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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 14:08

 

Dans sa livraison de mercredi 14 novembre, le Canard enchaîné s'en prend au patrimoine immobilier religieux parisien. Son utilisation, ou plutôt sa sous-utilisation, serait choquante eu égard au problème de logement dans la capitale, notamment des plus démunis.

 

On connaît la tradition anti-cléricale de l'hebdomadaire, qui n'est pas synonyme d'irrespect des religieux. Plusieurs catholiques font partie de la rédaction sans états d'âme.

 

Nonobstant les jeux de mots inévitables et les simplifications d'usage, l'enquête d'Hervé Liffran « L'Eglise prie les sans-abri de rester à la porte » met en évidence une situation qui n'est pas nouvelle. Les congrégations religieuses en perte de vitesse ne peuvent se résoudre à quitter des bâtiments et des parcs très bien situés, totalement sur-dimensionnés pour les effectifs restants. Dans le même temps, des milliers de personnes vivent à la rue ou mal logés.

 

On pourra rétorquer à l'hebdomadaire que la même interrogation est valable pour des immeubles, eux totalement vides, appartenant à des banques, assurances ou grandes sociétés. Mais ces dernières ne prônent pas les valeurs de l’Évangile et ne sont pas tenues à l'option préférentielle pour les pauvres.

 

Bien sûr, nombre de chrétiens et d'associations d'inspiration chrétienne sont en première ligne pour améliorer le sort des mal-logés et des sans-abris.

 

Mais en attendant, il est choquant de lire que, dans le IVe arrondissement, quatre sœurs de l'Adoration occupent une « vaste bâtisse ». Ou que les congrégations qui ouvrent leurs portes à l'extérieur n'acceptent d'héberger que des prêtres et des religieuses de passages, des services d’Église, voire des étudiant(e)s .

 

Si on assiste à un regroupement des congrégations religieuses en voie d'extinction, ou à des mutualisation de service, se séparer des lieux historiques, souvent maisons-mères nationales, est un déchirement pour nombre de familles religieuses. Mais celui-ci doit-il être supérieur au cri du monde ? Est-il honteux de vendre un vaste domaine pour acheter des locaux adaptés.

 

Les membres du conseil international des Fils de la Charité, comme ceux de la Province de France, vivent dans deux étages d'une résidence ordinaire du Xe arrondissement. Au milieu des gens.

 

On saluera également le choix, ancien maintenant, des Pères maristes de la rue de Vaugirard. Leur vaste domaine abrite désormais le Forum 104, espace dédié à l'expression et à la rencontre de toutes les spiritualités. Sans faire dans le social, les maristes ont su transformer leur bien en lieu ouvert à la réalité d'aujourd'hui.

 

Il est vrai que les contemplatifs apprécient peu la proximité et ont besoin d'espace de promenade. Mais ils peuvent trouver des sites plus modestes qu'un parc de 2 hectares dans le VIe arrondissement.

 

Pour éviter de donner du grain à moudre à la presse qui se délecte des errances des institutions religieuses, quelques gestes symboliques de ventes d'ensembles immobiliers seraient bienvenus.

A condition bien sûr d'y mener un projet social et non de céder au plus offrant des promoteurs en quête de programmes lucratifs.

 

Le P. Bernard Devert, fondateur de Habitat et Humanisme , est souvent sollicité par des congrégations qui portent ce souci à l'heure de penser leur avenir. Sa merveilleuse utopie de loger les familles modestes au cœur des villes et non dans des zones de relégations de périphérie fait honneur au christianisme.

 

Avec nous « jusqu'à la fin des temps », le Christ attend les chrétiens au côté de leurs frères qui souffrent.

 

PS : Avec rédaction de ce billet, je découvre la réaction de la CORREF (Conférences des religieux et religieuse de France à l'article du Canard enchainé.

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commentaires

Suzanne 27/11/2012 12:04

Ce n'est sans doute pas le but de votre billet, mais il m'a fait rire. Pourquoi ? Parce qu'à chaque fois qu'on manque de place pour loger des sans abri, on lorgne du côté de l'Eglise, quand ce
n'est pas du côté des églises. C'est vrai, quoi! Tous ces bâtiments immenses, déserts et inutiles ! Au temps des cathédrales, les églises n'étaient-elles pas des asiles pour nécessiteux ? C'est
cette vision simpliste de l'hospitalité et de la charité qui me fait rire. Reiser était plus drôle et pas moins judicieux quand il voulait convertir les églises vides en piscines. Est-on idiot ou
de mauvaise foi quand on s'offusque que le curé n'ouvre pas sa porte aux sans-logis entre deux messes ? Il y a de l'eau courante et des toilettes dans les églises ? Qui voudrait vraiment y
séjourner, y camper plus d'une nuit ? Voit-on, par ailleurs, ce que l'Eglise fait pour les démunis ? (vous le soulignez dans votre billet).
Là, Saint-François d'Assise me fait un petit signe et me parle des pauvres chiens qui dorment dehors, il suggère qu'on les mette dans la crèche, c'est bientôt la saison. Oh, zut, ne quittez pas,je
vous le passe, je suis athée, moi, occupez-vous de vos saints.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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