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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 15:09

 

Dans un précédent billet, j'ai eu l'occasion de dire du bien du cardinal Christoph Schönborn. L'archevêque de Vienne avait décidé, contre l'avis du prêtre responsable, de maintenir un laïc élu au conseil paroissial vivant en couple homosexuel.

 

Le prélat est aux prises avec une rébellion de prêtres sans précédent dans l'époque récente : le mouvement des prêtres désobéissants, mené par un de ses anciens collaborateurs.

 

Après avoir temporisé, tandis que Rome l'enjoignait de réprimer la mutinerie avant qu'elle ne fasse tâche d'huile, il commence à sanctionner. Ou du moins à tenter de faire. On pense à ce prêtre-doyen, sommé de choisir entre sa signature au pacte des agitateurs et sa fonction ecclésiale, et qui a préféré cesser celle-ci pour redevenir un simple prêtre, toujours « désobéissant ». Les prêtres seraient désormais interdits de voyager et de propager leurs mauvaises pensées.

 

Une interview à la revue catholique américaine Our Sunday Visitor, datée du 15 juillet 2012, donne une idée de la méthode du cardinal. Il commence, défense classique, par mettre en cause le traitement médiatique. « C'est une longue histoire que les médias simplifient pour faire les titres. Le mot désobéissance fait un titre magnifique ». Ce n'est pas faux, M. le cardinal, quand on parle d'une institution qui insiste tant sur l'obéissance et fonctionne de manière uniquement verticale.

 

Après quoi, le prélat met en cause la tactique de ses « adversaires ». « Le groupe de prêtres a choisi le mot pour attirer l'attention ». C'est juste, et les autorités ecclésiales devront désormais affronter des contradicteurs à la stratégie affinée, qui utiliseront toutes les ficelles pour se rendre sympathiques à l'opinion.

 

Sur l'ordination des femmes, un des points sur lesquels le groupe souhaite voir des évolutions, le cardinal se contente de rappeler « la doctrine claire de l’Église », sans se risquer à exprimer son sentiment. Concernant un autre point de tension, la revendication de prêcher pour les laïcs, il s'en sort par une pirouette. « Il est bon pour les fidèles laïcs de prêcher, mais par leur vie, en travaillant et en agissant. Chaque baptisé peut être un messager ».

 

La réponse de Mgr Schönborn sur le sujet, délicat, des divorcés-remariés, est plus intéressante. « C'est une question brûlante car elle touche beaucoup de gens », reconnaît d'abord le cardinal, comme un politique roué qui veut amadouer son interlocuteur avant d'attaquer le cœur du problème. La suite de son propos , tentative de détournement de la question, est édifiante. « Je ne comprends pas pourquoi la seule question qui semble intéresser tout le monde dans la discussion est de savoir s'ils [les divorcés-remariés] peuvent aller communier ».

 

Mais, M. le cardinal, l'unique souci est là. Les personnes concernées par une deuxième union ont le droit d'assister à la messe, de participer à toutes les activités paroissiales, d'être catéchistes. Une récente histoire française – la rupture de contrat avec un directeur diocésain de l'Enseignement catholique qui a pris une nouvelle femme – montre que la tolérance a ses limites dès que l'on occupe des postes hauts placés.

 

Surtout, Christoph Schönborn semble considérer l'accès à l'Eucharistie comme un élément parmi d'autres de la vie chrétienne, qui ne devrait pas concentrer toute l'attention (ou la tension...). Et là, il est difficile de le suivre.

 

Soit l'Eucharistie demeure la source et le sommet de toute vie chrétienne, selon l'antienne martelée depuis le Concile. Alors l’Église doit tout faire pour qu'un maximum de fidèles, dans la réalité de leur situation personnelle, puisse en bénéficier.

 

Soit, la communion au corps et au sang du Christ n'est qu'un élément de la messe parmi d'autres, au même titre que la méditation de la Parole ou le rituel pénitentiel. Auquel cas, on peut effectivement réfléchir sur qui est habilité à présider une telle cérémonie. Ce qui ce serait pas pour déplaire, entre autres, aux activistes autrichiens.

 

Pour étayer son propos, le cardinal liste les conséquences du remariage que ses détracteurs semblent oublier : « qu'arrive-t-il aux enfants, aux épouses abandonnées, quelles conséquences psychologiques de la rupture de la promesse ? » Toutes questions que la société peut prendre en charge. Et qui ne concernent pas uniquement la vie chrétienne des personnes concernées et la discipline sacramentelle.

 

Aucun homme d’Église intelligent et sensible, et l'archevêque de Vienne a montré qu'il émargeait clairement dans cette catégorie, ne peut aujourd’hui défendre l'indéfendable.

 

Il est grand temps que Rome arrête d'imposer à ses cadres ces tours de passe-passe rhétoriques qui ne convainquent plus personne. Des gens souffrent, des pasteurs trichent ou ferment les yeux, l'image de toute l’Église est décrédibilisée. Pour combien de temps encore ?

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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