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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 11:02

Les messages « Save the date » venant du service de communication de la Conférences des évêques de France ne sont pas fréquents. A fortiori avec la mystérieuse mention « plus d'information prochainement ». Quel est donc le sujet qui mérite une telle mise en scène ? Réponse : « Lundi 29 février : les évêques de France au Salon de l'agriculture ».


Ainsi donc, en plus de croiser tous les candidats au graal politique de 2017, les visiteurs de la plus grande ferme de France risquent, en ce jour quadriennal, de croiser des prélats. À la différence des politiques, les évêques ne viendront pas se montrer mais porter une parole dans la crise agricole qui perdure et face à laquelle les responsables paraissent sans solution.


Si la venue organisée des prélats sera une première, le souci du monde agricole n'est pas nouveau chez eux. Le 10 février, les évêques de la province de Rennes (qui regroupe les diocèses de Bretagne et des Pays de la Loire) ont publié un texte commun (à retrouver ici).


Cette tribune met en avant des « droits » des agriculteurs. Elle exige ainsi le « droit de vivre de leur travail ». « Travailler dans l’inquiétude en attendant l’octroi de subventions n’est pas satisfaisant », écrivent les dix évêques. L'un d'eux, Mgr Raymond Centène, de Vannes, considère le fait que les agriculteurs vivent plus d’aides publiques que de leur travail de « situation injuste et surtout indigne » (voir ici son entretien pour Famille chrétienne).


Les agriculteurs, écrivent également les évêques de l'Ouest ont « le droit de choisir le modèle d’agriculture qu’ils souhaitent, pourvu qu’elle soit respectueuse de notre planète destinée à nourrir durablement toute l’humanité ». On peut y voir une critique des choix productivistes dominant depuis plusieurs décennies, à l'instigation des pouvoirs publics (français comme européens), ou de la FNSEA. Le fait que nombres d'agriculteurs ayant fait le choix du biologique s'en sortent mieux que d'autres est parvenu aux oreilles des responsables catholiques et c'est heureux. C'est également une conséquence du vent vert soufflant de Rome depuis l'encyclique Laudato si' et l'implication des catholiques dans la COP 21.


Enfin, la tribune invite les agriculteurs à « retrouver les solidarités qui les unissent les uns aux autres pour éviter les isolements parfois dramatiques ». On pense bien sûr ici aux cas tragiques de suicides ou d'abandons d'exploitation. « C’est une question de survie ! », clament les évêques.


Les dix de l'Ouest ne seront que 4 parmi les 15 évêques de la délégation qui parcourra les stands du Salon ce 29 février, de 10h à 16h45. Mgr Philippe Mousset, évêque de Périgueux, présidera la messe qui suivra cette journée pas banale, dans une paroisse proche de la Porte de Versailles. Le 8 février, ce fils d'agriculteur qui qui fit des études dans ce domaine avait publié un texte : « La crise agricole : nous sommes tous concernés » (à retrouver ici).


Pour Mgr Mousset, les peurs actuelles des agriculteurs sont « l’écho des inquiétudes de notre société désemparée face à la complexité des problèmes qui prennent une dimension internationale, ce qui renforce ainsi le sentiment d’impuissance ». Leurs questions « sont aussi les nôtres et nous interrogent plus profondément : quelle société voulons-nous et que voulons-nous pour notre société ? Quelles concertations nécessaires pour que les processus de l’économie de marché soient davantage maîtrisés au niveau de l’Europe et du monde, au niveau de nos régions et de nos départements ? ».


Cette réflexion, de type politique, rejoint les critiques du libéralisme portées depuis des décennies par le Vatican. Elles sont exprimées avec des termes que ne renierait pas un militant d'extrême gauche, par les évêques de l'Ouest. Ces derniers exigent le respect des agriculteurs « afin qu’aucun d’entre eux ne se sente plus jamais parmi « les esclaves des temps modernes » sacrifiés à l’idole de la productivité débridée alimentée par une concurrence internationale aveugle ».


Espérons que la parole des prélats pourra peser dans ce débat bien complexe. Pour le moins, elle montrera la présence bienveillante de l'Église envers celles et ceux qui vivent de la terre.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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