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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 11:25

Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers, a investi récemment, cet été, le monde fascinant de twitter. Sa production (on peut le suivre ici) est assez originale pour un évêque. Il réagit, questionne, cite ses lectures, comme un observateur du monde davantage que comme un cadre institutionnel qui défend sa boutique.

Ancien président de l'Observatoire Foi et culture de l'épiscopat (voir ici mon dernier post sur cet organisme), il n'a pas peur de se lancer sur le terrain glissant de la politique. Ainsi le 12 février, il lançait sur la toile un message crypto-macronien : « La Ve République est née avec de Gaulle. Pouvait-elle lui survivre ? Faut-il encore attendre quelque homme providentiel ? ».

Lucide, Mgr Wintzer interroge les limites de l'exercice du gazouillis. « Quand il n'y a plus de pensée, restent les slogans. Les twitts sont-ils de la pensée ? », écrivait-il le 27 janvier.

Le 7 février, Pascal Wintzer postait sur la toile: « Avec la nouvelle traduction liturgique de la Bible, les cruches sont devenues des carafes... le rural s'est-il effacé devant l'urbain ? ». Ne faut-il lire ici qu'une pointe de nostalgie d'une homme qui voit les références à la vie campagnarde s'effacer devant dans notre civilisation urbaine ?

Son propos ouvre la porte à un débat qui me taraude depuis quelques années. Comment parler à nos sociétés occidentales d'aujourd'hui avec des images de la vie palestinienne du Ier siècle de notre ère ?

L’Évangile nous abreuve de récits de semeurs faisant la distinction entre bon grain et ivraie, d'aventures dont les héros sont des bergers, de lampes à huile défectueuses, de festins autour de veaux gras ... Tout ceci demande une capacité d'imagination certaine. Que dirait un Jésus du XXIe siècle pour nous parler ?

Il n'est plus ici question de traduire – va pour les carafes, les cruches étant passées de mode - mais bien d'adapter. Sans toucher au texte, les metteurs en scène de théâtre ou d'opéra savent transposer les chefs d’œuvre de jadis dans un cadre, avec des décors et des costumes qui parlent immédiatement parce que contemporains. Ne faudrait-il pas faire de même pour les paraboles de Jésus ?

Les plus habiles traductions en langue courante ou en français fondamental ne peuvent que simplifier des récits écrits pour un public d'hier. Pourtant je sais bien que celui qui osera récrire les paraboles dans des situations contemporaines, en conservant le sens initial, se fera étriller à l'image des metteurs en scène trop audacieux hués les soirs de première.

Sous le prétexte, discutable, que « cela a toujours été ainsi », il est toujours difficile de toucher à un texte sacré. Même quand le contexte dans lequel le message est présenté devient un obstacle à la transmission de ce dernier. A méditer pour tous les chercheurs es nouvelle évangélisation.

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commentaires

Fleuret Paul 20/02/2017 19:11

Vrai problème posé par Philippe. Le décalage entre l'écriture biblique et nos mentalités est grand et parfois, on peut se demander ce que peut bien comprendre le chrétien lambda lorsqu'il entned les lectures à la messe. Aumônier d eprison pendant 12 ans, j'ai tenté de "relire" les psaumes pour les chrétiens détenus. Il en est résulté un livre : "Psaumes pour mes prisons" (éd. CRER). A titre d'exemple, voici le psaume 81 (suivi d ela traduction liturgique) :

Dieu le juge
le juste
il prononce son jugement :

‘ Votre justice, dès longtemps,
va très mal : et jusqu'à quand ?

Et les grands, même criminels,
sont bien considérés !

Rendez donc justice aux faibles
rendez justice aux pauvres.

Délivrez donc les faibles, les pauvres,
délivrez-les des grands, même criminels.’

(Mais non ! Ils ne comprennent rien !
Complètement aveugles !
De quoi trembler de colère…)

‘Je le déclare :
vous avez beau vous croire importants
vous n’êtes pas des dieux !
Comme tout le monde
un jour, vous tomberez, morts,
juges, rois et tous…’

Debout ! Dieu !
toi, le juge,
le juste,
pour toute la terre !
Et voici la traduction liturgique officielle :

Dans l'assemblée divine, Dieu préside ; entouré des dieux, il juge.
« Combien de temps jugerez-vous sans justice, soutiendrez-vous la cause des impies ?
Rendez justice au faible, à l'orphelin ; faites droit à l'indigent, au malheureux.
Libérez le faible et le pauvre, arrachez-les aux mains des impies. »
Mais non, sans savoir, sans comprendre, ils vont au milieu des ténèbres : les fondements de la
terre en sont ébranlés.
« Je l'ai dit : Vous êtes des dieux, des fils du Très-Haut, vous tous !
Pourtant, vous mourrez comme des hommes, comme les princes, tous, vous tomberez ! »
Lève-toi, Dieu, juge la terre, car toutes les nations t'appartiennent.

camille-madeleine 17/02/2017 16:00

Madame de Romilly, dans un contexte (légèrement) différent, vantait la pédagogie du détour. Il me semble que celle-ci est toujours d'actualité, sauf à considérer que les interlocuteurs ne sont pas à la hauteur du message.

SCHAEFFER Jacques 17/02/2017 11:17

Tu ouvres là , cher Philippe , une sacrée (pardon pour le jeu de mots ..) boîte de Pandore ! Chacun sans doute (et même j'espère) s'est posé cette question et se la pose encore ... Certains prennent "à la lettre" ces textes sacrés , au risque (assumé ?) de se retrouver dans une "impasse" : évidence que nous ne vivons pas comme il y a 20 siècles . Tu fais donc œuvre salutaire en posant ce problème , et nous comptons sur toi pour faire avancer notre réflexion , et nous aider à comprendre ces textes avec "l'esprit XXI ème siècle ! Bises à toute la famille !

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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