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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 08:40

Dans son édition du 11 mai, La Croix a donné longuement la parole à Mgr Georges Pontier, dont le silence entre les deux tours de l'élection présidentielle avait été diversement apprécié (voir l'entretien ici). Le journaliste Nicolas Senèze a posé au président de la Conférence des Évêques une double question à propos du Président de la République élu : « Qu'attendez-vous de lui ? Que redoutez-vous ? »

 

À la première, Mgr Pontier a évoqué la nécessité de la « cohésion et de la réconciliation des Français », après un campagne qu'il a jugée « violente du début jusqu'à la fin ». Un propos assez convenu que le quotidien catholique retiendra comme titre à l'interview.

 

Sa réponse à la deuxième question – sur ses craintes - est riche et mérite qu'on s'y attarde. « J'espère qu'il [le nouveau président] ne va pas nous enliser dans des débats de société qui ont aussi contribué à la division du pays mais qu'il n'est pas urgent de remettre en première ligne ». On voit évidemment à quoi fait référence l'archevêque de Marseille, qui garde en mémoire les débats autour de l'extension du mariage et les législations sur la fin de vie.

 

Mais qui doit vraiment craindre un « enlisement » ? L'ensemble des Français qui, globalement sont favorables à des évolutions en faveur de plus de libertés individuelles en matière morale, ou les catholiques, qui les freinent ? Le pays n'a pas été autant « divisé » par le débat autour du mariage que les paroissiens devant la parole très univoque des autorités catholiques. On peut se demander ce que recouvre le « nous » utilisé par le prélat.

 

Ces débats, à le lire, ne sont pas « urgents à remettre en première ligne ». Dans ce sens, il rejoint beaucoup d'observateurs qui ont reproché à François Hollande et demain à son successeur de faire plus de sociétal que de social (voir ici l'éditorial de Jean-Pierre Denis le 11 mai dans La Vie).

 

Pourtant cette question de l'urgence n'est pas si évidente. Dans les domaines concernés, les évolutions législatives offrent des possibilités nouvelles à des catégories numériquement faibles de citoyens : les lesbiennes en demande de maternité, les personnes incurables subissant des souffrances intenables. Pour ces quelques milliers de personnes, il s'agit souvent d'une urgence. L’Église catholique, qui se prétend depuis Paul VI « experte en humanité », ne peut rester insensible aux cris de ces infortunés. Et on imagine mal qu'elle tente de les minimiser pour préserver la paix dans ses sacristies.

 

Le Mouvement homosexuel chrétien David & Jonathan a réagi aux propos de Mgr Pontier, dans un communiqué intitulé « Questions de société : deux poids, deux mesures ? » (à lire ici) . David & Jonathan reproche aux responsables de l’Église catholique de France d'un côté de « tenter de peser sur le pouvoir politique lorsqu’il s’agit en particulier des questions de l’intime : la sexualité, les modalités de la procréation, la vie » et, dans le même temps « d'afficher une frilosité consternante et refuser de prendre position lorsque menacent à grande échelle l’exclusion, le rejet de l’autre, le racisme, l’homophobie, etc. ».

 

Pour David & Jonathan, « éluder des débats aussi fondamentaux est contraire à la démocratie, ne permet pas de ressouder une société profondément divisée, et mène au contraire à la peur, à la méfiance et à l’exclusion. »


Dans le processus de la Loi Taubira, le gouvernement s'est mal comporté envers le contradicteur catholique. Emmanuel Macron, qui a vécu l'épisode au cabinet du Président Hollande, agira on l'espère avec plus de finesse. L’Église aussi, en se rappelant qu'avec son soutien aux Manifs pour tous, elle n'a redoré son image ni dans l'opinion, ni chez certains catholiques. Sur ces fameuses questions de société, le mouvement homosexuel chrétien affirme « la nécessité d’écouter les témoignages de vie des personnes concernées, plutôt que de partir d’un dogme. La conscience éclairée de chacun-e décide ainsi en dernier lieu… Quelle liberté pour le peuple de Dieu ! ».


Si le nouvel hôte de l’Élysée remet sur la table des dossiers touchant à la famille ou la fin de vie – l'ouverture de la PMA aux couples de femmes figurait à son programme -, l’Église devra contribuer au débat sans se sentir agressée, en écoutant ce qui se dit dans ses rangs, comme en dehors. Pour que le sujet se s'enlise pas et soit traité au mieux de l'intérêt de la nation.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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