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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 08:38

Prêtre parisien, curé de la paroisse Notre-Dame de Compassion (XVIIe arrondissement), Christian Lancrey-Javal demeure bouleversé, comme nous tous, pour la histoires de pédophilie touchant les religieux.


Dans son homélie dominicale du 24 avril (à retrouver intégralement ici), en commentant l'évangile de Jean (Jn 13, 31-33a.34-35), il est d'abord revenu sur une réponse du Pape François dans son livre d'entretien avec des enfants « Quelles sont les décisions qui coûtent au Pape ? », interrogeait un enfant. Réponse de François: « Il y en a beaucoup, mais le plus difficile est de devoir relever quelqu'un d'un poste de responsabilité ou d'une position de confiance parce qu'il n'est pas compétent ».


La phrase résonne fort aujourd'hui au regard de la difficulté pour l'institution de se séparer de ses membres coupables de crimes ou de délits sexuels. Dans un récent billet de ce blog, j'émets l'hypothèse que le manque de prêtres fait hésiter à se séparer des fautifs d'hier et potentiels récidivistes (à retrouver ici). Je suis intervenu dans ce sens lors de l'enquête présentée vendredi 22 avril sur France Inter, "Pédophilie dans l'Église: la conspiration du silence" (à écouter ici), dans l'émission Secrets d'info.


Le P. Lancrey-Javal est nettement plus catégorique que nombres des ses supérieurs les évêques. « Au Vendredi saint, l’Église a re-demandé pardon pour ceux de ses prêtres qui ont commis des abominations, qui ont profané le sacerdoce dont ils étaient investis, mais cela ne suffit pas. Avec d’autres chrétiens, nous demandons qu’ils soient renvoyés de l’état clérical : radiés, pas déplacés. Non pas renvoyés dans la nature : suivis et accompagnés, à la charge de l'Église qui s’est engagée envers eux au jour de leur ordination. J’attends cet engagement solennel de nos évêques. Et je vous demande de prier avec moi, et de faire pression, avec le sensum fidei, pour qu’ils le prennent. »


L'appel est clair, alors que la commission ad hoc se met en place dans l'épiscopat pour aider les évêques à gérer ces cas douloureux.


Le curé parisien ne supporte plus les excuses mille fois entendues en milieu ecclésiastique. Il en réfute trois. « Je vous en supplie : ne dites pas, à la décharge de ces prêtres, que d’autres hommes, plus nombreux d’ailleurs dans les familles, le font ».


Il rejette l'argument de l'acharnement de la société à travers les « méchants » journalistes. « Ne dites pas, pire encore, que les médias en profitent et s’acharnent contre l’Église. Les médias ne sont que la caisse de résonance d’une horreur sans équivalent, à l’égard de ceux qui se servent de Dieu et le défigurent ».


Enfin, il pourfend la réponse insuffisante et si souvent apportée par l'Église devant les victimes, à Lyon comme ailleurs : « Ne dites pas que c’est une affaire de pardon : c’est une affaire de responsabilité »


Pour lui, l'Église se doit d'être implacable. « Lorsque le dommage est irréparable, il ne peut plus y avoir retour à l’activité. Et puis, il faut être logique : ils ne pourraient pas entrer au séminaire ; ils ne peuvent plus être prêtres. »


Cette parole est depuis longtemps celle des victimes, celle de la société toute entière. Elle doit être demain celle de toute l'institution.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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