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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 10:50

 


En préférant les protestataires aux jeunes, une certaine presse est passé à côté du rassemblement madrilène.

 

Dans le bilan des JMJ de Madrid, se dégagent plusieurs vainqueurs. Les organisateurs ont réuni la foule attendue et tout le monde reconnaît la bonne tenue de la rencontre et la satisfaction des jeunes. Le pape maîtrise de mieux en mieux ces bains de foules estivaux et a esquivé avec finesse les dossiers qui fâchent entre le gouvernement espagnol et l’Église nationale. Quant aux « méchants » laïcs, ils ont réussi à faire entendre leur petite voix et ont profité de la caisse de résonance de l'événement au-delà de leurs espérances. Il sera temps demain de voir si l'édition 2011 des JMJ profite à l’Église catholique et pour quel projet.

 

Du côté des perdants, un groupe apparaît, et ce n'est pas une première en pareil cas : la caste des journalistes. On ne parlera pas ici de la presse catholique très mobilisée - 6 reporters pour La Croix  - et qui a fait son travail. Leurs collègues de la presse non-religieuse ont globalement failli. Journaux, radios, télés et agences (exemple avec l'AFP) ont relayé de manière surréaliste les manifestations d'opposants à la venue du pape. Comment peut-on braquer ses caméras sur une souris lorsqu'on fait face à une horde d'éléphants ? Les raisons sont plurielles.

 

1-L'incompétence

Dans nombre de rédactions, aucun journaliste n'est spécialisé dans le fait religieux (1). Personne ne prépare, personne ne se forme et, à l'arrivée, personne ne comprend le phénomène social, complexe certes, mais majeur du religieux. On sait expliquer en long et en large la crise financière ou les subtilités du système judiciaire américain jugeant DSK. On a droit à des duos de sommités à chaque match de foot. Mais un journaliste capable d'expliquer ce qui pousse un jeune de 22 ans à partir 15 jours en Espagne pour prier et affermir sa foi avec des collègues du monde entier, point. A fortiori en août.

 

Du coup, les rédactions se sont contentées des dépêches de l'AFP, écrites par le journaliste de service, qui ne fait pas toujours la différence entre une mitre et un képi. Du coup, ressortent les bons vieux poncifs : les JMJ coûtent de l'argent public (à un pays ruiné) et blesse la laïcité (sujet que 2 % des journalistes comprennent dans le contexte français, alors en Espagne)... Et quand un grain de sable fait grincer l'organisation, les rédacteurs en chef flairent l'aubaine. Voici comment la manif de laïcs, apparemment facile à comprendre, passe de l'encadré de bas de page au titre principal. Et dans les flash radios, il n'est plus question que des slogans antipapes. Au final, le lecteur-auditeur n'est pas plus avancé sur les motivations spirituelles des JMJistes.

 

2-L'attrait du neuf

Les JMJ sont devenues dans le jargon professionnel un « marronnier ». Organisé tous les deux ans, ce genre d’événement tant à devenir routinier. Comme la production de muguet le 1er mai ou les embouteillages le 13 juillet au soir, il faut en parler mais le sujet n'excite guère l'appétit de nouveauté de la presse. Aussi, l'idée de voir des foules (pourtant considérables) autour du pape a pu paraître à certains comme un non-événement, du déjà-vu. A condition de ne pas se poser trop de questions sur un phénomène pourtant singulier à l'heure de la fin des appartenances et de la désertion des lieux de cultes par les jeunes générations...

 

Des pancartes « Non au pape » ont réveillé l'attrait du scandale et permis de « traiter le sujet »... en passant à côté. Et l'on retrouve un grand principe de la presse : un train qui déraille sera toujours plus attirant que si il était arrivé à l'heure ou les efforts de la SNCF pour la ponctualité.

 

3-La mauvaise foi

Brocarder le pape est un sport très pratiqué dans les rédactions. Quoi qu'il dise ou fasse - et Dieu sait qu'il a souvent dit ou fait des bêtises -, il est de bon ton de critiquer Benoît XVI, chef d'une tribu hautement ringarde. On peut comprendre que l’exégèse des encycliques soit un genre un peu ardu à l'heure du roi twitter. Mais sur la question du financement de la fête madrilène, il y avait mieux à faire que de relayer – sans enquêter – les propos des opposants. Quoi que les organisateurs aient pu dire et répéter sur le financement de la rencontre, assuré par la participation des jeunes et le mécénat. Est-il vraiment scandaleux que les jeunes catholiques aient occupé durant une semaine l'espace public de la capitale espagnole, bénéficiant réductions sur les tickets de métros ?

