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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 07:41

On a beau jouer les branchés, parler de twitter et se promener avec son ordinateur portable, si l'on ne se défait pas de ses vieux démons du contrôle, de la verticalité et de centralisation, on ne peut entrer pleinement dans le monde de la communication d'aujourd'hui. Tel est un des soucis des autorités catholiques actuelles.

Prenez Mgr Claudio Maria Celli,  président du Conseil pontifical pour les communications sociales depuis 2007. Il a adressé un message aux participants des Journées François de Sales organisées fin janvier à Annecy par la Fédération française de la presse catholique  (FFPC), autour des « défis du numérique ». Évoquant le phénomène récent des blogs, le prélat n'a pu s'empêcher de mettre en cause la liberté régnant sur la toile, même dans le micro-secteur catholique.

Mgr Celli a regretté que des blogs « anonymes » ou « dont l'origine est difficile à situer » critiquent parfois le pape ou les évêques. Les remises en cause sur la place publique ne font pas partie de son univers, du petit monde romain dans lequel tout le monde travail main dans la main, dans le plus grand désintéressement, pour servir l'Eglise pour la plus grande gloire de Dieu.

A l'heure d'internet, tout ce qui s'écrit sur une institution, fût-elle millénaire, n'est pas nécessairement positif. Et l'opinion publique, réclamée en son temps par le très moderniste Pie XII, prend des libertés avec la parole officielle et les autorités. C'est même une de ses fonctions.

Quand à l'anonymat, non seulement il fait pleinement partie de la culture internet, mais il est parfois une nécessité. Utiliser son nom ne pose pas de soucis quand on se situe en proximité avec le pouvoir. Les minoritaires et les réfractaires ont parfois besoin d'avancer masqués, à fortiori quand ils évoluent dans une institution non démocratique.

 « L'anonymat nous permet de parler librement sans être mis à l'écart », commente Paroissiens progressistes, un blogueur masqué du Nord de la France, remonté contre les propos de Mgr Celli.

Combien de temps s'écoulera-t-il avant que les autorités romaines admettent que l'internet se supporte pas (ne connaît pas) le fonctionnement vertical descendant de l'information, comme au bon vieux temps de l'ORTF, quand Alain Peyrefitte, ministre de l'information de 1962 en 1966, visait le sommaire du journal télévisé de la chaîne unique de télévision française.

Dans son blog, René Poujol, ancien patron de la rédaction de l'hebdomadaire Pèlerin, et organisateur des Journées, s'étonne de ce qu'il a lu – en direct - sur la page Facebook de l'épiscopat créée pour l'occasion. Il raconte comment celle-ci a rendu compte d'une table ronde de blogueurs.

Dans un premier temps, la page n'a cité nommément que deux intervenants, deux prêtres : le jésuite Pierre de Charentenay, directeur des Études, et Pierre Hervé Grosjean, du très classique Padreblog. Quand Poujol fait gentiment remarquer au rédacteur de service la présence de deux des plus influents laïcs intervenants dans ce petit monde, le site « officiel » rectifie le tir d'une étrange manière : «  A leurs côtés, Erwann le Morhedec (Koztoujours) et Marc Favreau (Hôtel synodal) avec qui la Conférence des évêques est bien en lien

Le dernier terme fait bondir le journaliste : « Nos deux blogueurs laïcs sont homologués ! Rien à craindre ! Mais cette précision même pose question en ce qu’elle laisse entendre, que la FFPC aurait bien pu inviter des blogueurs «non conformes»… puisqu'il est jugé nécessaire de préciser qu’ils le sont. Mais conformes à quoi ? A une certaine éthique acceptable par tous, ou à une forme de labellisation sur la base de critères propres à la seule institution ? »

Les organisateurs ont convié les orateurs pour leur expérience et leur expertise unanimement reconnues. Même si Marc Favreau est fréquemment sollicité pour former des responsables de communication diocésains (fonction qu'il occupa lui-même un temps) et si Koz se situe globalement dans la ligne vaticane, il est maladroit de les qualifier de blogueurs « en lien » ?

Seraient-ils aux autorités catholiques ce que les artistes « officiels » étaient aux dictatures d'autrefois ? Un tel qualificatif ne m'aurait pas plu et mes deux camarades de la blogosphère catho méritent mieux que cela.


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commentaires

armel h 05/03/2012 14:42

Tout de même, restons sérieux : l'anonymat, "une nécessité" pour qui ne se situe pas "en proximité avec le pouvoir", "les minoritaires et les réfractaires" ?

Mais, s'il s'agit de remettre en question, voire rejeter, l'enseignement de l'église catholique, ou les propos du pape, cela n'a franchement rien d'une occupation "minoritaire" - c'est même une
sorte de réflexe conditionné plutôt répandu.

À quel danger cela exposerait-il ? Que craint-on ici ? L'intervention de l'Inquisition ?

Enfin quand-même, tout le monde est bien conscient que se démarquer de l'église catholique ou de sa hiérarchie, c'est on ne peut plus conforme à l'esprit du temps, conformiste, majoritaire,
que c'est bien la position la plus facile à tenir de nos jours.

Signer, pour reprendre l'exemple donné, "paroissien progressiste", ça n'a franchement rien de risqué. Ça sonne même plutôt comme un hobby facile pour fin de week-end en mal de farniente.

Et on n'y risque absolument rien, sinon une gloire médiatique à peu de frais - sauf peut-être pour la version dite "intégriste" de la critique, mais la gloire ici, tout aussi facile, se gagne en
petit comité.



