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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 11:21

« Aucun des candidats à l'élection présidentielle ne peut s'arroger le monopole des valeurs chrétiennes. Pas plus aujourd'hui qu'hier ». François Vercelletto, spécialiste des religions à Ouest France rappelle dans son blog (à retrouver ici) cette vérité de base. Pourtant, cette année, il semblait que les catholiques de France, dont le cœur on le sait penche nettement à droite, avaient leur champion avec François Fillon.

 

Croyant assumé, bon père de famille, rigoureux comme il faut, peu suspect de bonhomie un tantinet jouisseuse à la Chirac ou d'arrivisme mondain du style Sarkozy : le portait parfait. D'autant plus que l'élu sarthois puis parisien était porté par la nouvelle vague catho en politique de Sens Commun. Mais, le rappelle François Vercelletto « Il ne suffit pas de dire "je suis chrétien" pour être le meilleur garant des valeurs évangéliques ».

 

Las, on sait ce qu'il est advenu. Le parangon de vertu s'est révélé être comme les autres, arrangeant, pour le moins, avec la morale et les finances publiques. Et l'homme que tous voyaient à l’Élysée fuit désormais les foules, les concerts de casseroles et les tomates. Que fait-on, s'interroge le (la) bon(ne) catholique pour qui le choix était plié ?

 

« Les catholiques dans l'embarras » titrait L'Union de Reims dans son édition du 27 mars. Le quotidien a réuni six fidèles engagés à la Maison diocésaine. Malgré les affaires, Fillon garde la confiance d'au moins deux d'entre eux. « Il faut un vote utile. Et Fillon ne fera rien contre ma religion », dit une responsable de la radio RCF. « Je ne vote pas par rapport à ma religion, mais je veux un président qui mette l'humain devant tout le reste », affirme une laïque en mission ecclésiale, qui s'affirme communiste et annonce avoir choisi.... Hamon. Quant au responsable régional des Semaines sociales, le cœur à gauche, il déplore que le candidat socialiste soit favorable à l'euthanasie.

 

Dans son commentaire, la journaliste Catherine Frey, qui a organisé la rencontre, conclut de façon un peu péremptoire, en s'appuyant sur un témoignage : « Il est fort probable, qu'au dernier moment, ces croyants votent tout de même Fillon. La mort dans l'âme ». Mais cette campagne nous réservera encore des surprises.

 

La question taraude même les évêques, si l'on en croit l'article de La Croix, (voir l'article ici)  à la veille de leur rendez-vous de printemps à Lourdes (du 28 au 31 mars). Entre eux, et c'est une bonne chose, les évêques parlent de leurs options politiques. Lesquelles sont diverses.

 

Un évêque – on note l'anonymat du propos – a confié aux journalistes du quotidien catholique : « Pour en avoir parlé avec les évêques de ma province, la campagne prend un tel tour que nous sommes, nous aussi, un peu perdus ». Il voit autour de lui « beaucoup d’indécis ». Ce qui tend à prouver que les évêques sont comme tout le monde.

 

Il est plus gênant de lire que ce même prélat craint, en prenant la parole, « d’ajouter à la cacophonie généralisée » ». Si un pasteur n'ose pas parler d'un choix aussi essentiel que celui de notre gouvernant, on peut s'inquiéter. On est bien loin de la bonne ambiance consécutive à la réception, quasi unanime dans la presse et auprès des politiques, du livre Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique, publié par l'épiscopat en octobre.

 

La fin de l'article donne une idée de l'ampleur de la question. Nos évêques auraient du mal à se positionner si, comme cela est prévisible, Marine Le Pen, se qualifie pour le second tour. « Certains d'entre nous pourraient voter pour elle », avoue un évêque à La Croix (des noms!!!). Une situation qui doit faire bondir leurs aînés qui, dans les années 80, avaient été stricts face au péril Jean-Marie Le Pen. Un évêque « de l’ancienne génération » explique : « si je dis quelque chose trop nettement à mes fidèles, en pensant apaiser les choses, en réalité je les ravive ». Mettre en garde contre les dangers de l'extrême-droite serait devenu contre-productif et périlleux ! Un joli constat d'échec pastoral... ou de lepénisation des esprits débordante.

 

Le message est clair pour les naïfs qui pensaient que le discrédit du candidat de la droite classique allait inciter naturellement à un recentrage du vote catholique. Les casseroles de la cheffe frontiste et, surtout, son programme aux antipodes des valeurs évangéliques ne rebutent donc pas tant que cela les catholiques. Quoi qu'il arrive, Marine Le Pen pourra dire un grand merci à sa nièce Marion.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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