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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 10:33

Le cardinal Philippe Barbarin, au centre de toutes les attentions, n'est pas pire, ni meilleur que ses confrères dans la gestion de cas de prêtres accusés (ou condamnés) de gestes déplacés de toute nature. Pour se sortir de cet épisode tragique, je ne pense pas que la démission d'un homme soit la solution. Un changement d'attitude et un geste pourraient apaiser la situation.


L'Eglise catholique doit faire preuve de davantage de modestie, trait de caractère qui n'est pas le point fort du cardinal lyonnais. Dans sa chronique publiée le 19 mars par La Croix le (lire ici), quotidien qu'il a jadis dirigé, Bruno Frappat n'y va pas de main morte, parlant de : « son tempérament de donneur de leçons qui s’est souvent manifesté dans la société française, de cette manière mi-sirupeuse mi-autoritaire avec laquelle il assène dans les médias les vérités théologico-morales qui sous-tendent sa foi ».


Quant au geste attendu, il s'agit d'une demande de pardon par les responsables de l'épiscopat au nom de ce qu'a fait l'Église de France tout au long du XXe siècle. Dire que les crimes « c'étaient avant » et que « maintenant, on fait ce qu'il faut » est totalement inaudible de la part d'une puissance morale.


Une question me taraude dans cette affaire. Les administrations publiques, au premier lieu l'Éducation nationale, ne font preuve d'aucune pitié pour leurs fonctionnaires condamnés pour pédophilie. Ils sont radiés. Pourquoi l'Église n'en fait pas autant ? Pourquoi un prêtre avec une casserole (condamnation par la justice) trouve-t-il toujours un poste à quelques centaines de kilomètres de chez lui, sans même avoir à masquer son passé ?


On pourra entendre qu'un tel fonctionnement s'explique par la charité chrétienne et l'espoir de l'amendement du pécheur. Je me permets d'avancer une raison moins glorieuse et plus pragmatique : le déficit du nombre de prêtres. Aujourd'hui, en France, aucun évêque ne peut se priver d'un candidat, même sulfureux, même potentiellement dangereux.


J'ai le souvenir d'un séminariste, refusé dans plusieurs diocèses, que j'ai croisé dans ma jeunesse. Stagiaire dans une aumônerie scolaire, il faisait preuve d'une immaturité évidente (je ne parle pas ici de sexualité). La responsable de l'aumônerie avait envoyé un courrier à l'évêque pour expliquer pourquoi il ne fallait par l'ordonner prêtre. Un avis dont le prélat n'avait pas tenu compte, ne voulant se priver de bras.


Il faut tenir, coûte que coûte, faire tourner la machine, assurer les messes, les sacrements, les demandes des fidèles... Si toutes les paroisses étaient bien desservies, si tous les services diocésains disposaient du clergé nécessaire, pensez-vous que le Cardinal Barbarin ou ses confrères prendraient le risque d'accueillir un collègue avec son passif de délinquant sexuel ? Bien sûr que non.


Deux options s'offrent à l'Église catholique face cette situation :

- ouvrir la question des ministères ou de l'accès des laïcs aux responsabilités locales

- accepter de ne fonctionner qu'avec des hommes célibataires, chastes, bien dans leur sexualité, équilibré psychologiquement. Mais peu nombreux, ce qui implique de renoncer au maillage territorial paroissial ainsi qu'à nombre d'activités missionnaires.


Voici un axe de réflexion, pas neuf sur ce blog, à prendre en compte après cette semaine terrible. Terrible d'abord pour toutes les victimes, et ensuite pour l'Église et le catholicisme français.

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commentaires

SCHAEFFER Jacques 24/03/2016 08:00

Très intéressant. Tes analyses sont toujours pertinentes et "argumentées" ! Mais terrible tout de même ta phrase "il faut faire tourner la machine" ... Le fameux principe de Réalité dont on parle de plus en plus. J'ai lu quelque part que J.J.Rousseau avait écrit "Commençons par écarter les faits". Idéalistes contre pragmatiques , toujours et encore. Bises !

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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