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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 09:04

Depuis quelques jours, le petit monde qui suit les affaires vaticanes est tout retourné : on a osé critiquer le pape sur les murs de la Ville éternelle. La semaine dernière, sont apparues plusieurs centaines d'affiches reprochant à François son comportement.« Tu as placé sous tutelle des congrégations, évincé des prêtres, décapité l'Ordre de Malte et les franciscains de l'Immaculée, ignoré des cardinaux. Mais ou est ta miséricorde ? », a-t-on pu lire en dialecte romain, avant que les services municipaux ne retirent cet affichage sauvage (voir l'article du Monde ici).

 

Le combat, jusqu'ici confiné aux sites et à la presse spécialisée, arrive dans la rue, sans doute pour atteindre un pape plus attaché au peuple qu'aux élites. Au-delà de l'émotion et de l'ambiance anti-bergoglio qui plane, cette situation assez inédite inspire quelques commentaires.

 

Toute d'abord, il est sain et salutaire que le pape soit critiqué. J'ai trop souvent ici déploré l'absence de débat contradictoire dans le monde catholique pour m'offusquer contre les attaques lancées contre le pontife, quel qu'il soit. Celui-ci est un personnage de pouvoir, qui en use et s'expose à ses contradicteurs. Reconnaissons que ces faits énumérés par le libelle romain sont réels : le pape sanctionne, bien plus que ses prédécesseurs et sans s'en cacher. Là où Benoît XVI hésitait, par bonté d'âme et para caractère, François tranche.

 

Ceci dit, on est en droit de discuter des critiques portées. Moins sur le catalogue des "méfaits" du pape que sur l'interpellation. Que peut-on penser du lien avancé entre les sanctions prises, contre des institutions ou des chefs, et la miséricorde, dont on a célébré les vertus durant une année ?

 

Dans l'esprit du pape, et pas que le sien, l'exigence de miséricorde s'applique d'abord aux petits. On l'a vu dans le choix des populations mises en avant lors de l'année sainte : pauvres, prisonniers, malades... (retrouver ici le programme du Jubilé clos cet automne). Le grand patron de l'Ordre de Malte n'entre pas dans cette catégorie, ni les cardinaux frondeurs dont l'Américain Raymond Burke.

 

Voici donc la réponse à la question lancée sur les affiches : la miséricorde du pape s'adresse avant tout à ceux qui ne peuvent se défendre. Un chômeur et un Prince de l’Église n'ont pas droits aux mêmes égards. La miséricorde ne peut être brandie comme système de défense pour ceux dont les agissements sont critiquables aux yeux du pontife.

 

Le pape n'a pas peur de ces affrontements. En Argentine, pendant et après la dictature militaire, il a connu des tensions bien plus rudes. Certains de ses proches, moins habitués à un tel combat, peuvent être davantage affectés. Espérons que tous tiendront le choc pour poursuivre le nécessaire travail mené à Rome.

 

 

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commentaires

FER 15/02/2017 09:32

Merci d'avoir parlé de ces affiches infâmantes qui viennent de courir dans Rome. Naturellement, lorsqu'on jette un coup de pied dans la fourmilière, les fourmis se défendent et piquent....
Comme dit notre Pape, "priez pour moi" à chacune de ses interventions publiques, il sait de quoi il parle..... Quel coup de fraicheur et de renouveau connaît en ce moment la curie romaine qui en avait grand besoin......!

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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