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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 20:01

En octobre 2017, on célèbrera les 500 ans de l'acte de naissance de la Réforme : la publication par le moine Martin Luther de ses fameuses 95 thèses. Les catholiques ne veulent pas tous souffler les bougies du gâteau.


On avait perçu quelques signes plutôt positifs jusqu'alors. Le Pape François doit se rendre en Suède terre historiquement luthérienne, en octobre prochain (voir ici une dépêche de l'AFP), afin de participer à une rencontre luthéro-catholique. Il sera accueilli par une femme, qui dirige la très libérale Eglise luthérienne du pays (femmes prêtres, évêques ouvertement homosexuels).


Le pape s'est aussi dernièrement rapprocher de l'Eglise vaudoise (voir ici un post de mon blog) , la famille luthéro-réformée la plus dynamique en Italie. L'an dernier, le père capucin Raniero Cantalamessa, le prédicateur du pape, avait salué « l'enrichissement théologique et spirituel » de la Réforme.


Et voici que l'homme fort de la ligne conservatrice de la Curie, le cardinal allemand Gerhard Müller, vient de refroidir ceux qui attendaient des embrassades oecuméniques l'an prochain. Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, nommé par son ami Benoît XVI (il prépare la publication de ses œuvres complètes) a ensuite été confirmé par François, qui l'a créé cardinal. Il a affirmé début avril que les catholiques n'ont « aucune raisons de célébrer l'événement de 1517 ».


Il a dénoncé le danger d'une « protestantisation de l'Église catholique sur la base d'une vision laïque sans référence à la transcendance ». « Si nous sommes convaincus, a-t-il affirmé, que la révélation divine est présente en totalité et de manière inchangée à travers les Ecritures et la tradition, dans la doctrine de la foi, les sacrements et la constitution hiérarchique de l'Eglise par le droit divin, fondée par le sacrement de l'ordre, nous ne pouvons accepter l'existence des raisons suffisantes de se séparer de l'Eglise ».


Autrement dit, selon la bonne ecclésiologie catholique, la rupture luthérienne était non avenue en 1517. Et ceux qui sont du côté de la vérité catholique n'ont pas à fêter la naissance d'une autre voie.


Pourtant le même Gerhard Müller fut, de 2009 à 2012, le vice-président de la Commission internationale luthéro-catholique. En 2013, son nom figure parmi les signataires d'un rapport de cette instance paritaire sur la commémoration de 2017, intitulé "Du conflit à la communion" (lire en intégralité ici).


On pouvait lire dans le premier alinéa de ce document : « En 2017, les chrétiens luthériens et catholiques célébreront ensemble le 500e anniversaire des débuts de la Réforme. Aujourd’hui, les luthériens et les catholiques ont la joie de se comprendre mutuellement de mieux en mieux, de coopérer et de se respecter de plus en plus. Ils ont fini par reconnaître que ce qui les unit est plus important que ce qui les sépare ».


Le cardinal allemand semble aujourd'hui plus prompt à pointer les divergences, réelles, que les croyances communes.


Une clarification de la position du Saint-Siège vis-à-vis de l'événement est aujourd'hui nécessaire. Le pape ne peut plus se contenter de multiplier les gestes avec les orthodoxes – à Cuba avec le Patriarche de Russie ou à Lesbos, avec les hiérarques d'Athènes et de Constantinople - sans renouer le fil, plus fragile, avec les enfants de Luther.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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