Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 16:28

2017 n'est pas une année majeure uniquement pour la politique française. Les chrétiens célèbrent les 500 ans du début de la Réforme. De nombreux ouvrages abordent la vie, la pensée et la postérité du moine Martin Luther. Je veux en retenir ici un Le jour où Luther a dit non (voir ici), d'Anne Soupa (Salvator).

 

Plusieurs raisons dictent ce choix. L'auteure est une catholique, bibliste et militante de l'ouverture de l’Église. La fondatrice du Comité de la Jupe (voir ici) et de la Conférence des baptisés catholiques (voir ici) est dotée d'une jolie plume et sait faire passer ses convictions.

 

Ensuite, Anne Soupa a choisi le genre romanesque pour traiter ce fait historique majeur. Son ouvrage n'est pas un traité de théologie mais un récit, documenté sur un épisode majeur de la vie du moine augustinien allemand. Il s'agit des quatre jours, du 12 au 15 octobre 1518, où, à Augsbourg, il rencontre le cardinal Cajétan, dominicain érudit envoyé par le pape pour voir ce rebelle qui fait trembler la Sainte-Église.

 

Très vite on apprend que le légat du pape ne souhaite pas mener une disputatio théologique, genre dans lequel il excelle tout comme Luther. « Je ne suis pas ici non pour débattre mais pour entendre ta rétraction », dit clairement Cajétan, qui doit réprimer son goût pour l'échange. De plus, il ordonne au moine déviant, de « s'abstenir de tout ce qui pourrait dans l'avenir troubler l’Église ». Et l'auteure du roman ne cache guère ce qu'elle ressent de l'intransigeance romaine.

 

Premier point achoppement, première « erreur » dans la bouche du prélat : la condamnation des indulgences. Cette pratique consistait à inciter les fidèles à payer pour se voir pardonner. L'argent recueilli servait largement les besoins de l’Église, des Princes et des banquiers, dont Jacob Fulger, qui abrite dans sa demeure la rencontre historique. La femme de ce dernier finit par être convaincue par les arguments du rebelle, lançant à son mari : « Ces indulgences sont comme une drogue qui t'endort et te fait rester à la surface de toi-même, dans des paradis d'apparence qui ne font pas vivre ».

 

Cajétan dénonce une seconde erreur. « Tu affirmes que l'absolution des péchés ne confère par la grâce du pardon si le bénéficiaire n'y croit pas ». Pour le moine, qui défendant sa position, « l'engagement pour Dieu, c'est la conscience qui le prend, libre, souveraine. Personne d'autres. Ni le pape, ni aucun ministre du culte ». Ainsi est posée l'idée, révolutionnaire, de la relation directe entre le croyant et le créateur, diminuant l'importance des intermédiaires et le pouvoir de la hiérarchie ecclésiale. « Tu sous-estimes le don de Dieu fait à l’Église », tance le cardinal. « Je le rends à chacun de ses fidèles », répond Luther.

 

Ne se vivant pas comme hérétique, le moine lutte pied à pied, rageant que le prélat refuse la joute. C'est l'arrivée de étudiants actuels et passés de Luther, ayant marché des jours pour être au côté de leur maître, qui lui donne le courage de tenir bon. La Réforme est lancée.

 

Dans sa postface, Anne Soupa affirme que ces controverses ne valaient pas un schisme. Elle sous-entend qu'en prêtant l'oreille au moine augustinien et en révisant ses pratiques, l’Église aurait pu éviter ce que le rebelle ne souhaitait pas. L'Europe se serait alors passée de siècles de violence, épargnant des milliers de vies (des deux côtés) et des années de haine.

 

D'autant, note la bibliste, que « aujourd'hui, l'essentiel de ce qu'a soutenu Luther est réintégré par l’Église catholique comme son bien naturel ; altérité, autorité de la Bible, justification par la foi, respect de la conscience personnelle ». Et les différences peuvent cohabiter. Elle ne voit qu'une seule divergence restante : « vaut-il mieux avoir un pape ou non ? ».

 

Ce récit agréable, vivant, bien écrit, pourrait être monté sur les planches. Surtout, il nous éclaire sur les choix ecclésiaux à venir.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de cathoreve
  • Le blog de cathoreve
  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
  • Contact

Recherche

Liens