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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 12:33

J'ai souvent évoqué dans ce blog les différences, de pensée comme de mode de gouvernement, entre les deux pontifes vivants. Sans cacher ma préférence pour l'actuel. Il est de bon ton dans l'institution catholique de gommer les particularités individuelles et de tordre la réalité jusqu'à montrer que Benoît et François partagent toujours les mêmes convictions. Lesquelles du reste ne sont pas les leurs mais celles de l'Église éternelle.


Il est un observateur qui se fait une joie de marquer les divergences entre l'Allemand et l'Argentin. Il s'agit du plus grand pourfendeur médiatique du pape jésuite, le vaticaniste Sandro Magister, dont certaines des chroniques pour l'hebdomadaire italien l'Espresso sont traduites en français.


Magister est célèbre pour avoir été, l'an passé, temporairement interdit d'accès à la salle de presse du Saint-Siège pour divulgation interdite d'information (crime grave au pays des embargos et des secrets). Il ne cesse de mettre en avant les thèses des spécialistes actuels comme de scruter les textes anciens interdisant les évolutions en cours sur la pastorale familiale.


Le vaticaniste au nom prédestiné a publié il y a quelques jours un billet intitulé « Il n’y a pas un pape, mais deux: un "actif" et un "contemplatif" » (lire ici en français). Très vite, le ton anti-bergoglien est donné. Il est question des « ambigüités, déjà très nombreuses, du pontificat de François », puis de la « révolution » de ce dernier « en train de mettre l’Église sens dessus dessous ». Quand à l'émérite, il est qualifié de « doux prédécesseur », histoire de mettre en avant le caractère autoritaire, connue de tous, de l'actuel pape. On ne peut accuser Magister d'avancer masqué.


Beaucoup pensaient que l'ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi passait ces dernières années dans la discrétion entre ses livres et son piano. Et on apprend qu'il ne renonce pas à sa papauté. Magister liste les signes : il porte la soutane blanche, il signe "Benedictus XVI Papa emeritus", il se fait appeler "Sainteté" et "Saint Père". Bref, il fait le pape, plus peut être que Bergoglio.


D'après Mgr Georg Gänswein, son secrétaire particulier, fidèle depuis sa renonciation, Benoît XVI « n’a pas du tout abandonné le ministère pétrinien », mais a transformé celui-ci en « un ministère élargi, avec un membre actif et un membre contemplatif », dans « une dimension collégiale et synodale, presque un ministère en commun ».


Selon ses propos, tenus en public dans une Université pontificale romaine, l'Eglise serait donc dirigée par un binôme, reprenant les deux formes traditionnelles de vie religieuse : action et contemplation. Souvent décrit comme l'antithèse de l'homme d'appareil, le pape émérite serait donc en train d'inventer un poste, tout seul.


Que cherche donc Ratzinger ? Nourrir son ego ? Ce n'est pas le genre du personnage. Établir un contre-pouvoir ? Son parcours de loyauté rend cette hypothèse peu crédible.


Les ennemis, les vrais, du pape François, sont souvent proches des idées de Benoît XVI, si ce n'est de lui même. Ces personnes ont tout intérêt à remettre en selle le pape émérite en lui donnant un rôle à jouer. Un emploi inattaquable – qui peut critiquer un contemplatif ? - et généreux, à l'image du « doux » Ratzinger.


In fine, si le pape émérite est contemplatif, on ne sait rien de sa contemplation. Prie-t-il pour le monde ? Bien sûr. Pour le Pape François ? Sans doute. Pour la réussite du pontificat actuel ?

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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