Non, franchement, et sérieusement, qui peut croire que ce serait là une raison valable à l'anonymat ?

Les seules raisons réellement valables, il me semble, sont plutôt :
. une habitude effectivement répandue sur internet ; une tradition, en quelque sorte.

. une nécessité pour ceux dont la profession exige une certaine discrétion dans des prises de position publiques (c'est ce qui expliquait, par exemple, l'anonymat de Koz jusqu'à ce qu'il décide,
mais après longue réflexion semble-t-il, de le lever.)



Le reste ressortit aux histoires pour enfants qui jouent à la résistance ("on aurait dit que j'aurais pris un nom de guerre pour échapper à l'Inquisition qui me recherche parce que j'ai osé écrire
sur mon blog que j'étais pas d'accord avec le pape au sujet du préservatif").

Anonyme 04/02/2012 00:24

Cher Monsieur,

La lecture de cet article, intéressant, amusant même (mais peut-être effectivement capillotracté: tout ça pour quelques malheureuses expressions...) me pousse à évoquer ces quelques points:
Qualifier Pie XII de moderniste me semble faux et inutile. Le modernisme a été condamné (et je n'ai pas connaissance d'une levée de la condamnation). Ce pape n'a rien de cela en outre. Enfin, il
faut peut-être arrêter de classer les gens selon cette ligne réac-moderniste.
Que l'Eglise préfère que les gens qui s'expriment en se disant "catholiques" le soient effectivement me semble normal, et appréciable, ne serait-ce que pour ne pas induire en erreur la brebis que
je suis. Après, je suis d'accord, l'idée quelconque d'affiliation pour internet et les expressions utilisées sont inutiles, voir malvenues.
Enfin, pour M. Peyrefitte, notons tout de même que c'étaient les moeurs de l'époque, que le problème vient plus de l'existence d'une seule chaîne plutôt de ce que la chaîne publique soit contrôlée
par l'Etat, qui la paye aux frais du contribuable (et les programmes étaient sans doute de meilleure qualité à l'époque), et que ce Monsieur était un homme très intelligent, talentueux,
profondément catholique il me semble, un véritable homme d'Etat, et que la lecture de ses ouvrages, par exemple le Mal français, ne serait pas pour vous déplaire, pour autant que je vous connaisse
par ce blog.

Polydamas 01/02/2012 16:55

Ce qui m'étonne est qu'on s'étonne des propos d'un évêque à ce sujet. Comme si le Vatican était spécialiste de ce type de média et devait s'y conformer.

Ça n'a pas grande importance comme l'est également le débat du pseudo. Depuis quand tradis, progressistes, ou cathos mainstream, ont-ils besoin de la bénédiction et de l'approbation de tous les
prêtres qui les entourent pour bouger ? Quant à voir derrière le "lié à la CEF", une marque totalitaire, c'est quand même un peu capillotracté. On parle juste de blog, là, ça va, la démocratie et
la liberté de parole n'est pas en danger...

Marc FAVREAU 01/02/2012 16:52

Je suis bien d'accord avec Koz. Oui l'expression est terriblement maladroite, cela veut tout et rien dire "en lien avec".

Perso, une labellisation ne m'intéresse absolument pas, d'ailleurs je pense que cela serait le début de la fin, car ce que recherche les lecteurs, c'est justement une parole libre, un autre regard,
une autre mise en perspective. Ce qui est loin d'être toujours facile d'ailleurs.

Donc pour moi, fin du débat. Il y a des blogs estampillés cef, comme celui pour la famille par exemple, des blogs d’Évêques ou de prêtres presque "officiel" et pour le reste, une cathosphère
polymorphique et libre.

Koz 01/02/2012 15:20

Hello Philippe,

Moi le qualificatif ne me déplaît pas. Je sais ce qu'il laisse augurer d'années de purgatoires évitées, et je prépare mon Salut.

Plus sérieusement, s'il ne me vexe aucunement (compte tenu de mon tempérament légitimiste), il est en effet un peu maladroit (même s'il se voulait peut-être plutôt sympathique à notre égard). Nous
discutions, dans le TGV du retour, avec Anne Keller et Nicolas Senèze, de l'opportunité de labelliser d'une quelconque manière les blogs. Je crois me souvenir que nous étions tous les trois très
réticents à cette idée. Car si, bien sûr, l'Eglise peut pâtir de billets agressifs de la part de certains (que l'on retrouvera facilement aux deux extrémités des positionnements catholiques), je
pense vraiment qu’elle bénéficie de l'existence de paroles libres, spontanées, non avalisées, qui témoignent d'une vie au sein de l'Eglise et d'un débat.

Beaucoup ont une conception stéréotypée du catho, ne faisant que retransmettre la bonne parole venue d'en haut. Il est important que nos propos nous engagent mais n'engagent que nous, et témoignent
de notre propre réflexion. En outre, j'entends bien être seul responsable de mes éventuelles conneries, et qu'elles n'engagent pas la CEF. Je ne tiens pas à ce qu'un jour, un journaliste écrive un
truc du genre : "même Koz, pourtant bien en lien avec la CEF...".

Il me semble d'ailleurs qu'il est assez bien compris, du côté de la CEF, que c'est également dans son intérêt. Je comprends que ces formulations interpellent, mais il ne faut pas forcément accorder
à ces statuts une trop grande portée.

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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