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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 20:03

La Conférence des évêques de France est incapable de tenir un propos ferme concernant le choix de dimanche. Certains évêques, dans leur coin (voir ici un florilège de textes compilés par La Croix), tentent de dire l'évidence pour un chrétien : le non possumus du vote Le Pen et le bulletin, par défaut mais ferme, pour Macron. Un message que portent sans sourciller les autorités juive, musulmane et luthéro-réformée, dans un communiqué commun sur lequel plane l'ombre du partenaire catholique absent (voir ici).

 

Car de l'avenue de Breteuil, où siège la représentation nationale de l'épiscopat, rien de bien clair n'est venu. Ni le président Pontier, ni le Conseil permanent, porteur ordinaire des messages officiels, ne se sont exprimés. Le communiqué de référence au lendemain du 1er tour, sans orientation précise (à retrouver ici), est signé du P. Olivier Ribadeau-Dumas, porte-parole, d'une parole... bien molle. Pourquoi ?

 

Bien sûr, on peut entendre le discours du refus des consignes de vote depuis Vatican II et de la primauté de la conscience du catholique adulte. Mais ce ne fut pas le cas en 2002, quand l'épiscopat, poussé par le cardinal Lustiger qui connaissait les dangers que porte notre extrême droite, était catégorique face à Le Pen Père. Plus près de nous, en 2013, cette posture non interventionniste ne fut guère celle de nos évêques face à l'ouverture du mariage aux homosexuels. Certains ne se sont pas gênés pour passer par dessus la conscience des fidèles en leur expliquant comment se positionner.

 

Une réalité, bien plus grave, amène le corps des évêques, plus désunis que jamais, à rester dans cette funeste neutralité. A croire le sondage publié par Le Monde mercredi 3 mai au soir (enquête Ipsos pour le Cevipof), le mal est déjà advenu. 46% des catholiques (toutes catégories confondues) seraient tentés par le vote Le Pen ce 7 mai. 46 % !! 6 points de plus que la moyenne de la population.

 

On pouvait pourtant se réjouir des scores modérés de l'héritière frontiste au 1er tour : 22% pour l'ensemble du groupe catholique (11% pour les pratiquants réguliers, 22% pour les irréguliers et 29% pour la masse des non-pratiquants). Marine Le Pen ferait plus que doubler son potentiel entre les deux tours. Ce qui signifie qu'elle récupérerait une très grande partie des 28% des catholiques orphelins de François Fillon (voir ici l'enquête d'Ipsos, en page 17).

 

Presque une personne sur deux se disant catholique s'apprête à voter FN. Comment est-ce possible quand les catholiques par milliers sont engagés tous les jours sur le terrain dans des actions aux antipodes des idéaux frontistes ? Comment le comprendre alors que l'immense majorité des évêques détestent ce parti autant que moi ? Comment imaginer que des fidèles soutiennent un parti qui méprise l’Église et ses valeurs ? Au même titre que les partis politiques traditionnels, les médias ou le monde de la culture, l’Église n'a pas su ou pu contenir la montée de ce vote haineux.

 

Un autre motif, pour moi, justifie cette frilosité. Il relève de la parole de l'autorité catholique dans notre société. Quoi qu'elle dise ou ne dise pas cette semaine, celle-ci est discréditée. Au risque de me répéter lourdement dans ce blog, tant que l’Église maintiendra son discours, bâti par des mâles célibataires, sur les familles, la sexualité ou la place de la femme, elle demeurera inaudible, sans crédibilité aucune. Et ce quel que soit son thème d'intervention. C'est pourquoi, l’Église est aujourd'hui incapable d'assurer sa fonction de guide moral. Pour ses fidèles comme pour les autres.

 

Faut-il ajouter au tableau la gestion des cas de pédophilie dans ses rangs ? La société a bien compris qu'entre la fermeté officielle, récente mais bien réelle, et les pratiques de terrain, l'écart demeurait trop grand pour que le soupçon cesse.

