Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 20:04

En ordonnant deux prêtres, l’évêque de Vannes Mgr Centène a expliqué sa vision du père du XIXe siècle. Avant que la méchante modernité ne s'abatte sur la pauvre Église.

 

Le 19 juin dernier, en sa cathédrale de Vannes, Mgr Raymond Centène a eu la joie de procéder à deux ordinations presbytérales. Il en a profité pour indiquer aux nouveaux venus ce qu'il attendait d'eux dans notre monde apocalyptique. Notamment, comment devenir Père, quand la figure paternelle a été malmenée « sous les coups de boutoir de la critique psychanalytique, marxiste et individualiste ».


L'évêque est bien sûr le mieux placer pour évoquer les tourments des pères de familles d'aujourd'hui. Mais voici que les papas ne sont pas les seuls à subir les assauts de cette modernité malfaisante. « Cette crise touche aussi l’Église dans ses profondeurs » pour Mgr Centène, qui cite deux périls.

 

Le premier «  la critique systématique du Pape et de l’Institution » montre que la notion d'opinion publique libre n'est pas encore parvenue sous la mitre de notre évêque. Plus loin, il exhortera ses nouveaux prêtres, et l'assemblée avec, à ne pas suivre « ceux qui sont à l’affût des rides et des flétrissures (de l’Église). C’est toujours le prélude à l’infidélité. » La menace est glaçante pour ceux qui croit encore à un grand principe de vie communautaire : la correction fraternelle.

 

Mgr Cantène, qui n'a sans doute jamais lu « Fidèle rebelle » du regretté tribun dominicain Jean Cardonnel, ignorerait-il que seuls ceux qui aiment vraiment l’Église s'appliquent à la tancer, ne supportant pas ses dérives et ses aveuglements qui lui font tant de tords. Les méchants mécréants, « psychanalytiques, marxistes et individualistes » de tout poil n'en ont que faire des tourments de l'institution !


La deuxième menace évoquée par l'évêque de Vannes est plus subtile : « une sensibilité religieuse qui tend à s’arrêter à la nature humaine du Christ historique et à limiter l’Évangile à un message de transformation sociale ». Cet aspect est bien réel. Il dénote un attrait pour le personnage du Christ, pour sa radicalité, plus facile à appréhender que sa filiation divin.

 

On pourra rétorquer à la plainte de l'évêque que si notre époque ne retient de Jésus de Nazareth que son discours de « transformation sociale », ce n'est déjà pas si mal, à l'heure où l'individualisme paraît triompher chez ceux qui nous gouvernent. Dans les héros modernes du catholicisme, chez l'abbé Pierre ou sœur Emmanuel, le bon peuple apprécie davantage l'action de terrain que la spiritualité qui la nourrit. Il faudrait vous faire une raison, Monseigneur...


On pourra en douter en écoutant de dernier évoquer le style de comportement qu'il assigne aux deux impétrants. Car, il faut le savoir, pour « désembrumer » (sic) l'image du Père, certains « types de familiarité » sont à prescrire. Tous les pères le savent, trop de familiarité tue l'autorité, et l'abus de câlins mène tout droit à la délinquance juvénile.

 

Voici donc la mise en garde terrible adressée aux deux héros de l'ordination. « Se faire appeler par son prénom, se laisser tutoyer et claquer la bise à toutes les filles de la paroisse relève davantage du syndrome d’une adolescence prolongée que d’une paternité responsable et assumée ». Voilà qui est sympathique pour les prêtres, nombreux, qui s'adonnent à ces pratiquent désordonnées (1).

 

En se faisant donner du« Monsieur l'Abbé, vous », les deux nouveaux vont avoir beaucoup de succès avec la jeune génération comme auprès des laïcs avec qui ils vont devoir travailler (on n'ose dire collaborer). Comme il semblerait que Mgr porte en peu d'estime la caste des psys, ces derniers ne pourront donc guérir ses ministres de leur syndrome post-adolescent.

 

Il reste à espérer que les formateurs du séminaire étaient sur la même longueur d'onde que le prélat. Quand à la peur de la « bise claquée », elle pourrait faire penser que le plus serein dans sa chaste paternité n'est peut-être pas celui qu'on croit.


Souhaitons donc bonne chance aux deux nouveaux prêtres que le Christ a appelés pour le diocèse de Vannes. Qu'ils trouvent leur chemin entre les malédictions annoncées par leur évêque et les réalités de la vie pastorale qui leur apportera, on leur souhaite, beaucoup de joie.

 

 

  1. Adjectif utilisé par Rome pour parler des relations homosexuelles

 

Homélie complète de Mgr Centère, sur le site du diocèse de Vannes


 



Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de cathoreve
  • Le blog de cathoreve
  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
  • Contact

Recherche

Liens