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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 09:59

 

 

Les interventions publiques de Benoît XVI sont désormais entendues bien au delà du cercle catholique. Encore plus lors d'un rassemblement ouvert aux autres religions et aux non-croyants en quête de sens. Et davantage quand la thématique est hautement universelle : la paix. On peut donc penser que le pape a soigneusement pesé le texte de son intervention hier matin à Assise, lors de la journée qu'il a initié, autour du thème très ratzingérien « Pèlerin de la Vérité, pèlerin de la paix ».

 

Après un survol historique depuis la rencontre fondatrice de 1986 dans la même ville, à laquelle le cardinal Ratzinger d'alors n'avait pas participé, Benoît XVI a abordé la « la critique de la religion, à partir des Lumières, et a maintes fois soutenu, que la religion fut cause de violence ». Le pape parlait principalement de la famille catholique. « Nous le reconnaissons plein de honte » a-t-il dit, surprenant celles et ceux qui dénoncent un pape hostile aux repentances, plus facilement pratiquées par son prédécesseur.

 

A l'heure où une autre tradition religieuse, l'islam, est accusée à raison de pratiques violentes, la parole papale est forte et courageuse. Et même si Benoît XVI voit en ces violences passées « une utilisation abusive de la foi chrétienne », le nostra culpa est clair et a été salué comme il se doit.

 

Lucide sur le passé, sa conception du présent interroge. Dans la dernière partie de son intervention, le pape explique pourquoi il a ouvert le rendez-vous interreligieux à des non-croyants. « A côté des deux réalités de religion et d'anti-religion, il existe aussi, dans le monde en expansion de l’agnosticisme, une autre orientation de fond : des personnes auxquelles n'a pas été offert le don de pouvoir croire et qui , toutefois, cherchent la vérité, sont à la recherche de Dieu ».

 

Après avoir rendu hommage à ces personnes , qui « ôtent aux athées militants leur fausse certitude » et « mettent en cause les adeptes des religions pour qu'ils ne considèrent pas Dieu comme une propriété », le pape conclue un peu vite sur la finalité de leur quête en se répétant presque mot pour mot : « ces personnes cherchent la vérité, elles cherchent le vrai Dieu ». Le lien entre les deux propositions lui apparaît comme un évidence.

 

Pourtant, si pour le pape toute quête humaine ne peut mener que vers le Créateur, est-ce nécessairement le cas pour tous les humains ? N'existe-t-il pas d'autre cadre pour penser la vie, le monde et la mort que la transcendance religieuse célébrée dans une divinité indicible ? On peut douter que Mme Kristeva et les autres intellectuels athées conviés dans la ville de saint François soient si sûrs que l'aboutissement de leur route sera la reconnaissance d'un dieu ou du Dieu des chrétiens.

 

D'autant que chacune et chacun, vivant en Occident, a du déjà évaluer longuement l'hypothèse divine. Il est même permis de penser que ces éminents penseurs apprécient modérément qu'on leur indique ici la finalité à atteindre. Sauf à croire à la grâce particulière d'Assise ou du rassemblement de tant de grands esprits, les invités non-croyants du pape ne vont pas se convertir illico. Si le propos papal fait grincer quelques dents, rien ne paraîtra, l'ambiance feutrée d'une telle journée n'étant pas propice aux coups d'éclat.

 

En poussant le bouchon, et quitte à faire hurler certains, on pourrait même aller jusqu'à voir dans le texte pontifical quelque chose flirtant avec la récupération. « Vous êtes venus ici en quête de sens. Ne cherchez plus, nous avons la solution » pourrait être la tradition en slogan publicitaire du message du pape.

 

Accepter l'altérité demeure la difficulté - la souffrance - de ce pape. Tellement comblé personnellement par le Christ et l’Évangile, il n'arrive toujours pas à penser comment il est possible de vivre sans.

 

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commentaires

Pneumatis 28/10/2011 12:33


Le Pape n'a pas dit "ils cherchent le Dieu des chrétiens qui est le vrai dieu", ni "ils cherchent Jésus Christ". "Dieu" est un nom commun qui ne désigne pas nécessairement un être transcendant.
Voir chez Spinoza, par exemple, que la philosophie qualifie d'athée tandis qu'il a écrit tout un traité "de Dieu" qui résout pour lui la question : Dieu, en tant qu'absolu, existe = il existe un
absolu de l'être. Mais pour Spinoza, cette substance n'a rien de transcendante, ni de personnelle. C'est ce que d'autres appellent la Nature, par exemple, pour caricaturer un peu le philosophe.
On est en droit de penser que les philosophes agnostiques invités à Assise étaient assez intelligent pour éviter ce piège de croire que Benoit XVI évoquait le dieu au sens chrétien... surtout quand
tout une partie de son discours consiste à dire que les religions n'ont pas à s'approprier ce concept et le réduire à leurs conceptions cultuelles limitées.
Dans votre cas, ce serait pas mal d'éviter de donner du grain à moudre à d'autres commentateurs qui auraient moins de recul théologique que vous ne devriez en avoir en tant que journaliste de
presse chrétienne.


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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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