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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 08:08

On a fêté dernièrement, sans grand bruit médiatique, les 50 ans de la constitution conciliaire Nostra ætate, sur les rapports entre l’Église catholique et les autres religions. Le paragraphe majeur du document, le numéro 4, marquait le nouveau regard sur le judaïsme. On ne dira jamais assez comment cette nouvelle posture romaine, fruit du travail d'intellectuels français comme Jules Isaac (l'historien co-auteur des fameux manuels « Malet et Isaac"), fut un des points majeurs de l'aggiornamento catholique.


La posture de Rome et des hiérarchies locales pendant le drame de la Shoah, avec son lot de héros et de médiocres, avait démontré que, globalement, le temps de la haine et de l'indifférence étaient révolus. Avec Nostra ætate, l’Église catholique est entrée dans une autre dimension dans son rapport au judaïsme. Depuis 1965, il est question d'amitié, de reconnaissance, de filiation et de désir d'approfondissement mutuel.


50 ans après, la Commission pour les relations avec le judaïsme du Saint-Siège, que préside le cardinal Kurt Koch, a publié le 10 décembre une « réflexion théologique sur les rapports entre catholiques et juifs ». Intitulé « Les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables », citation de l’Épître aux Romains (11, 29), ce document est infiniment plus long et précis que les quelques lignes du document conciliaire. On peut le trouver ici, sur le site de l'Amitié judéo-chrétienne de France.


La préface du texte en donne l’objectif « jeter un regard en arrière plein de gratitude sur les progrès réalisés au cours des dernières décennies dans les rapports juifs-catholiques, tout en s’efforçant de leur donner une nouvelle impulsion pour l’avenir ». Ses auteurs, ambitieux, souhaitent que leurs travaux « puissent faire l’objet d’un approfondissement de la part des membres des deux traditions de foi ».


Plus modestement, on peut espérer que la partie catholique s'en empare ce qui n'est pas gagné. C'est ce qu'a souligné le rabbin David Rosen, directeur international des Affaires interreligieuses de l’American Jewish Committee (AJC), lors de la conférence de presse romaine (lire ici la traduction de son intervention). Se félicitant que le document évoque la responsabilité des « établissements d’enseignement, en particulier ceux pour la formation des prêtres, d’intégrer dans leurs programmes à la fois Nostra ӕtate et les documents ultérieurs du Saint-Siège concernant la mise en œuvre de la déclaration conciliaire », le rabbin Rosen observe finement : « le défi le plus notable consiste à ce que ces réalisations descendent du sommet où elles ont été conçues jusqu’à la base, universellement ».


Il est édifiant, pour ne pas dire étonnant, que dans un document d'un niveau théologique sérieux, on puisse lire des propos aussi évident que la phrase suivante. « On ne peut pas comprendre l’enseignement de Jésus ni celui de ses disciples si on ne l’inscrit pas dans l’horizon juif et dans la tradition vivante d’Israël ; et on comprendrait encore moins ses enseignements si on les considérait en opposition avec cette tradition. »


J'avais la naïveté de penser que la judéité de Jésus et ses proches était un acquis. Cela ne doit pas être évident pour tout le monde...


On relit également avec intérêt l'histoire du différent théologique entre les deux traditions. Celui-ci début avec la séparation définitive entre l'église et la synagogue que l'on sait désormais très tardive, IIIe et IVe siècle de l'ère courante, selon l'expression juive (&16). Les Pères de l'Eglise (&17) ont alors théorisé la théologie du remplacement, que le nouveau document romain définit ainsi : « les promesses et les engagements de Dieu ne s’appliquaient plus à Israël qui n’avait pas reconnu en Jésus le Messie et le Fils de Dieu, mais avaient été reportés sur l’Église de Jésus Christ, devenue désormais le véritable « Nouvel Israël », le nouveau peuple élu de Dieu ».


On connaît les conséquences politiques et psychologiques de cette position, contre laquelle il faudra encore se battre, malgré son discrédit officiel.


Cette histoire enchevêtrée explique également pourquoi, pour les chrétiens, le judaïsme n'est pas un partenaire comme un autre. « C’est uniquement par analogie, lit-on au &15, qu’on peut qualifier le dialogue entre juifs et chrétiens de « dialogue interreligieux », autrement dit de dialogue entre deux religions différentes et intrinsèquement séparées, comme dans le cas de deux religions fondamentalement différentes qui se seraient développées indépendamment l’une de l’autre, sans influence réciproque. »


Dans l'organigramme de la Conférence des évêques de France, le Service pour les relations avec le judaïsme dépend du Conseil pour l’unité des chrétiens et les relations avec le judaïsme et non du Conseil épiscopal pour les Relations interreligieuses et nouveaux courants religieux, ou l'on trouve le Service des relations avec l'islam.


A la veille de fêter la naissance du Prince de la Paix de Bethléem, la lecture de ce document nous rappelle comment l'identité de Jésus fait de juifs et chrétiens des frères.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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