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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 21:17

Mardi 21 mars, France 2 consacre un numéro de son magazine Cash investigation à un sujet brûlant « La pédophilie dans l’Église. Le poids du silence » (voir ici). La Conférence des évêques de France (CEF) a décliné la proposition d'envoyer un « représentant officiel de l’Église » lors du débat qui suivra la diffusion du document. Dans un communiqué diffusé le 20 mars, elle estime que la déontologie journalistique n'est pas respectée et que l'émission est « plus préoccupée d'accuser que d'informer ».

 

Cash investigation a l'habitude de ne pas ménager les institutions sur lesquelles elle enquête. C'est sans doute pour cela que les téléspectateurs plébiscitent ce programme moins complaisant avec les puissants que d'autres. Sur le site Le Samaritain, le blogueur Koz publie une note signée Vincent Neymon, directeur de la communication de l'épiscopat (à retrouver ici). Il raconte les méthodes insistantes et souvent indélicates d’Élise Lucet, la présentatrice de l'émission, notamment lors de la dernière assemblée d'automne des évêques à Lourdes.

 

Il paraît clair que le reportage est volontairement à charge. Faut-il pour autant renoncer à participer à l'exercice plus contradictoire du débat qui suivra la diffusion ? Je pense que non. Par sa politique de la chaise vide, la CEF ne sert pas ses idées.

 

Bien sûr, on peut considérer comme injuste qu'une institution qui réalise depuis quelques années des efforts louables paie pour des décennies d'incurie et de scandales tus par ses anciens dirigeants. Bien sûr, on peut redire que l’Église n'est pas le seul cadre dans lequel se produisent des horreurs vis-à-vis des enfants. Mais tout cela n'effacera pas l'image détestable que devra supporter encore quelques années l’Église catholique sur cette question. On pourra hurler tant qu'on voudra : c'est ainsi et il faut faire avec.

 

Pour remonter la pente, il est plus utile de se présenter devant les bazookas médiatiques que de fuir en attaquant la déontologie d'une profession. Surtout quand la sienne a tant fait défaut jadis. Si l'épiscopat prône désormais la « tolérance zéro », qu'il le crie au plus grand nombre !

 

Qu'on se rappelle que le pontificat de Benoît XV fut un calvaire pour les communicants ecclésiaux. Entre les maladresses de propos (Ratisbonne, les préservatifs) et les véritables scandales (la petite brésilienne enceinte d'un viol incestueux dont l'évêque refusa l'avortement), l’Église catholique a plusieurs fois été clouée au pilori par les médias français. Un homme possédait la bonne méthode pour faire face. Le P. Michel Kubler, assomptionniste, rédacteur en chef religieux à La Croix, était souvent invité sur France 5 dans l'émission « C dans l'air ». Il commençait toutes ses interventions en plaidant coupable, en reconnaissant que sur la forme, en terme de communication, l’Église avait été nulle. Puis, ses contempteurs calmés, une fois récupéré un certain capital de modestie et de sympathie, Michel Kubler exprimait clairement la pensée catholique.

 

En désertant la scène médiatique sous prétexte qu'elle lui est défavorable, l’Église catholique perd sur tous les plans. Elle est inaudible sur le fond et ne peut ni condamner l'inacceptable, ni demander pardon, ni dire ce qu'elle fait aujourd'hui. Elle apparaît comme s'estimant au-dessus de la confrontation avec le jeu médiatique. Elle n'améliore en rien son image dans l'opinion.

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commentaires

camille-madeleine 23/03/2017 23:04

Bonsoir,
C'est par KTO que j'ai appris qu'une émission s'intéressait à la pédophilie dans l'église, j'ai donc regardé le Replay, n'étant pas habitué à ce genre d'émission j'ai été agacée voire choquée par la dramatisation visant à mettre en scène les investigateurs. Je peux comprendre que les communicants de l'Eglise de France aient été circonspects. Toutefois, ils auraient été plus sereins s'ils avaient accepté de recevoir et d'écouter les victimes qui sont tous issus de la sphère catho et qui en possèdent les codes de bonne conduite. Il est difficile de demander aux cathos de base d'aller aux périphéries quant on ferme sa porte aux victimes de certains clercs. Mgr Ribadeau-Dumas affirme : " Il y a eu une culture du silence." ce qui est vrai mais il ajoute : "On ne fait pas bouger les mentalités comme ça" il apparait donc que les victimes vont attendre encore longtemps. Cela est la responsabilité des évêques en responsabilité actuellement.

Koz 21/03/2017 11:05

Il me semble que c'est exact lorsque l'on peut avoir une certaine confiance dans la loyauté de l'émission. Compte tenu de tous les épisodes retracés dans la note de Vincent Neymon, pouvaient-ils avoir confiance dans le fait que leurs interventions soient loyalement présentées ? Que l'émission ne fasse effectivement pas l'objet d'un montage ?

cathoreve 21/03/2017 12:04

Malgré les risque et le caractère piègeux de l'émission, la chaise vide est toujours à éviter. La posture choisie est incompréhensible pour la majorité de la population, qui ne peut/veut rien entendre des arguments de la CEF.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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