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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 16:26

Après Benoît XVI, il est difficile pour un pape visitant le sol africain d'échapper à une question sur la lutte contre le sida. Ce fut le cas lundi 30 novembre dans l'avion papal du retour de Bangui, cette agora médiatique qui s'apparente aux grandes conférences de presse tenues régulièrement à la Maison blanche ou à l'Elysée. On retrouvera ici l'échange avec la presse.


Quand un journaliste sud-africain a interpellé le pape sur la possibilité pour l'Eglise catholique de changer de discours sur l'usage du préservatif (à partir de 25e minutes) comme outil de prévention, le pontife ne pouvait être pris de court. Sa réponse prouve qu'il était prêt à faire entendre sa petite musique bergoglienne sur un sujet cher aux médias profanes.


Il a construit sa réponse en trois temps.


En bon politique, il a commencé par critiquer la question, jugée « trop étroite et partiale ». En ce sens, François n'a pas tort tant la presse mondiale (comme l'opinion) attend du pape un jugement manichéen, afin de publier à la Une que sur le préservatif, l'Eglise veut passer du feu rouge au feu vert. La question est plus subtile que cela et le pape a su le dire.


Ensuite, il a attaqué le fond et on a retrouvé la modestie du pape qui sait dire simplement les faiblesses du discours de son Eglise. Après avoir reconnu que le préservatif était « une des méthodes pour contenir l'épidémie», contredisant les propos de son prédécesseur en 2009, il a lancé une phrase symptomatique de la franchise du personnage : « La morale de l’Eglise se trouve sur ce point devant une perplexité , car selon elle les rapports sexuels doivent être ouverts à la vie ».


Dans un troisième temps, il a lancé avec force et gravité, « La malnutrition, l’esclavagisme, l’exploitation, le manque d’eau potable, voilà les problèmes ! ».


Etre « Ouverts à la vie», signifie bien sûr dans la bouche du pape la disponibilité à la procréation. Une posture peu compatible avec l'utilisation d'un procédé qui, s'il protège de terribles maladies, demeure avant tout un contraceptif.


Mais on peut entendre également que pour être « ouverts à la vie», les rapports sexuels gagneraient à ne pas risquer de provoquer la mort. La perplexité du pape l'amène donc à se situer quelque part entre deux actes : empêcher la procréation et empêcher la contamination. Entre l'idéal du couple fidèle ouvert aux enfants et le principe médical du primum non nocere (en premier lieu, ne pas faire de mal). Ce n'est pas simple, et le qualificatif proposé par François est donc le bon.


On sait que localement, face à l'urgence, des médecins et des ONG catholiques prennent l'option de promouvoir les préservatifs. Les autorités religieuses froncent les sourcils ou ferment les yeux, selon les circonstances. Mais pour une fois, un pape reconnaît qu'une position tranchée n'est pas la solution.


Aussi je ne souscris pas au commentaire de Cécile Chambreau qui parle dans le Monde d'une « timide ouverture» (lire son article ici). Espérait-elle que cet homme de 78 ans, élevé dans la bonne tradition, devenu pape, fasse la promotion du préservatif sans condition, piétinant la position – certes difficilement défendable – de son institution depuis plus de 45 ans ?


Sur ce sujet délicat et passionnel, modestie et modération sont aujourd'hui – et en attendant des jours de plus grande ouverture - les meilleures postures à mettre en avant, après tant de maladresses romaines et d'incompréhensions.

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commentaires

Jean-Christian Hervé 07/12/2015 22:28

La façon du Pape de répondre à cette question me paraît être de la même veine que son "Qui suis-je pour juger?". Ne renvoie-t-il pas là chacun d'entre nous à son propre discernement et à sa conscience devant des questionnements dont on aimerait s'affranchir en trouvant une réponse toute faite? Ne renoue-t-il pas là avec Vatican II qui a proclamé la primauté de la conscience sur le Magistère?

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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