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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 13:46

Dimanche 7 octobre sur un radio allemande, Mgr Gerhard Müller, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a confirmé ce que l'on pressentait : la fin des pourparlers sur le retour de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) au sein de l’Église catholique. Des signes en ce sens avait été donnés par des responsables intégristes, mais c'est la première fois qu'un haut responsable du Vatican l'exprime clairement.

 

Que cette parole soit portée à quelques jours du cinquantième anniversaire de ouverture du Concile ne relève sans doute pas du hasard. « L'Église n'a pas à négocier sur les fondements de sa foi, a dit le prélat allemand, qui a confirmé que les discussions avaient été interrompues et qu’il ne croyait pas qu’elles seraient relancées.

 

Si donc, la main tendue de Rome n'a pas trouvé pas preneur, Benoît XVI ne pourra pas venger le cardinal Ratzinger. Alors Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, il était l'émissaire de Jean Paul II et chargé de la conciliation de la dernière chance, le matin même de la quadruple ordination épiscopale de 1988.

 

S'agit-il pour autant d'un échec, pour le pape ou pour l'ensemble de l’Église ? Je ne le pense pas. Il convient de féliciter le pape pour sa fermeté et, surtout, de le convaincre que cet apparent fiasco cache une belle réussite.

 

1. Il apparaît clairement que l'échec est dû à l'intransigeance unilatérale du camp intégriste. Rome a fait tous les efforts possibles et donné tout le temps raisonnable à ses interlocuteurs. Lesquels n'ont eu de cesse de demander des amendements au texte présenté par Rome. On ne saurait imputer ce résultat au Saint-Siège.

 

2. Le statu quo apporte une clarification sur qu'est l’Église catholique romaine. Il y a 50 ans, lors du Concile Vatican II, elle a choisi une orientation nette dans trois domaines importants et connexes – liberté religieuse, œcuménisme, dialogue avec les autres religions. Même au nom de la diplomatie ou de la charité chrétienne, il n'est pas possible de revenir sur cet ADN catholique. Ce qu'a réaffirmé justement Mgr Müller.

 

3. Certains catholiques qui veulent pousser plus loin l'aggiornamento voyaient s'effondrer cette possibilité dans un accord funeste. Ils vont retrouver confiance dans la sagesse de l’institution. La boussole conciliaire demeure 50 ans après, et peut donc, un jour, être réactivé pour une nouvelle expérience de remise à jour.

 

4. Le temps du dénigrement de tout ce qui n'est pas catholique est bien révolu. En le réaffirmant, l’Église conserve sa crédibilité dans les débats qui agitent l'agora des philosophies et des religions. Tant que l'ombre du négationniste Mgr Williamsson (ni réintégré, ni excommunié, dans un statut incompréhensible pour le communs des fidèles) planait autour du Vatican, cette position était compromise, notamment pour les relations judéo-chrétiennes.

 

5. Les équipe du Saint-Siège travaillant sur la question depuis des mois, comme les journalistes et blogueurs spécialisés dans la galaxie catholique, vont pouvoir enfin, fermer le chapitre interminable de ces négociations.

 

Pour ces cinq raisons, je veux affirmer cet oxymore  : vive l'échec.

 

Le deuil de la résolution du schisme doit être vécu dans la sérénité. Les Lefebvristes les plus conciliaro-compatibles vont s'intégrer dans le dispositif existant – les groupe de 'ralliés' mis en place par la commission ecclesia Dei – et les autres resteront dans leur galaxie.

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commentaires

Nathanaël 08/10/2012 18:36

Ouf ! Les intégristes n'ont pas fait céder l'Eglise renouvelée par le Concile. On a eu chaud. Si le Concile avait été renié de fait par l'entrée des intégristes dans l'Eglise catholique romaine,
entrée avec suivi de leurs exigences, je ne sais pas si je ne serais pas passé à l'Eglise Réformée de France...
On pourra se plaindre que l'Eglise (avec un grand E)reste divisée. Mais on supporte très bien les divisions avec les orthodoxes et les diverses Eglises issues de la Réforme...et je trouve qu'on ne
fait pas assez pour opérer un rapprochement qui ressemble un tant soit peu à l'unité. En fait, les cathos "conciliaires" (càd la très large majorité) sont beaucoup plus près de l'Eglise Réformée de
France que des intégristes catholiques. Les lignes de fractures ne passent plus entre les diverses Eglises mais à l'intérieur des Eglises.
Si l'on regarde le Nouveau Testament avec un oeil un peu historien, on voit très vite que c'est la diversité qui s'exprime. Diversité de théologies, de christologies, de pratiques et de rites. On
lit le Nouveau Testament comme si c'était un livre avec une pensée unifiée alors que c'est un recueil dans lequel des positions parfois inconciliables, incompatibles sont exposées. L'unité ne peut
être qu'acceptation de la diversité et il est bien difficile de dire précisément quel est le "fondamental" : dire que Jésus est Fils de Dieu (c'est-à-dire ?), qu'il est sauveur (c'est-à-dire ?),
etc. Tout est sujet à discussion, interprétation. Risque d'éclatement ? Sans doute. Une seule exigence, semble-t-il : accepter la discussion permanente, le dialogue fraternel sans exclusive ni
jugement qui méprise et condamne. Dur ! dur ! eh oui ! Mais il en a toujours été ainsi et il en sera toujours ainsi. Et qu'on ne vienne pas argumenter en citant les "paroles de Jésus" sur l'unité
dans le discours après la cène en l'évangile selon Jean. Plus que de paroles de Jésus, au sens historique du terme, elles sont d'abord le reflet des problèmes internes à la communauté johannique où
l'on devait, apparemment, s'étriper assez peu fraternellement ! Il n'en reste pas moins que ces "paroles de Jésus" sont là comme un horizon à garder en vue pour nos relations entre chrétiens.
J'arrête là. Salut.

Dorham 08/10/2012 17:11

Vous oubliez un point important : Benoit XVI a été en l'espèce un très habile stratège puisque certains fachés sont revenus dans le giron de l'Eglise via quelques permissions vis à vis du latin.
Benoit XVI a répondu à ceux qui souhaitaient un peu plus de tradition, il leur a donné des gages et a fermé la porte à ceux qui ne sont qu'idolâtres, esprits obtus et inaptes au dialogue.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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