 

Jamais la presse ne fera le même reproche aux communes de notre hexagone qui se saignent pour accueillir l'arrivée ou le départ d'une étape de Tour de France, en bloquant toute la ville. Le passage de 200 coureurs et des milliers de suiveurs ne fait pourtant pas plus l'unanimité qu'un rassemblement religieux.

 

Quant aux indignados, leur ennemi n'a jamais été le pape ou les JMJ mais les choix budgétaires d'un gouvernement. Le désarroi de la jeunesse espagnole mérite le respect et le pape a évoqué la question dans l'avion vers Madrid.

Ne pas faire le distinguo entre leur combat et celui des militants d'une laïcité (conflictuelle en Espagne) relève de la faute professionnelle. Mais quand on peut « taper » sur le pape, on ne s'arrête pas à ces subtilités.

 

En d'autres temps, nous aurions développé dans un tel exposé un joli chapitre sur l'incompétence légendaire de l’Église catholique à communiquer auprès des médias. On ne fournira pas ici cette excuse à l'indigence journalistique. Car le bureau de presse mis en place par l’Église de France était bien en place, avant et pendant les JMJ, sur internet comme à Madrid, pour aider les reporters à raconter ce qui se passait et non les à-côtés. Des efforts mal récompensés.

 

Bien sûr, les médias ici en cause ont peu apprécié ces critiques. Invité par Europe 1 lundi 22 août  (2) pour évoquer la « paranoïa des cathos », le blogueur Koz a pu apprécier, à ses dépens, l'agressivité d'interlocuteurs dont la bêtise n'avait d'égal que l'incompétence. Ne pas laisser parler plus de deux phrases le dépositaire d'une idée n'est, hélas, plus l'apanage des talk-show télévisés de Ruquier et compagnie...

 

 

  1. Notamment pour les radios et les télés. La presse écrite parisienne – Le Figaro, Le Monde, Le Parisien – conserve dans ses rangs un(e) spécialiste (par toujours à temps plein) capable d'éviter de telle dérive.

  2. Le sujet occupe le dernier quart d'heure de l'émission.

 

 

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commentaires

Ch. VERKINDERE 31/08/2011 06:46


Vous écrivez avec raison que les JMJ se répétant tous les deux ans (les vrais marroniers, eux, fleurissent tous les ans !), ils n'attisent pas beaucoup l'intérêt des journalistes ... qui sont, par
contre, très intéressés si quelque petite souris s'approche d'un troupeau d'éléphant !!

C'est bien ce qui s'est passé à l'occasion des JMJ ... et c'est inéluctable dans le contexte français actuel : être traité de catho est une insulte (ou presque ... puisque ce n'est pas une insulte
poursuivie en justice !) ... alors que ce pourrait être, sinon une gloire, du moins une fierté que d'être ainsi qualifié (ça l'est pour moi, en tous cas !)

Alors que faire ? Je crois un peu que les chrétiens devraient se faire souris plutôt qu'éléphants dans cette France où il est de bon ton de lancer des réflexions laïcardes et où certains pourraient
commencer à avoir honte de ne pas être gay, lesbienne ou trans ...

Cela peut changer lorsqu'on pourra vraiment dire de nous "Ils doivent être disciples du Christ, vu l'amour qu'ils ont pour les autres !" ... mais nous avons encore (comme les journalistes aussi)
beaucoup de progrès à faire !!

Alors bonne conversion à tous et combattons l'inertie et le conformisme de notre société pour l'ouvrir à l'amour !


Pierre Ygrié 26/08/2011 21:58


N’ayant pratiquement pas suivi les JMJ (je n’ai retenu que les manifs anti !) je suis mal placé pour en parler. Mais je trouve l’article transposable à d’autres domaines. Je me contenterai donc
d’enfoncer une porte ouverte à partir de cet exemple « reproductible »: La compétition permanente entre les médias les conduit à surenchérir sur l’émotionnel. L’émotionnel ne demande pas de
réflexion ; sur les sujets émotionnels on se contente d’idées toutes faites ! on n’a donc pas besoin de réfléchir…..trop fatiguant ! « Les hommes préfèrent mourir que réfléchir »aurait dit Henry
Ford ! Pour un média grand public demander à ses « clients » de réfléchir, c’est se condamner à décliner ! Quel dommage car, en l’occurrence je me sens à la fois proche des JMJ et des indignés et
ce que j’aurais aimé « sentir » dans les compte rendus c’est cette « proximité invisible »


