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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 07:27

 

Dans un récent billet, le toujours pertinent Marc Favreau raconte qu'il a récupéré une note doctrinale égarée sur le net et dont le titre avait de quoi laissé perplexe : « Peut-on baptiser les enfants de couples homosexuels ? ». Quitte à poser des questions pastorales idiotes, allons-y : « Faut-il baptiser les enfants de mufles ?

 

Je m'explique. Dimanche, dans ma paroisse (voir le récit de la fête de celle-ci dans mon billet précédent), c'était jour de baptême. Par chez moi, les baptêmes de nourrissons se déroulent à l'issue de la messe, histoire de prendre son temps pour le sacrement sans pour autant retarder les paroissiens. Et si les parents-parrains-marraines-tontons-tatis-papys-mamies sont bien sûr conviés à l'eucharistie paroissiale de 11h, ils retiennent en pratique comme heure de convocation 12h. Comme ça c'est plus vite fait, et l'aîné des enfants dispose de moins de temps pour flinguer ses chaussures neuves.

 

Au moment de la communion, de petits groupes ont commencé à s'agglutiner devant les cierges, à mi-nef sur la droite. Et là, étais-je distrait (ce qui est mal à ce moment de l'office) ou simplement placé du mauvais coté, je me suis rendu compte, que ces gens-là (comme disait Jacques) se comportaient quasiment comme s'ils étaient sur le parvis de l'église.

 

Comme la pluie était au rendez-vous, les effusions de retrouvailles, les compliments pour le tailleur neuf de Madame ou la coupe de cheveux du petit dernier, les commentaires avisés sur le nouveau caméscope de poche acquis pour l'occasion par Tonton Roger se déroulaient à quelques mètres de moi.

 

Pas à voix haute, non. Mais une vingtaine de personnes qui chuchotent plus ou moins, cela fait quand même du bruit. Et comme personne n'a eu la bonne idée de demander à l'organiste de jouer plus fort, le temps de recueillement qui suit la réception de l'eucharistie a été quelque peu perturbé. Du moins pour les paroissiens disposant de tympans en état correct.

 

J'ai bien hésité à faire mon petit scandale et à leur demander – à voix haute – si les paroissiens ne les dérangeaient pas trop en retournant à leur chaise. La sagesse venant en vieillissant, je n'ai pas bronché.

 

J'ai essayé d'imaginer ce qui se passait au même moment dans la tête du célébrant. Celui-ci, stoïque et habitué (résigné) à cette drôle de clientèle, a fait venir les bambins près de l'autel pour qu'ils reçoivent les applaudissements de l'assistance, avant la bénédiction finale. Je n'ai pas pu applaudir, ce qui, j'en conviens, n'est pas gentil pour les futurs baptisés, lesquels ne doivent pas payer la muflerie de leurs géniteurs et ancêtres.

 

J'ai songé aux débats lancés périodiquement dans la presse locale dès qu'un prêtre ose refuser un sacrement. Je pense à la bénédiction de mariage catholique demandée par un couple qui refuse d'accueillir des enfants (cas difficilement plaidable), ou à des parents qui annoncent fièrement que l'enfant qu'ils amènent au baptistère ne recevra aucune éducation religieuse (1).

 

Oui, baptisons ces enfants qui méritent le regard de Dieu (ils sont aimés de lui à la naissance) et l'affection de la communauté des croyants. Et faisons tomber une pluie de malédiction sur cette engeance de vipère qui vient consommer du sacrement gratuit sans aucune considération pour le célébrant, les fidèles et le sens de leur geste.

 

Ça va mieux. Je vais me calmer.

 

(1) Je sais que nombre de leurs collègues mentent, les chiffres de la catéchèse le démontrent.

 

 

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commentaires

Nathanaël 11/07/2012 19:26

J'avoue que j'ai bien ri en lisant ce récit. C'est plein d'humour et bien vu. Et je comprends tout à fait l'énervement de Philippe. Mais la muflerie est parfois aussi le fait de paroissiens. Dans
notre église locale, on accueille aussi en fin de messe les familles qui vont faire baptiser leurs enfants. Le prêtre invite les parents à se présenter avec leur enfant. Eh bien, il arrive que des
paroissiens sortent sans attendre la fin car ...le rôti du dimanche ne saurait attendre, lui !
Animateur du chant, j'ai vu aussi des mariages où le prêtre /le diacre doit faire la police pour empêcher les photographes d'envahir le choeur. J'ai même vu une mariée complètement inattentive au
moment des échanges de consentement et préférant prendre des poses pour que les photos soient belles. Ne parlons pas des décolletés de madame au moment où elle se penche pour signer les registres
sur l'autel... Je me dis parfois que dans nos églises on accepte des tenues et des comportements qui ne seraient pas tolérés - et avec raison - dans une mosquée. Un peu plus de savoir vivre ne
ferait pas de mal, à l'église comme ailleurs.
Sur le fond, je pense qu'il est difficile de refuser un sacrement à quiconque. Par contre, si des parents manifestent en paroles et en actes qu'ils ne s'engagent en rien en demandant un baptême,
j'aurais bien envie d'être sévère.
Allez, salut !

incarnare 10/07/2012 09:59

Vous êtes réac', pour un catho de gauche :P

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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