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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 13:08

Samedi 30 janvier, une manifestation géante a réuni à Rome les opposants au projet d'union civile ouvrant le droit à l'adoption pour les couples homosexuels. Le gros des troupes, sans surprise, était issu des rangs de la droite et des catholiques.


Le parallèle, facile, avec les événements français de 2013 mérite quelques nuances. Tout d'abord, le gouvernement de centre-gauche de Matteo Renzi n'a pas utilisé le mot mariage, que certains considèrent comme une chasse gardée des couples hétéros. Ensuite, si la question de la PMA est absente du texte italien comme de la Loi Taubira, elle n'a pas joué le rôle d'épouvantail du débat français.


Enfin, le comportement de l'Eglise italienne diffère de celui de sa voisine. Les spécialistes de la Croix expliquent cela : Sébastien Maillard, de Rome, avant la manif (voir ici) et Isabelle de Gaulmyn, dans son blog (voir ici) au lendemain du défilé.


Si « les évêques italiens disent « non », en particulier à l’adoption, écrivait ainsi Sébastien Maillard le 28 janvier, ils ne sont pas pour autant convaincus de descendre dans la rue le 30 janvier à Rome. Ni de cautionner officiellement cette mobilisation ». On retrouve ici la posture initiale de l'épiscopat français à l'automne 2012, avant que nombre de prélats décident d'encourager les manifs. Voire d'y participer pour certains.


En Italie, les évêques ont refusé « de cautionner un camp politique », décrit le journaliste qui ajoute aussitôt que les prélats sont disposés « à négocier le projet de loi pour en éliminer les aspects les plus controversés (l’adoption) ».


Exit donc les points non-négociables établis par Benoît XVI, qui furent un point d'appui majeur des catholiques français opposés au projet Taubira. Son successeur ne les a pas repris à son compte. François, fort de son expérience politique argentine, ne ferme pas complètement la porte, afin de se laisser les moyens de peser dans le débat, autrement que par l'affrontement frontal.


Isabelle de Gaulmyn porte un jugement assez sévère sur la stratégie du pape émérite allemand. Pour elle, sa tactique « a montré ses limites. Elle met les évêques en première ligne, au détriment de leur mission de pasteur. Et elle repose sur une forme de contresens de l’action politique : la politique, c’est – en partie – l’art du compromis : l’éthique de conviction doit toujours être confrontée à l’éthique de responsabilité ». Et la journaliste de présenter une conséquence de cette attitude. Dans le débat autour du Dico (équivalent transalpin du Pacs) en 2007, « les évêques se sont trouvés à prendre position pour un camp contre un autre », soutenant le conservateur Berlusconi contre le dirigeant de centre-gauche Prodi.


La journaliste, qui fut correspondante permanente du quotidien catholique pendant le pontificat du pape bavarois, ne cache pas sa préférence pour la méthode Bergoglio. Avec lui, affirme-t-elle « , la politique n’est plus l’affaire des évêques, mais des catholiques laïcs, là où ils sont engagés ». Ce qui n'est pas neuf, contrairement à ce qui suit : « Ils sont invités à prendre des positions de dialogue, et à privilégier l’action positive à la condamnation morale ». Ce qui dans le cas concret se décline ainsi : « Défendre la famille sur le terrain, en l’aidant concrètement, plutôt que défiler dans la rue ».


En France, les catholiques remplissent bien cette mission. Des mouvements comme les Associations familiales catholiques ou les services diocésains de la pastorale familiale proposent activités, ateliers et formations. Leur expertise est reconnue et appréciée, au-delà des cercles cathos même.


Pour ce qui est de l'action politique, dans laquelle, rappelle la journaliste, le pape demande de prendre « le risque se salir les mains », les laïcs catholiques de France sont davantage en peine. « Dans une société comme la nôtre où (ces laïcs) sont minoritaires, voire inaudibles, il leur semble impossible de faire entendre une vision chrétienne autrement qu’en passant par l’institution, écrit Isabelle de Gaulmyn. On pourra ajouter qu'ils ne sont pas seuls responsables, étant victimes de la pression hiérarchique et cléricale. De plus, la société et les médias ont beaucoup de mal à considérer légitime une parole catholique non ecclésiastique.


La journaliste pointe une autre difficulté, très prégnante depuis 2013. Ces laïcs ont estimé « à tort ou à raison, qu’ils étaient exclus a priori du débat politique ». Revoici l'éternel débat du poids des catholiques dans un jeu politique national, vierge (en principe) de toute influence religieuse.


En conséquence de quoi, ces laïcs (la moitié des pratiquants environ, ne l'oublions pas) ont considéré « qu’ils leur restaient alors comme unique solution de descendre dans la rue, pour manifester leur point de vue ». Avec le succès numérique et médiatique que l'on sait. Et avec une efficacité politique limitée, sauf à avoir effrayé le gouvernement.


La journaliste pointe pour sa part un autre « risque » : « avoir finalement plus contribué à construire des murs dans la société que noué un dialogue constructif autour de la famille ». Cette partie de l'Eglise de France de 2013 a fonctionné selon la méthode Benoît. Sera-t-elle prête à s'engager dans un prochain combat avec un style plus « François » ?

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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