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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 13:33

Lundi 3 décembre dans La Croix, Frédéric Mounier racontait la fin de la visite ad limina (auprès du Saint-Siège) du troisième groupe d'évêques français. Dans le dernier paragraphe, le correspondant permanent du quotidien catholique évoquait un échange entre les prélats sur leurs réticences à envoyer des prêtres de leurs diocèses travailler pour la Curie romaine.

 

Cela m'a rappelé une discussion avec cet excellent confrère il y deux ans à la table d'un bar de la Ville éternelle (1). Je l'interrogeais sur une impression personnelle : l'incompréhension des réalités de l’Église de France par le Saint-Siège. Sans démentir mon sentiment, il m'apportait plusieurs réponses (2), dont une m'est restée en mémoire.

 

Au-delà des visites ad limina, les services du Vatican jugent un pays à travers le témoignage de ses ressortissants en poste à la Curie. Or, depuis de longues années, les prêtres nationaux ayant choisi de faire toute ou partie de leur carrière au Vatican appartiennent tous au courant conservateur, si ce n'est restaurateur.

 

Aussi, ils ne rendent compte à leur collègues que d'une Église aux mains d'affreux progressistes, nourris par l'Action catholique, aventureux en matière liturgique, préférant la guitare à l'orgue et la tenue civile au col romain. Sans parler de la prise de pouvoir des laïcs. Bref, l'anarchie.

 

Telle est, à gros traits, l'image que traîne la fille aînée de l’Église dans les Palais du Vatican. Un vague tableau du début des années 70 et de quelques excès post-conciliaires.

 

On peut expliquer ainsi les circonstances catastrophiques qui ont présidé au « licenciement » en janvier 1995 de Mgr Gaillot, les évêques français apprenant la décision romaine par les journalistes venus recueillir leur réaction. L'installation imposée en 2006 au diocèse de Bordeaux des intégristes de l'Institut du Bon Pasteur tient également du peu de ménagement des autorités catholiques pour régler les questions françaises.

 

Lors de notre échange, Frédéric Mounier, peu satisfait de la situation, déplorait que des prêtres « ordinaires » ne viennent pas témoigner de la réalité plus contrastée de l’Église de France.

 

L'ambiance particulière du Vatican, dans lequel le moindre prêtre se voit donner du monsignor (au cas où il serait un jour évêque), peut effrayer. Sans parler des intrigues de bureau que l'année qui s'achève a mises au jour.

 

Bref, sans attrait pour une Église puissante et éternelle (morte depuis longtemps chez nous), ou sans ambition de carrière, Rome reste pour beaucoup un lieu de formation, de pèlerinage, mais guère de travail à long terme.

 

Il faudrait pourtant que certains fassent l'effort pour améliorer l'image française à Rome. Celle-ci est en progrès. Ces derniers mois deux figures françaises ouvertes sont venues occuper des postes importants en Italie : Bruno Cadoré, maître général des Dominicains, et le jésuite François-Xavier Dumortier, recteur de la prestigieuse Université pontificale grégorienne.

 

La non-intégration de la Fraternité Saint-Pie X enlève un gros poids sur les relations entre Rome et Paris.

 

Il reste donc à nos évêques à encourager des prêtres « ordinaires » à montrer au Saint-Siège que la remuante Église de France n'est pas irrécupérable.

 

(1) Je suivais une intéressante session de formation pour journalistes français organisée par l'Opus dei.

 

(2) Il signalait aussi la tendance française à oublier que l’Église catholique était universelle et ne devait pas prendre toutes ses décisions selon le (bon) goût tricolore.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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