certaines décisions pourraient aller voir ailleurs. Par exemple, en se tournant vers ceux qui considèrent depuis plusieurs décennies, que Rome n'est plus Rome et que le pape dérape (1).


En face, celles et ceux qui espèrent beaucoup en l'année qui vient seront rassérénés par la conviction de Mgr Forte. La bataille s'annonce vive.


(1) Les spécialistes auront vu là un clin d'œil au final, délirant plus qu'hérétique, de la Cantatrice chauve de Eugène Ionesco. « Le pape dérape, le pape n'a pas de soupape ».

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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