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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 11:10

 

Je vais ici enfreindre allègrement un principe de base du journalisme et de l'honnêteté intellectuelle : parler d'un livre que je n'ai pas lu et, avant de l'avoir ouvert, en dire le plus grand mal.

 

Le 28 février prochain, les éditions Salvator doivent publier « 48 objections à la foi chrétienne et 48 réponses qui les réfutent », de Jean-Michel Castaing. Le titre fleure bon le XIXe siècle et le tristement célèbre Syllabus, dans lequel Pie IX arc-bouté sur ces certitudes, publia un « Recueil renfermant les principales erreurs de notre temps ». (1)

 

Nous étions en 1864, un temps délicieux, quand parler d'intelligence de la foi pouvait valoir l'excommunication. Mais aujourd'hui, avec le triomphe du Youcat qui ressuscite la forme pédagogique pré-conciliaire du questions-réponses, il ne faut s'étonner de rien. Ou plutôt tout redouter.

 

Hormis le titre, ce qui n'est pas peu de chose, je ne sais du projet de l'ouvrage que l'argumentaire fourni par le service de presse. Et il est gratiné. « Si la personne de Jésus est unanimement respectée, toutes croyances confondues, on ne peut pas en dire autant de l’Église Paradoxalement, c'est au sein même des pays d'ancienne tradition chrétienne, surtout en Occident, que le discrédit qui la frappe est le plus virulent. »

 

Outre la banalité du constat, on découvre très vite que le livre ne va aborder les causes du phénomène que sous un angle : la faute de la société. Quant à l'emploi de l'adverbe « paradoxalement », il dit quelque chose de la compréhension de l'histoire de l'Occident par l'auteur (ou l'éditeur). C'est bien parce que le catholicisme a été tellement prégnant si longtemps qu'il subit aujourd'hui un temps de disgrâce.

 

Poursuivons la lecture. Après une liste de quelques objections faites à la foi catholique - «L'Église est une secte qui a réussi», « L'Évangile a été trahi par les dogmes», «La résurrection de Jésus relève du récit poétique»... - le communiqué livre l’objet du projet. Il ne s'agit pas de « terrasser les opinions erronées les unes après les autres, mais de dire la beauté comme la cohérence de la foi catholique ».

 

Passons sur le verbe terrasserqui nous ramène encore fort loin dans le temps. On apprend donc que ces méchantes objections ne sont pas critiquables ou discutables mais des « opinions erronées ». A l'opposé du côté obscur, la foi catholique apparaît « belle et cohérente ». Fort de telles certitudes, l'auteur avait-il besoin de suer devant un clavier pour produire 256 pages ?

 

Heureusement, les deux derniers phrases nous rassurent sur la bienveillance de ce dernier envers ceux qui profèrent ces « erreurs ». Comme « les hérésies ont contribué à affiner la foi de l’Église (..) les idées-reçues peuvent devenir l'occasion de clarifications bénéfiques à tous ». Non seulement les hérétiques d'aujourd'hui éviteront le feu purificateur – laxisme de la modernité -, mais en plus on les remercie de faire progresser, bien malgré eux, la vérité.

 

L'auteur, nous dit-on, ambitionne de « rendre les visages de Dieu et de son Église plus avenants, plus familiers ». Partir du principe que ses contradicteurs sont dans l'erreur augure bien de la réussite de l'opération réhabilitation. Au passage, on notera la maladresse consistant à mêler ici « les visages de Dieu et de son Église », alors que, précisément, les attaques visent la seconde et non le premier.

 

Déjà auteur dans la même maison de Pour sortir du nihilisme, Jean-Michel Castaing nous est présenté comme « passionné par les rapports entre la foi et les questions de société ». Nulle doute que son travail trouvera un bel écho auprès de celles et ceux pour qui il ne fait aucun doute que la foi catholique est « belle et cohérente ». Je crains fort que ses concitoyens aux « conceptions erronées », indécrottables impies, passent à côté de son argumentaire.

 

 

(1) Dans le contexte actuellement je ne résiste pas à indiquer cette « erreur » : « L» (& 44). La liste prend fin avec : « Le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne » (& 74).

 

 

 

 

 

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commentaires

Incarnare 29/01/2013 20:07

Qui vous dit que ce bouquin n'est pas un alter ego moderne du "guide des difficultés de la foi catholique" ?

En effet, critiquer un bouquin sans l'avoir lu n'est pas très journalistique (pour le catholique, je vous en laisse juge :p). Pour votre pénitence, vous nous ferez une critique en bonne et due
forme une fois le-dit bouquin digéré :)

Else 29/01/2013 13:46

Merci. J'ai partagé sur Fb.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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