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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 11:26

Le vaticaniste italien Sandro Magister poursuit son travail critique du présent pontificat. Un travail journalistique et quelque peu orienté qui fait écho aux courants, non négligeables à Rome et ailleurs, opposés aux actions du pontife argentin.


Son blog Chiesa sur le site de l'Espresso abordait le 9 septembre dernier (voir son article ici) les conséquences des changements à la Curie voulus par le pape François, non d'un point de vue politique ou ecclésiologique, mais social. Magister s'interroge sur les conséquences salariales des deux décisions de cette été : les créations du dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, et, le 1er janvier prochain, du dicastère pour le service du développement humain intégral. Dans les deux cas, des instances disparaissent et leur administration avec.


Pour Sandro Magister, les commentateurs ont passé sous silence "le groupe assez nombreux de dignitaires du Vatican qui se trouvent sans affectation – autrement dit, au chômage". Le mot dignitaire à son importance. Il fait resurgir dans nos mémoires les critiques acerbes du pape sur les fonctionnaires de curie, qui préfère la vie douce du Vatican et ses voyages à la dur réalité de leur pays et diocèses d'origine.


Le journaliste ne s'inquiète pas, à raison semble-t-il, pour les 50 employés laïcs touchés par ces restructurations. "Le pape François a affirmé plusieurs fois qu’il ne licencierait jamais des pères et des mères de famille". Mais quid des 18 clercs et des 4 religieuses dont le poste a disparu ou est condamné ? Leur avenir effraie notre observateur qui écrit, manifestement choqué, que ces hommes et femmes consacrées à Dieu et à l'Eglise "pourraient, de but en blanc, être renvoyés respectivement dans leur diocèse ou leur congrégation d’origine".


Quel est le problème ? Serait-ce une disgrâce, une punition, ou un camouflet pour ces prêtres, religieux et religieuses, après un temps au service du Saint-Siège, de poursuivre leur mission hors du Vatican ? Lors de leur ordination ou de leurs voeux, toutes et tous ont juré d'obéir à leurs supérieur(e)s. Personne ne leur a promis qu'il finirait leurs carrière à Rome.


Magister s'inquiète particulièrement pour les anciens patrons de services disparus. Comme le cardinal polonais Stanislaw Rylko, président sortant de feu le Conseil pontifical pour les laïcs. On propose au prélat de 71 ans. le siège prestigieux de Cracovie, celui de Saint Jean Paul II, dont le titulaire Stanislaw Dziwisz a déjà 77 ans et vient d'accueillir les JMJ. Si le poste ne lui convient pas, il pourrait, "rester à la curie ou sans activité", écrit le vaticaniste qui, avec bienveillance, fait la liste des postes de son niveau qui "pourraient être disponibles pour son reclassement". Deux fonctions actuellement occupés par des cardinaux de... 78 et 81 ans.


On me permettra de douter que le cas du cardinal Rylko, comme celui d'autres prêtres précédemment secrétaires ou sous-secrétaire pareillement désoeuvrés, soit la priorité première du pape. Tous peuvent exercer leurs talents ailleurs qu'à Rome et faire profiter leurs pays de leur expérience acquise à la Maison Mère. A moins qu'ils n'aient peur de retrouver un quotidien moins tranquille que celui du monde merveilleux du Vatican. Comme tous ces cardinaux retraités octogénaires incapables de quitter la Ville éternelle.


Ceci donne envie de reprendre le fameux discours des voeux du pape à la Curie de décembre 2014. De ce texte célèbre au accent de pamphlet, François listait les 15 "maladies de la Curie" (retrouver le texte complet ici). En voici quatre qui fustigent le carriérisme romain.


Citons d'abord la maladie "de la rivalité et de la vanité. Quand l’apparence, les couleurs des vêtements et les insignes de distinctions honorifiques deviennent l’objectif premier de la vie". Puis celle de "diviniser les chefs : c’est la maladie de ceux qui courtisent les Supérieurs, en espérant obtenir leur bienveillance". Ils sont victimes du carriérisme et de l’opportunisme, ils honorent les personnes et non Dieu".


On ajoutera au tableau la "maladie des cercles fermés, où l’appartenance au groupe devient plus forte que celle au Corps et, dans certaines situations, au Christ lui-même". On pense à la présence massive des Salésiens de Don Bosco, du temps où l'un des leurs, le Secrétaire d'État Bertone, faisait la pluie et le beau temps sur les nominations. Et enfin la quinzième et dernière, celle "du profit mondain, des exhibitionnismes, quand l’apôtre transforme son service en pouvoir, et son pouvoir en marchandise pour obtenir des profits mondains ou plus de pouvoirs. »


Contrairement donc à Sandro Magister, je ne s'inquièterai pas du sort des hauts prélats, des 18 clercs et des quatre religieuses, qui ne souffriront jamais du drame du chômage et des fins de mois difficiles. L'ancien archevêque de Buenos-Aires sait faire la différence entre cette réalité, qu'il connaît, et le déchirement d'un départ de Rome.

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commentaires

camille-madeleine 17/09/2016 23:28

Il est bien connu que la doctrine sociale de l'Eglise ne fait pas partie des textes à connaitre et surtout à appliquer pour grimper dans la hiérarchie ecclésiale. Aux futurs déracinés, on pourrait proposer une cellule d'aide psychologique !

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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