 

Derrière ce discours officiel se dédouanant de toute position tranchée, je vois un aveu de faiblesse. Divisé à son sommet et plus encore à sa base droitisée, l’Église catholique de France est muette et impotente quand le pays vit un tournant. Une réalité aussi inquiétante que le résultat de dimanche. Car lundi, le chantier sera toujours là.

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commentaires

SCHAEFFER Jacques 18/05/2017 08:05

Cher Benoit , on voit bien dans notre échange le grand intérêt du blog de Philippe. Je fais un "copier/coller" de son texte :
"Bien sûr, on peut entendre le discours du refus des consignes de vote depuis Vatican II et de la primauté de la conscience du catholique adulte. Mais ce ne fut pas le cas en 2002, quand l'épiscopat, poussé par le cardinal Lustiger qui connaissait les dangers que porte notre extrême droite, était catégorique face à Le Pen Père. Plus près de nous, en 2013, cette posture non interventionniste ne fut guère celle de nos évêques face à l'ouverture du mariage aux homosexuels. Certains ne se sont pas gênés pour passer par dessus la conscience des fidèles en leur expliquant comment se positionner."
Tout est dit , non ? Vous "bloquez" sur le mot "consigne" , je le comprends. Mais alors pas deux poids deux mesures et pas de complaisance avec la Haine de MLP. Cordialement et excellente journée.

Benoit 23/05/2017 21:10

Bonsoir Jacques et merci de votre réponse,
Oui, le mot consigne me paraît loin de considérer l'autre comme adulte.
Cela dit, je ne fais pas deux poids deux mesures. Je me souviens pour les lois de 2013 Mgr Vingt-Trois appelant non pas "à manifester" mais à "se manifester". A chacun de voir ce qui lui allait ou pas dans la proposition de loi. J'entends bien que les ecclésiastiques puissent dire que telle ou telle position ou proposition est plus ou moins proche de la vision de l'église.
Cela dit, pour un vote, chaque candidat présente un ensemble de propositions et je ne me vois pas pondérer telle ou telle proposition pour mes semblables.
Je peux très bien admettre qu'une personne d'une cinquantaine d'années, chômeuse, sans grand espoir de reconversion, vivant dans une petite ville de quelques milliers d'habitants sinistrée par une délocalisation, une désertification etc (toute ressemblance...) ne veule pas de l'Europe, ou tout au moins de celle qu'elle devine - à tort ou à raison - chez E. Macron. Je pense à ce maire disant à un responsable d'En Marche ses souçis financiers et s'entendant répondre "vendez vos forêts". Je me souviens d'amis partis dans un village il y a dix ans et étonné d'y voir 30% de vote FN. Je ne connais ce parti que par les médias. Ce que je veux dire, c'est qu'il me semble important d'essayer de me mettre à la place de certains qui ne sont pas des excités. Je me souviens avoir vu dans un reportage des militants FN (parfois d'origine étrangère ) discutant dans des petits villages avec les habitants, se préoccupant de leurs souci et sans animosité, ce qui contrastait sensiblement avec ce qu'on peut lire de déclarations intempestives ou pires de ceux qui ont plus de grade. Encore une fois, ma position avec tout ce qu'elle a de privilégiée n'est pas celle de l'électeur qui vit une réalité bien moins rose.
Je crois important d'acquitter - pas seulement avec des mots - ce qui se vit ailleurs.
Pour revenir à nos "consignes", je crois vraiment qu'en tant que chrétien, je suis appelé à me faire une opinion (certes en discutant) mais sans que tel père, tel quotidien, mentor ou professeur décide pour moi. J'attends des ecclésiastiques qu'ils facilitent ma rencontre avec le Christ (Parole, sacrements, exemple, Joie...) ce qui est déjà un sacerdoce dans les deux sens du terme, et si je me laisse faire, je compte bien que l'Esprit m'aide à éclairer ma conscience pour les actions de la vie quotidienne, y inclut mes devoirs civiques.
Cordialement,

