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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 20:52

Faute de discours d'ouverture et de clôture (annulés pour cause d'absence du président Georges Pontier, comme si les vice-présidents n'étaient pas capables de s'exprimer à sa place...), les observateurs n'ont pas pu étudier les textes d'orientation habituels de l'assemblée des évêques à Lourdes.


On se contentera d'un communiqué final assez fourni (disponible ici), qui liste les grands travaux des prélats durant leur semaine automnale. On y trouve mention de la journée de pardon pour les victimes d'abus sexuels (largement médiatisée), du débat sur les vocations (je recommande sur ce dossier le texte de René Poujol à retrouver ici) et du discours du cardinal Tauran sur le nécessaire dialogue avec les musulmans.


En toute fin de ce communiqué, il est fait mention d'un nouveau chantier ouvert sur la suggestion du comité "Etudes et projets". Présidé par l'archevêque d'Aix et Arles, Mgr Christophe Dufour, ce groupe travaillera sur le thème : « Prendre conscience des ritualités civiles nouvelles ».


Félicitons les évêques de leur intérêt pour une réalité de notre société qui marque leur perte d'influence. Quelles sont donc ces ritualités civiles ? Jadis, les deux adjectifs seraient apparus antinomiques tant le rituel est souvent, en Occident, une prérogative religieuse. Si la religiosité diminue, le besoin de gestes forts marquants les grandes étapes de la vie ne recule guère.


Deux cas viennent à l'esprit : les baptêmes civiles dits aussi "républicains" et les cérémonies laïques autour des défunts. Dans les deux cas, il s'agit de répondre à la demande de familles voulant sacraliser un événement majeur sans passer par les institutions religieuses. Autrement dit, faire aussi bien, joli et sérieux que les cultes, mais sans eux et leur discours.


Le site "Le baptême civil" (ici) nous apprend que ce rituel, instauré durant la Révolution (le 8 juin 1794 ou le 20 prairial an II pour les puristes) et tombé en désuétude ensuite, trouve ces dernières années une nouvelle jeunesse. L'événement se tient en mairie. Mais, "il n’existe pas de texte officiel qui (le) prévoit" et, preuve de son intérêt relatif pour le législateur, "rien n’oblige les mairies à le pratiquer".


"Il n’y a pas de cérémonial préétabli", nous apprend aussi le site. Et contrairement au mariage civil, célébré dans le même décorum municipal le samedi après-midi, "le certificat de baptême civil remis pendant la cérémonie n’a aucune valeur légale". En même temps, on ne voit quelle utilité, pour la société et le droit, pourrait avoir celui-ci, quand l'enfant est déclaré légalement comme fils ou fille de ses parents. Et donc fils ou fille de la République.


Les évêques vont donc réfléchir à ce geste de présentation de l'enfant à la société. Comment inventer des fonts baptismaux républicains dotés d'une symbolique suffisamment forte pour justifier un bon gueuleton familial et amical.


Pour ce qui est des obsèques civiles, beaucoup de chrétiens (et pas qu'eux) sont marqués par la faiblesse des cérémonies proposées dans les crématoriums ou les cimetières dès lors que rien n'est prévu à l'église ou au temple. On s'en remet souvent à l'inventivité de l'employé des pompes funèbres pour vivre du mieux possible ce dernier moment au côté de l'être disparu. Dans le meilleur des cas, quelques témoignages, une chanson chère au disparu, un geste devant le cercueil, marquent l'ultime adieu.


J'ai écrit jadis dans ce blogue (voir ici) un texte sur une proposition de loi, déposée en décembre 2014, pour créer un service public des funérailles, pris en charge par les mairies. Il s'agissait d'offrir, plus ou moins gratuitement, une cérémonie d'adieu personnalisée aux défunts, dans le cadre républicain. Pour l'heure, les communes ne disposent ni des moyens humains, ni de l'expérience des religions et leurs capacités d'organisation en urgence (avec des milliers de bénévoles pour l'Eglise catholique), pour gérer ce service.


Des chrétiens travaillent depuis des années sur cette déclinaison non-religieuse des rituels de passage. Je pense ici à l'ouvrage "L'Adieu à un proche. Propositions de cérémonies civiles", de Christian Biot et Colette Maillard, publié aux éditions de l'Atelier en 2012 (voir ici).


Loin d'être schizophrénique, cette contribution à un société qui se détache des traditions religieuses est une preuve de plus du génie chrétien au service de tous. Espérons que nos évêques joueront cette partition, laquelle ne remet pas en cause la réflexion sur le désamour des rituels traditionnels catholiques.

 

 

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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