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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 20:27

Les habitués de ce blog connaissent mon intérêt pour nos cousins protestants. Ce qui m'a souvent valu d'être traité d'hérétique. C'est ainsi : on pense toujours que l'herbe est plus verte dans le champ du voisin. Je crois fermement que la manière d'être et de s'organiser des luthéros-réformés, historiquement minoritaires, est riche d'enseignement.


En visitant un temple parisien, j'ai récupéré un annuaire des activités de l'Église protestante unie de France (EPUF, voir le site) en région parisienne. On y trouve les coordonnées de toutes les paroisses luthériennes et réformées, ainsi que les services communs. La région est à entendre au sens très large : l'Inspection luthérienne de Paris (site ici) comprend les paroisses de Lyon et de Nice, et, côté réformé (voir ici), on se promène gaillardement jusqu'à Auxerre ou Chartres.


La présentation des paroisses donne une idée claire de la conception protestante de celles-ci. Pour un bon nombre d'entre elles, on découvre que le poste de pasteur est vacant. Sur les 21 paroisses que compte l'Inspection luthérienne de Paris, pas moins de 11 sont dans ce cas. Par contre, la fonction de président(e) du Conseil presbytéral, l'organe de direction, est toujours assurée.


L'absence de pasteur est la conséquence d'un manque de personnels habilités. Si la situation est connue en monde catholique, la gestion de la difficulté est bien différente. A chaque changement de poste ou départ en retraite, la place de pasteur est volontairement laissée inoccupée, durant une année. Ce principe relève de deux objectifs : gérer numériquement la faiblesse d'effectif et mettre la paroisse devant ses responsabilités d'animation.
 

Ce temps de vacances n'est pas vu comme une souffrance. Les offices dominicaux sont assurés, la prédication – élément principal de liturgie - étant pris en charge par un laïc formé à cette tâche. En cas de célébration de la Sainte-Cène (commémoration du dernier repas du Christ), qui n'est pas systématique, les cultes sont présidés par un pasteur extérieur. Souvent un responsable de service transversal à l'Église (jeunesse, bible, catéchèse formation, diaconie, oecuménisme, mission, communication...).
 

Il arrive même que certaines communautés vivent plus d'une année sans pasteur affecté. Période d'épreuve surmontable, comme dans la petite paroisse populaire de Béthanie, dans le 20e arrondissement de Paris, qui a vu arriver en septembre la pasteur Esther Mélanie Boulineau après plusieurs années de vacance du poste.


Dans la culture catholique, de telles dispositions sont, aujourd'hui, inenvisageables. Une communauté ne peut vivre sans berger ordonné par l'évêque et responsable devant lui. Et pas seulement pour des raisons sacramentelles. La réponse à la pénurie sera toujours le regroupement de communautés au sein d'une super-paroisse qui ne cessera de s'étendre. Et d'obliger les fidèles à des déplacements.
 

Chez les luthéros-réformés, le pasteur est avant tout un savant, un enseignant, et non le chef de la communauté. Le culte peut se tenir sans lui, de même que les activités catéchétiques ou bibliques. C'est d'ailleurs le Conseil presbytéral qui "recrute" un pasteur et qui peut, lors du bilan triennal, lui proposer d'aller ailleurs.


Ce mode de fonctionnement devrait nourrir la réflexion chez les catholiques. Il ne s'agit pas d'envisager, dans un premier temps, des communautés sans prêtres. Mais on peut songer à des rassemblements dominicaux de proximité sans officiant ordonné, et donc sans consécration eucharistique (il est possible de communier avec des hosties préalablement consacrées, comme celles qui sont distribuées aux malades ou aux personnes empêchées). Qu'on les nomme ADAP (assemblées dominicales en l'absence/attente de prêtre) ou autrement.


Les catholiques seraient bien inspirés de demander à leurs cousins luthéros-réformés comment une vie sans pasteur-prêtre est possible.

 

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commentaires

camille-madeleine 17/10/2016 10:26

Bonjour,
je suis assez vieille pour avoir connu il y a presque 30 ans les ADAP dans une petite paroisse rurale à 10 km de la paroisse de résidence du prêtre et à 10 km de la ville (3 paroisses à l'époque). Nous étions une petite communauté vivante et nous nous prenions en charge. Je pense que les prêtres trouvaient le fonctionnement satisfaisant. Les jours ADAP l'assistance était moins nombreuse. L'évêque d'alors est devenu évêque émérite, son successeur a choisi d'organiser de grandes paroisses sous forme de doyenné comportant plusieurs prêtres et de ne pas recommander les ADAP tout en rappelant que le prêtre n'était pas "un distributeur de sacrements" et que la lecture de la Parole était essentielle (ce jour-là les fidèles venus l'écouter se sont tus mais n'en pensaient pas moins !)

Je ne sais pas si ce que nous avons vécu alors serait possible avec certains "jeunes prêtres" éduqués plus à diriger qu'à impulser et faire confiance.Un autre point à prendre en compte : la "sociologie" de ces prêtres. Et surtout, il faut bien admettre que la lecture de la Parole est un exercice dont l'exercice n'a été autorise puis encouragé que récemment chez les catholiques romains et que notre histoire (jusqu'à Vatican II) est celle de fidèles obéissants au dogme et au prêtre. Certes nous sommes un certain nombre à nous former sur le plan de la pastorale et de la théologie, pour fréquenter un institut protestant je peux dire que les rapports humains sont bien différents de ce que j'ai vécu et vis encore dans les deux facultés de théologie que j'ai fréquentées (déplacements géographiques obligent) y compris dans la prise des responsabilités pour les célébrations dans les chapelles.
Faire confiance aux fidèles et leur donner les moyens de prendre des responsabilités ... une grâce à demander et une volonté de s'y mettre !

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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