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16 janvier 2019 3 16 /01 /janvier /2019 08:47

Je n'ai pas assisté au procès impliquant du 7 au 10 janvier le cardinal Barbarin devant le tribunal correctionnel de Lyon. Parmi les nombreux comptes-rendus, je recommande le travail de ma consoeur Sophie Lebrun pour La Vie (voir ici).

Ayant écrit sur le cas de l’archevêque de Lyon en 2017 pour Marianne (voir ici), je connais un peu le dossier. Mes fans pourront écouter ici mon sentiment exprimé sur le procès ce vendredi sur Radio Notre-Dame, lors d'un débat avec les journalistes Victor Loupan et Jean Sevillia.

 

Je voudrais revenir sur un aspect un peu annexe, mais pas secondaire pour autant : la posture de deux des personnes citées à comparaître lors du procès. Il se trouve que je connais et que j'ai de l'amitié pour Régine Maire, chargée par le diocèse de Lyon de recevoir une des victimes du père Preynat, et Pierre Durieux, alors directeur de cabinet du cardinal.

 

Je n'ai pas compris leur attitude lors du procès. Tous deux ont choisi de lire une déclaration et de refuser de répondre aux questions. Je comprends qu'un texte, sans doute écrit à quatre mains avec un avocat, soit infiniment plus sûr, plus maîtrisé, que toute expression orale à la barre. A fortiori quand on n'est guère habitué à l'exercice. On a vu que le cardinal a aussi utilisé le procédé.

 

Comme lui, Mme Maire et M. Durieux ont lu qu'ils assumaient pleinement ce qu'ils ont fait et pourquoi ils l'ont fait (ou pas fait). Mais pourquoi donc, même si c'était leur droit, ont-ils refusé le débat contradictoire du tribunal ?

 

Il est évident que cette décision ne relève absolument pas du mépris des parties civiles, les victimes du prêtre criminel. Alors quoi ? Le procès est le lieu des questions et des réponses, non pour le plaisir d’embêter les gens, mais pour faire avancer la révélation de la vérité.

 

Mon hypothèse est celle-ci. Je pense que les deux proches collaborateurs de l'archevêque n'ont pas voulu exprimer leur pensée intime. Il est une chose d’écrire en bon employé pour défendre son travail, celui de son supérieur ou l'honneur de son institution. Il en est une autre d'être amené à dire son sentiment personnel, en tant que citoyen et en tant que membre d'une institution qui, tout le monde le reconnaît, a mal fonctionné.

 

Au cours du débat, cette dichotomie parole officielle/parole personnelle serait nécessairement apparue. Mais les deux cités à comparaitre gardent peut-être dans le cœur le sentiment qu'ils auraient pu agir autrement, en saisissant la justice ou en incitant fortement leur patron à le faire plus vite. L'ont-ils fait, sans le dire à la barre pour ne pas affaiblir le cardinal ? Ont-ils songé à agir ainsi avant de renoncer par esprit d'obéissance et de fidélité à Philippe Barbarin et à l'Église ?

 

Voici des questions auxquelles nous n'aurons pas de réponse. Et qui manquent à l'établissement de la vérité sur la façon dont le diocèse de Lyon, et pas seulement son patron, a géré ce ténébreux dossier.

 

Derrière ce silence, cette « fidélité » selon le mot de Pierre Durieux, cette retenue toute catholique fleure bon le cléricalisme. Cette maladie de l'Église dont la conséquence funeste est que tous et toutes, des simples fidèles au pontife romain en passant par les prêtres et les évêques, se taisent et se serrent les coudes dès lors qu'un clerc, un homme du sacré, est mis en cause. Ce même fléau qui explique que personne n'ait rien dit au moment des faits criminels, comme l'a raconté la journaliste Isabelle de Gaulmyn dans son livre Histoire d'un silence (voir ici).

 

Dans ces quatre jours de procès, le cardinal Barbarin a rompu le silence et c'est heureux. Mais son équipe n'a pas voulu, n'a pas pu le faire. Espérons que lors de futures audiences similaires, autour de la non-dénonciation de crimes sexuels, tous les acteurs prennent la parole avec la plus grande liberté. possible.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux, collaborateur de Nouvelle Cité, Témoignage chrétien, Réforme ou La Vie. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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