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24 juillet 2020 5 24 /07 /juillet /2020 07:33

Toujours pas de fumée blanche à l'archevêché de Lyon. À Nantes, c'est hélas une autre fumée qui a noirci la cathédrale, toujours privée de prélat. Nommé en janvier, arrivé en mars, pas aidé par la conjoncture, Mgr Celestino Migliore, nonce apostolique en France, n'a toujours pas nommé le moindre évêque. Les journalistes spécialisés assuraient pourtant sur le prestigieux poste lyonnais serait pourvu avant la mi-juillet.

 

J'évoquais dans mon dernier post des hypothèses de ce blocage (voir ici) , notamment l'augmentation, admise par Rome, des refus par les prêtres sollicités. J'en avais oublié une que l'actualité me rappelle.

 

On a appris ce jeudi que Mgr Lugi Ventura, prédécesseur de Mgr Migliore, sera jugé en France devant le Tribunal correctionnel pour « agressions sexuelles », le 10 novembre (voir ici l'article du Monde). Le nonce, qui nie les faits, aimait bien, semble-t-il, mettre la main aux fesses d'hommes (majeurs).

 

Dans le même genre crapoteux, l'élu suisse Jacques Neirynck raconte dans un post publié le 22 juillet (voir icisa stupéfaction devant le spectacle pitoyable donné par le diocèse de Lausanne-Genève-Fribourg. Le 15 juillet lors d'une conférence de presse, le diocèse rendait public les résultats de deux enquêtes lancées suite aux accusations visant le P. Paul Frochaux, ancien curé de la cathédrale de Fribourg. Le prêtre, qui a démissionné en mai, est soupçonné d'avoir abusé d'un jeune homme de 17 ans en 1998, et d'avoir harcelé sexuellement un confrère durant les années 2008-2011. Le diocèse était sur le point de nommer à sa suite un autre prêtre, quand il est apparu que celui-ci fréquentait activement des sites de rencontres homosexuelles. Il a reconnu les faits.

 

Ce même 15 juillet, l'évêque Mgr Charles Morerod acceptait avec courage de s'exprimer lors du journal du soir de la Télévision suisse romande. Il a même reconnu qu'un autre candidat potentiel avait été écarté pour les mêmes raisons. Dans cette séquence (à retrouver ici), on voit à la fois la modestie et le calme d'un prélat pourtant accablé, et la pugnacité de la journaliste.

 

Revenons à notre nonce à Paris. Comme l’Élysée et Matignon qui s'assurent que leurs futurs ministres ne traînent aucune casserole (financière, fiscale ou conflit d'intérêts), il doit trouver des évêques exempts de toute pratique hors des clous de la morale catholique. On pense bien sûr aux relations homosexuelles mais aussi aux attitudes équivoques ou trop pressantes avec les jeunes femmes. C'est pour ce motif que Mgr Hervé Gaschignard, sans aucune procédure juridique contre lui, a du quitter ses fonctions d'évêque de Dax en 2017 (on retrouvera ici le récit de l'histoire par François Vercelletto, de Ouest France.

 

Cette contrainte semble faire diminuer le nombre de candidats à l'épiscopat. Frédéric Martel avec son pamphlet Sodoma a décrit la forte culture homosexuelle dans l’Église. En 2014 dans mon ouvrage « Mariage pour tous, divorce chez les cathos » (voir ici), j'avais proposé une explication à laquelle je crois toujours. « Le huis clos masculin propre aux séminaires, à la vie paroissiale ou monastique, comme l'interdit des relations hétérosexuelles, peuvent attirer, consciemment ou inconsciemment, de jeunes homosexuels. Et dans certains milieux sociaux, il n'est guère d'autres moyens d’échapper par le haut à la norme d'un mariage ». Et je citais un religieux dominicain : « Pour un homosexuel, le sacerdoce est un cadre pour assumer son célibat et être utile à l’Église ».

 

Le dernier point mérite discussion. Un homo prêtre est « utile » pour faire fonctionner l'institution et son besoin de clercs. Mais sa situation est périlleuse aujourd'hui tant la pression médiatique et sociétale traque les incohérences entre discours et actes, jadis ignorées ou tolérées. Dans l'affaire Ventura, le petit monde catho connaissait le côté « italien » ou « tactile » du nonce. On l'acceptait hier, plus maintenant.

 

Demain, seront peut-être annoncés les noms de nouveaux évêques bien dans leur peau et dans leur affectivité. Et l'institution se réjouira comme si tout allait bien. Mais si les règles contraignant la sexualité (1) des ministres du culte catholique demeurent inchangées, il deviendra de plus en plus difficile, voire impossible, de faire tourner la boutique.

 

(1) Je n'aborde pas ici la question des ministères femmes, face à laquelle le silence des autorités me désole.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux, collaborateur de Nouvelle Cité, Témoignage chrétien, Réforme ou La Vie. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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