Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 décembre 2018 3 12 /12 /décembre /2018 22:24

Plusieurs semaines après le début de la révolte des gilets jaunes, nos évêques ont donc enfin pris la parole avec leur instance communautaire, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France (1). Cette instance ne pouvait se contenter de reprendre les appels au calme et au dialogue lancés depuis plusieurs jours par certains prélats, comme Mgr Aupetit (Paris, voir ici) ou Mgr Pontier (Marseille, voir ). Elle n'a pas souhaité non plus se positionner comme « Mgr Gilets jaunes », l'évêque de Montauban Bernard Ginoux (voir l'article de Famille chrétienne ici) qui semble avoir oublié la neutralité politique de sa fonction.

 

Dans son Appel aux catholiques de France et à nos concitoyens du 11 décembre (à retrouver ici), le Conseil permanent offre ses services à celles et ceux qui veulent sortir de la crise. Arguant que « notre démocratie manque de lieux d’échange et de réflexion qui pourraient permettre l’émergence à une large échelle de suggestions positives élaborées ensemble », dont une des raisons serait « l’affaiblissement de nombreux partis politiques et un recul significatif de l’engagement syndical » l’Église de France propose de suppléer au manque.

 

Elle a tout à fait raison de mettre en avant «  un maillage de milliers de paroisses, réparties sur l’ensemble de notre territoire » et de noter la richesse de « la présence de multiples mouvements, aumôneries et associations de fidèles ». Aucune autre institution ne peut se targuer d'une telle présence. Fort de cela, les responsables de l'épiscopat proposent « dans les semaines à venir, de susciter partout où ce sera possible des groupes d’échanges et de propositions en invitant très largement d’autres personnes, partageant ou non notre foi, qui peuvent être intéressées d’y participer et d’y apporter leurs idées ».

 

À cette occasion, le texte des chefs de l'épiscopat réinvente la fonction de la paroisse. « Lieu de prière, en particulier liturgique », nous dit le communiqué, celle-ci est aussi « par nature et par vocation la "maison de famille fraternelle et accueillante" (encyclique Christifideles laici, de Jean Paul II) pour tous et la "famille de Dieu, fraternité qui n’a qu’une âme" (Vatican II, Lumen Gentium, n° 28) ».

 

La paroisse et le clocher, situés au centre géographique de nos villes, pourraient ou devraient donc retrouver leur place majeure de lieu de rassemblement, quand le politique est en disgrâce. Belle idée, que nous avons souvent défendue dans ce blog, quand il s'agissait de rendre les lieux de culte accueillants à des projets musicaux et culturels non spécifiquement chrétiens. La panique sociétale actuelle justifierait une telle proposition à titre exceptionnel ou faut-il voir une volonté d'ouverture plus fréquente des bâtiments au-delà du culte ? Il ne faut jamais oublier que ceux-ci furent financés jadis par l'ensemble de la communauté, à une époque où la foi chrétienne ne relevait pas d'un choix personnel.

 

Rêvons de la seconde option. Comme on peut rêver que les foules en colère se précipitent pour dialoguer avec nos dirigeants au pied des statues de la Vierge de nos églises ou sous les posters de pontifes qui décorent nos salles paroissiales. L’Église peut-elle inspirer un échange serein quand les tensions sont telles et le dialogue impossible chez certains manifestants ? Le cadre de nos chapelles et de nos presbytères pourrait permettre une expression plus policée que les propos de tavernes des micros-trottoirs de ronds-points vus sur nos écrans depuis bientôt un mois. Sans doute, dans certaines régions encore culturellement chrétiennes (Ouest, Alsace), est-ce possible. Dans d'autres régions, on peut en douter.

 

Par ailleurs, l’Église catholique donne-t-elle de nos jours l'image du meilleur écrin pour un échange quand la climat est si tendu et les positions si éloignées ? Incapable elle-même de gérer sereinement ses propres divergences, en difficulté quand elle doit négocier autour de ses certitudes avec certaines idées modernes, elle n'a pas que des atouts dans le domaine délicat de la médiation.

 

Au moins, on ne pourra pas reprocher aux catholiques de France, à défaut de réussir des miracles, d'avoir observé sans rien faire cette crise inédite.

 

(1) Ce groupe comprend le président et les deux vice-présidents de la conférence, trois évêques représentant les diocèses selon leur taille, trois évêques selon leur ancienneté et l'archevêque de Paris, es qualité. Son qualificatif de « permanent » interroge puisqu'il se réunit... une fois par mois durant deux jours,

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de cathoreve
  • : Philippe Clanché, journaliste religieux, collaborateur de Nouvelle Cité, Témoignage chrétien, Réforme ou La Vie. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
  • Contact

Recherche

Liens