Alice L. 11/05/2017 10:43

Bonjour,
J'ai été particulièrement choquée par les évêques qui ont appelé à voter Macron : avec Berger comme soutien pour la GPA, Cohn-Bendit, DSK. et le projet pour l'euthanasie.
Comment soutenir officiellement la peste? Et comment sciemment dire que c'est mieux que le choléra? Macron n'a pas de politique pour aider les plus pauvres non plus économiquement parlant mais au contraire favoriser la précarité.... Alors je veux bien croire qu'on agite le spectre du front national en instrumentalisant la shoah. Mais en 2017, qui sont nos ennemis qui attaquent les juifs et égorgent les chrétiens jusque dans nos églises? Notre besoin de sécurité est réel et ne doit pas être réduit en justifiant par des poncifs de bobos parisiens :"vous êtes dans la fermeture". Je donne tout mon respect aux evêques de France qui ont appelé à chaque chrétien de prier et voter en confiance sans donner de consigne, ce n'est pas leur rôle et surtout par de valider la peste et/ou le choléra.

SCHAEFFER Jacques 11/05/2017 14:16

Bigre ! Quelle véhémence ... Respect de toutes les opinions ....Et quelle question ouverte sur le "rôle" des évêques ..Et le "rôle" du "chrétien de base" dans tout çà : "aimez-vous les uns les autres" et silence devant le message de haine de MLP (puisqu'il faut bien la nommer malheureusement) ? Et les MILLIERS de noyés en Méditerranée ? Oui , moi j'ai décidé où est la peste ...

SCHAEFFER Jacques 06/05/2017 19:10

Oui , silence assourdissant. Beaucoup de nos amis catholiques sont étonnés , pour le moins. La raison du "discrédit de la parole" que tu invoques ne me satisfait pas tout à fait. Ce genre de "neutralité silencieuse" n'alimente t-elle pas ce discrédit ? C'est le serpent qui se mord la queue !!
Ou alors , je n'ose l'imaginer , cela serait-il une preuve de plus de la scandaleuse dédiabolisation des idées xénophobes et haineuses de ce parti dont je tais le nom ? Bravo et merci pour la sonnette d'alarme (de mon point de vue) que tu tires !....

Benoit 17/05/2017 21:29

Les consignes... Je ne dirais pas que mon cas vaut exemple, chacun est différent. Mais quand j'entend un politique appeler à voter X ou Y, je me dis "mais qu'est ce qui vous porte à croire que j'ai besoin qu'on me dise quoi faire ?".
Les journalistes prompts à exiger des consignes aux uns et aux autres ne disent pas auprès de qui ils vont les chercher la leur. En revanche, trop de médias - et pas que - glosent à n'en plus finir sur le consignes de l'un oude l'autre. Depuis 30 ans, le Front National aura rendu cet immense service à beaucoup: parler de consigne, de Ni-Ni, d'indignation et de tout ce que vous voulez et as d contenu sur lequel on derait pouvoir se faire une idée assez vite. Enlevez ces débats franco-français et vous pouvez diminuer par deux le nombre de pages de bien des éditions.
Ensuite, il y a des territoires abandonnés par des élus qui sans doute se sentent impuissants. Qui passent parfois et s'en vont avec les caméras, qui ignorent ce que veut dire chercher ou perdre un emploi. Je serais politique (a fortiori évêque) je me dirais: mais qui suis-je pour dire à ces personnes qui rament, qui doivent tenter de se reconvertir à 50 ans, qui triment avec 900 euros par mois, ce qu'elles doivent faire ?
Je suis du bon côté de l'économie, j'ai rarement craint financièrement pour moi et mes enfants. Quand je pense à ceux qui sont souvent plus en colère ou en détresse que "populistes", je ne me vois pas donnant des consignes.
"Qui m'a établi pour être votre juge ?"

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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