Paul 26/08/2011 21:15


Le P. Robert Barron commente également la couverture médiatique des JMJ : http://www.wordonfire.org/News/Catholic-News-Agency-features-Fr--Barron-s-art-(1).aspx

Je traduis :

"Je voudrais centrer cette réflexion sur un phénomène qui serait risible s'il n'était tragique. Je parle de la capacité extraordinaire des médias grand-public à manquer leur sujet. Chaque soir à
Madrid, je rentrai dans ma chambre après une journée incroyablement riche passée parmi les milliers de pèlerins, et je regardai CNN et la BBC. Les JMJ étaient invariablement dans les grands titres,
mais la couverture de l'événement était pour le moins étrange. "Les manifestants envahissent Madrid alors que le Pape arrive" déclamait le présentateur de la BBC. "Le Pape a été accueilli par une
forte opposition de laïcs, d'activistes gays et d'Espagnols en colère à propos du coût des JMJ" ajoutait le reporter de CNN en fronçant les sourcils.

De l'aveu même des reporter, le nombre des manifestants n'a jamais excédé quelques milliers et aucun événement des JMJ n'a été interrompu par leurs manifestations. Il y eut, au plus, quelques
échauffourées entre pèlerins et manifestants. Mais à en juger par le ton des reportages, le téléspectateur anglosaxon moyen aurait pu croire que les révoltes de 1968 à Chicago avaient pris place à
Madrid.

J'ai même éclaté de rire quand j'ai vu une vidéo d'une "confrontation" entre manifestants et pèlerins : à l'image, c'est les reporters qui étaient les plus nombreux !

Un million et demi de jeunes catholiques du monde entier viennent célébrer leur foi et déclarer leur soutien au Pape et la presse se concentre sur une poignée de manifestants ! Je sais que la
controverse fait vendre, mais quiconque à Madrid pendant les JMJ ne peut que conclure à un écart abyssal entre la réalité et les reportages.

Le souci, c'est que les JMJ ne cadrent pas dans le portrait-cliché - une idéologie corrompue, arriérée, destinée à disparaître par l'avancée de la science et à la morale relativisée par le
subjectivisme normatif - que font du catholicisme les médias laïcs.

Un pourcentage infime de prêtres ont un comportement sexuel déviant ? Gros titres. Une légion de jeunes de tous les pays marche sous le soleil et attend patiemment pour écouter le Pape pendant
qu'éclate l'orage ? Ouch. Voilà qui s'appelle un biais idéologique fort dans la couverture médiatique.

L'Eglise catholique, au moins en Occident, traverse une période sombre, largement par sa faute. Mais l'Eglise catholique a t-elle perdu tout avenir ? Voilà ce que les médias grand-public veulent
vous faire croire. Mais quiconque a vu les JMJ de Madrid de ses propres yeux vous le dira : "ne vous y laissez pas prendre".


Jean-Louis de LA VAISSIERE 25/08/2011 13:27


Je me permets de réagir à votre article, qui est particulièrement injuste pour l'AFP et pour moi, vaticaniste qui me suis efforcé de faire ressortir sans cesse la richesse de ces JMJ et du message
du pape,
pour résister précisément à la caricature qui est si fréquente dans les médias français.

articles de fond:
avant: --pourquoi le succès des JMJ ne se dément pas

pendant: --les jeunes surpris par un pape qui les écoute

à la fin: --pourquoi un pape sans charisme est-il aussi aimé des jeunes

sans compter un papier de fond sur la confession.

par ailleurs, mes collègues de Madrid qui ne sont pas des spécialites des affaires religieuses mais de parfaits professionnels ont fait des articles de reportage que j'ai trouvés, vivants,
positifs, diversifiés

c'est vrai que la couverture des manifs était peut-être trop insistante à mon gôut. Cela a été discuté entre nous, et la remarque m'a été faite par ailleurs. Je l'avais répercutée.

Je pense que la couverture de l'AFP (en plusieurs langues) n'a pas du tout été quelconque comme vous le dites.


e serais heureux de parler de vive voix avec vous

0039 335 62 56 116

cordialement
p


jpdiacre 25/08/2011 09:21


Lettre ouverte aux "indignés"

Chers Jeunes Indignés,

Comme les JMJistes, vous êtes divers. Vos engagements sont divers : certains d'entre vous sont clairement anticléricaux, d'autres sont en difficultés réelles, il y a même des commandos réellement
agressifs et violents envers les JMJistes, d'autres sont des opposants venant de diverses non croyances et non violents. La situation de l'Eglise en Espagne est tout autre que celle que nous
connaissons en France. Je vous écris en toute amitié et respect. Je tiens seulement à dire ce que je ressens en écoutant vos revendications.

