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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 17:13

Du 25 au 27 janvier à Annecy se tenaient les Journées d'études annuelles (1) de la Fédération des médias catholiques (voir le site ici), autour du thème : « Les religions font la Une ». Parmi les nombreux sujets abordés par les patrons de presse, journalistes et communicants présents, je souhaite revenir sur l'atelier « Piège du jargon et éléments de langage »,


La presse religieuse, comme les autres, n'est pas à l'abri de l'usage, et de l'abus, de termes inaudibles en dehors d'un cercle restreint. L'intervenant était Aymeric Christensen, rédacteur en chef adjoint de La Vie en charge du site de l'hebdomadaire. Il a proposé une typologie de ces difficultés : le vocabulaire technique, les faux-amis et ce qu'il nomme le « jargon pur auto-référentiel ».


Concernant le vocabulaire, Aymeric Christensen a interrogé la tension permanente entre la rigueur de terme et l’accessibilité au grand public. Il a cité en exemple l'expression latine instrumentum laboris, utilisé lors des synodes romains, aisément traduisible en « instrument de travail ». « Nous avons choisi de mettre le terme consacré la première fois, puis ensuite la version française ». Dans le même genre, il a fait remarquer que la très vaticane cohabitation ad experimentum gagnerait a être présenté sous le terme bien français de concubinage.


Dans l'assistance lors de l'atelier, il a été question de la « renonciation », terme canonique consacré quand tout le monde parle de « démission ». Au moins, le terme ecclésial correct est compréhensible, ce qui n'est pas toujours le cas.


Le risque de l'usage immodéré d'un vocabulaire, exact et précis mais difficile, est l'élitisme, explique le rédacteur en chef adjoint de La Vie, qui propose comme remède un effort de limitation.


La deuxième catégorie de difficulté lexicale est celle des faux-amis. Les mots communion ou encore charisme, n'ont pas le même sens dans le monde catholique qu'ailleurs. Un ami prêtre me racontait que durant ses études brillantes, à l’École centrale, il s'amusait à parler de son avenir à ses condisciples en lançant « Je songe au ministère ». Les journalistes ne gardent pas toujours cette lucidité devant les double sens possibles.


« Après le meurtre du P. Hamel, raconte Aymeric Christensen, nous avons longuement hésité à placer le mot martyr en titre. Et finalement, on nous a beaucoup plus rapproché d'avoir utilisé l'expression "curé de campagne", Saint-Étienne du Rouvray étant dans une périphérie urbaine. Pour nous, "curé de campagne" ne signifiait pas "curé à la campagne" ». Face au danger du brouillage de message, l'expert recommande la prudence.


Ses véritables ennemis, parce que plus insidieux, sont ces termes jargonneux qui foisonnent dans les pages de la presse catholique – et des blogs du même milieu (j'attends vos cartons jaunes). La liste fait sourire : temps de partage, faire Église, vivre un cœur à cœur avec le Christ. Je rajouterai la redoutable tournure verbale : « il nous a partagés », de nature à faire hurler un grammairien. « C'est un type de discours qui exclut », affirme le journaliste.


Contre tous ces dangers lexicaux, et pour que la presse catholique soit lisible par tous, notamment par les plus jeunes, le meilleur antidote est l'intervention d'un journaliste qui ne soit pas tombé petit dans la marmite catho. Un regard extérieur qui puisse sonner l'alerte devant certaines expressions propres à la tribu.


Cette intervention souvent salutaire fait advenir un autre danger, pointé par Aymeric Christensen : la simplification au prix de quelques inexactitudes. Ainsi, sur un sujet aussi sensible qu'à la mode, il est tentant de parler de "nullité de mariage" pour évoquer la déclaration de nullité. Le problème se pose notamment dans les titres quand il s'agit de faire court et efficace et que le corps de l'article permet précision et rigueur.


Cet effort ne concerne sans doute pas uniquement le monde journalistique. Évêques, clercs et fidèles préoccupés par la transmission du message évangélique gagneraient à se poser ces questions simples : « les mots que j’emploie sont-ils compréhensibles ? Peut-on évangéliser dans une langue inconnue de la majorité de la population ?  ». Il n'est pas uniquement question de haute théologie. Si on faisait un sondage dans la rue, je serai étonné de savoir à combien de nos compatriotes, les mots de diocèse et de vicaire disent quelque chose.


Le chantier est immense. Ce n'est pas une raison pour ne pas l'entamer.

 

  1. Journées Saint-François de Sales, du nom du patron des journalistes, savoyard, fêté le 24 janvier.

 

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commentaires

Sylvie Bégasse 30/01/2017 20:21

Présidente d'une association de presse locale chrétienne j'apprécie la pertinence du propos! M'autoriseriez vous à la partager aux rédacteurs des journaux paroissiaux adhérents à notre asso?
cordialement

cathoreve 30/01/2017 21:58

Pas de problème. Merci.

Incarnare 30/01/2017 19:11

Et parfois, on prend le terme galvaudé pour le terme consacré. Ainsi, dans le présent billet, de la déclaration de nullité, qui n'est pas une annulation ;)
> "Ainsi, sur un sujet aussi sensible qu'à la mode, il est tentant de parler de "nullité de mariage" pour évoquer l'annulation du sacrement."

cathoreve 30/01/2017 21:59

Je corrige. Merci

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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