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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 11:19

Pour un journaliste religieux ronchon de mon espèce, anti-ratzingerien patenté depuis des lustres – mon premier papier contre le cardinal remonte à 2000 (1), ces derniers jours n'ont pas été faciles.

Non seulement j'ai du boulot en rab, mais en plus je dois lire, entendre et voir des hagiographies à n'en plus finir de la vedette du moment. Celui qui était hier un vieux monsieur dépassé de tous les côtés et qui est devenu le héros absolu.

Comme tout le monde (excepté Mgr Minnerath, voir un billet précédent), j'ai applaudi sincèrement à son renoncement. Mais, naïf que je suis, je ne voyais pas venir ces réactions passablement délirantes, dans le monde catho et dehors (voir un autre post).

Les journées de mercredi 27 et jeudi 28 ont atteint des niveaux records de flagornerie médiatico-religieuse. Si en 2005, Joseph Ratzinger avait imaginé que son départ occasionnerait des éditions spéciales sur toutes les chaînes d'info de France il aurait dit non, tel Michel Piccoli dans le film Habemus papam de Nani Moretti.

Donc, les chaînes télévisées d'information en continu, si promptes à tourner en ridicule tout ce qui touche au catholicisme, ont trouvé un héros moderne malgré son âge, et un beau cadre de tournage, la place Saint-Pierre, pour nourrir les heures d'antennes. Elle auraient pu pour une fois laisser l'exclusivité à KTO, qui ne leur a pas fait beaucoup d'ombre pour retransmettre les audiences new-yorkaises de DSK.

On a donc eu droit à la totale : images de foules, commentaires en plateau de gens qui n'ont rien à dire vu qu'il ne passe rien, interviews indigentes (« je n'ai pas compris ce que que le pape a dit, je parle pas italien » ou encore « j'ai vu la papamobile »), témoignage hystérique digne de fan de rock star, cortège de voitures (comme les soirs de mai les années présidentielles en France), et, nous sommes au XXIe siècle, gros plan sur l'hélico.

Tout ceci à la gloire d'un vieil homme modeste qui n'aspire depuis des années qu'à rester au milieu de ses livres, près de son prie-dieu et de son piano.

Il a suffi d'une décision sensée pour devenir le modèle absolu. Si le Saint-Siège est demandeuse de coups médiatiques aussi puissants, qu'on me fasse appeler. J'ai des idées.

Heureusement, dans ce bain de roses, on arrive à trouver ça et là, un bilan moins unilatéral de ce drôle de pontificat. Certains osent encore écrire, sans peur d'être lynchés, que Benoît XVI n'a pas tout réussi, qu'il ne mérite peut-être pas le prix Nobel et la sainteté de son vivant. Et que son pontificat laisse pas mal de dossiers mal ficelés sur la table.

Pour cela, il suffit de lire La Croix du 28 février, qui dans une couverture globalement laudative, sait proposer une diversité de ton. Isabelle de Gaulmyn dresse un bilan fort intéressant de celui qu'elle a appelé par ailleurs « Mon pape » - elle fut correspondante à Rome les premières années du pontificat.

Évoquant la Curie, elle écrit « Cet homme déjà âgé n’a pas eu l’énergie de s’attaquer à un système enkysté par des années de non-gestion. Au long des huit années, Benoît XVI a semblé avoir du mal à trancher. En se choisissant un second, en la personne du cardinal Tarcisio Bertone, qui avait sa confiance, mais démuni de vraie expérience de gouvernement, il a aussi commis une erreur d’appréciation qu’il n’a jamais voulu reconnaître, par fidélité. »

Avec mon mauvais esprit, je n'aurais pas écrit mieux. Voici un domaine ou le pape émérite a échoué. Il en conviendrait sans doute. Mais jamais ceux qui tressent des louanges aujourd'hui.

Benoît XVI est aussi taxé d'avoir été un piètre politique. « il a paru sous-estimer l’importance de la diplomatie vaticane et du rôle international du Saint-Siège, écrit la journaliste de La Croix. Le léger lifting donné au fonctionnement synodal était aussi bien insuffisant pour permettre une meilleure collégialité entre les évêques du monde entier. »
Après avoué loué ses réussites sur le plan des idées et du dialogue inter-religieux, Isabelle de Gaulmyn n'omet pas ce qui fâche, notamment en Occident. « Certains pourront regretter l’absence d’évolution sur le discours moral, dans une société où les lois de l’Église ne sont plus la référence, celle-ci ne pouvant se cantonner à une posture de « contre-société ».


Cet article prouve qu'il demeure possible, même aujourd'hui, de parler d'un homme et d'un événement sans apologie, ni caricature.


PS : Je viens de recevoir les épreuves d'un livre de l'historien jésuite Paul Christophe Benoît XVI, un pontificat contrasté, à paraître le 15 mars aux éditions du Cerf.


(1)    Le document Dominus Iesus, de la Congrégation pour la doctrine de la foi (2000), signalait que seules pouvaient se définir comme Églises celles qui avaient conservé la succession apostolique, excluant de faite celles issues de la Réforme.

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commentaires

Vincent 05/03/2013 18:22

Il est vrai que les médias se sont sans doute laissés emporté par le mouvement de légitime appréciation de la décision pontificale qui est historique pour l'Eglise mais aussi une référence qu'on
pourra désormais renvoyer à la figure de nombre de dirigeants qui s'accrochent au pouvoir.
Quand à Benoit XVI, comme l'écrivait Didier da Silva, il n'est le pape ni de nos rêves ni de nos cauchemards. Dans sa production intellectuelle, il y a quand même des choses à sauver pour un
chrétien de gauche.
Enfin, les remarques concernant la curie était fort à propos puisque déjà un certain nombre de cardinaux se lâchent et émettent à son encontre de véritable critique. Reste à espérer qu'elles seront
suivis d'effet.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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