Vous reprochez aux JMJ un coût exorbitant pour l'organisation de ces journées. Hors le fait que ce sont les participants et des sponsors qui supportent ce coût, je ne vois pas en quoi vous êtes
concernés. S'il y a des deniers publics engagés, n'est-ce pas normal en tenant compte de l'importance d'un tel événement (accueil de plus d'un million et demi de personnes) ?

De plus, quelle belle publicité auprès de la jeunesse du monde pour l'Espagne. Que pensez-vous que les jeunes d'aujourd'hui feront plus tard pendant leurs vacances ? Ne seront-ils pas heureux de
revenir en vacances à Madrid pour revivre un peu de ce qu'ils ont vécus au cours des JMJ ?

J'aurai une question pour vous : pour l'organisation de la coupe du monde du football en Afrique du Sud (pays autrement plus pauvre que l'Espagne), il a été question d'un budget supérieur à 3,5
milliards d'euro. Qui s'est élevé contre ce coût ? Pourquoi n'avez-vous rien dit ? Pour info, l'Olympique Lyonnais a un budget de fonctionnement annuel de 150 millions d'euro, sans parler de celui
du Real de Madrid…

Permettez-moi de citer deux versets de la Bible en Saint Luc :
Comment donc vais-je dépeindre les hommes de la présente génération ? Ils font penser à des gamins assis sur la place ; un groupe interpelle les autres : ‘Nous avons joué de la flûte pour vous et
vous n’avez pas dansé. Et quand nous avons fait la lamentation, vous n’avez pas pleuré !’ (Luc 7,31-32)

Les JMJistes ont chantés sur les places d'Espagne et vous ont invités à vous réjouir avec eux. Vous n'avez pas dansé sur leurs musiques… Certains d'entre vous ont hurlé leur haine et leur
violence.

Ils vous ont invités à pleurer avec eux sur le chemin de croix du Christ. Vous n'avez pas pleuré avec eux. Certains d'entre vous ont organisé un chemin de croix injurieux.

C'est bien dommage. Vous passez à côté d'une richesse inestimable : l'amour de l'autre et le don de soi.

Les JMJistes ont le même âge que vous. Ils ont les mêmes difficultés que vous dans les études, vis-à-vis de l'emploi, du logement, du coût de la vie, de la drogue, de la sexualité, etc. Ils ont
beaucoup de questions. Mais ils ont quelque chose en plus qui me semble-t-il vous manque, ils ont foi en l'avenir, ils sont porteur de l'Espérance, ils sont témoins de Jésus Christ. Quelques soient
les circonstances de leur vie, ils ont une force en eux qui est la puissance de l'Amour qui est plus fort que tout.


N'oubliez pas que nous, chrétiens tout comme certains d'entre vous me semble-t-il, nous défendons et nous sommes engagé pour la défense de l'homme dans son intégralité et en particulier au côté des
plus pauvres. Nous n'avons peut être pas les mêmes méthodes ni les mêmes présupposés.

Ecoutez les discours du Pape. Pour en rester au plan économique cher à votre cœur, il a dénoncé au cours des JMJ les structures économiques qui privilégient le profit au détriment de l'être humain
et de l'intérêt commun (n'est-ce pas ce que vous demandez ?).

N'ayez pas peur, prenez connaissance directement des déclarations du Pape, allez à la source. (http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/travels/2011/index_madrid_fr.htm)

Pour conclure, même si vous ne voulez pas croire en Dieu, sachez que Lui, Il croit en vous et Il vous aime.

Un grand merci au Saint Père pour son témoignage et son écoute des jeunes. "Le Saint Père a été remarquable", comme me le disait un évêque dernièrement. Un grand merci aux jeunes JMJistes pour leur
témoignage de vie pendant ces journées.


Merci à vous "indignés" pour votre écoute.

Jean-Pierre Tellier
Diacre permanent vincentien
Papa d'une JMJiste de 17 ans
http://jpdiacre.over-blog.com/
Le 21 aout 2011


Présentation

  • : Le blog de cathoreve
  • Le blog de cathoreve
  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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