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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 14:12

 

Tout à l'euphorie des JMJ, le journaliste Jean-Marie Guénois nous convie à l'enterrement d'un courant d'Église absent du rendez-vous madrilène. Avec quelques raccourcis...

 

Rendons grâce à La Vie. Grâce à l'étude publiée dans son édition du 4 août, on connaît le profil des dizaines de milliers de jeunes Français participants aux JMJ de Madrid. Et surtout, on peut affirmer ce que tous les observateurs disaient sous cape de cette génération. Ils sont issus des classes supérieures et engagés dans des études longues, s'affirment bien plus catholiques que chrétiens, sont très pieux (88% participent à la messe au moins une fois par mois) et n'ont pas d'état d'âme avec les positions catholiques en matière de sexualité.

 

Et surtout, tenez-vous bien, ils sont de droite !  41% se disent proche de la « droite » (sans plus de précisions, on citera l'UMP et ses satellites crypto-centristes et boutinistes), 6 % de l'extrême droite, 10 % du centre. Restent des miettes pour l'autre bord : 7% pour la « gauche » (qui doit correspondre au PS), 6% pour les écologistes et 1% pour l'extrême-gauche. Un échantillon dont Sarkozy n'oserait pas rêver.

 

Dans le même temps, ils sont 74% à apprécier les positions sociales de l'Église (immigration, pauvreté...), ce qui paraît incompatible avec leurs préférences politiques... « Quand j'aide les pauvres, on m'appelle un saint.Quand je demande pourquoi ils sont pauvres,on me traite de communiste! », disait Dom Helder Camara, dont beaucoup de nos JMJistes ignorent sans doute l'existence.


De cette enquête, le journaliste Jean-Marie Guénois tire sur son blog publié par le site du Figaro son employeur, une conclusion originale : « La fin annoncée des cathos de gauche » . Belle performance que d'extrapoler sur l'ensemble des catholiques d'un pays à parti d'un échantillon, certes d'élite, de 18-30 ans, cohorte rarement majoritaire dans les églises.

 

« Certains vont crier au retour de l'identitaire, au conservatisme », feint de s'inquiéter le blogueur. Pour qu'il y ait retour, il eût fallu que le phénomène ait disparu. Or il y a bien longtemps que cette posture « identitaire » est présente et qu'elle est majoritaire, principalement chez les jeunes prêtres et les jeunes fidèles. Et les « certains » vont exprimer des interrogations sûrement, de l'inquiétude sans doute, mais pas de surprise.

 

Comme, semble-t-il, il n'existe rien en dehors des JMJ, cette enquête « indique les contours du catholicisme de demain en France ». Les cathos de gauche, que Jean-Marie Guénois ne porte pas dans son cœur, ont droit à un portrait peu ragoutant. « Le catholicisme de gauche et progressiste a des cheveux blancs. Il est plutôt concentré aujourd'hui chez les aînés de l'Église de France quand il n'a pas quitté les rangs pour s'engager franchement en politique ou dans le syndicalisme. Surtout, il n'a que peu d'hérédité. Ces JMJ permettent d'en entrevoir non pas sa fin, mais la fin de son influence décisive. Elle fut dominante dans l'intelligentsia de l'Église de notre pays depuis les années 70. » « 

 

On partage le constat global sur les chiffres et le poids du catholicisme progressiste français. Toutefois, on s'étonne de l'opposition entre appartenance ecclésiale et engagement militant, acte que recommande le magistère romain. Ce n'est pas l'entrée en politique qui a incité une génération à déserter les églises.

 

Après quoi, le journaliste nous sert le couplet, entendu, de la grande famille Église qui ne peut souffrir les divergences. « L'Église catholique ne se réduit pas à ce genre de division droite/ gauche mais il faut reconnaître que cette fracture a été comme dans aucun pays, un facteur de division et d'exclusion en particulier pour ceux qui ne pensaient pas comme il fallait. Il était en effet de bon ton d'être progressiste et très mal vu d'être un catholique de droite. »

 

Ce temps de la gauche triomphante dans les presbytères, qui semble avoir marqué le blogueur, commence à dater. Et le pontificat de Jean Paul II, à travers des promotions épiscopales choisies parmi les prêtres les plus conservateurs, a fait le nécessaire pour que le spectre d'une Église de France à la solde de Jacques Gaillot et ses sbires reste de l'ordre du fantasme.

 

Jean-Marie Guénois se réjouit donc d'apercevoir, enfin, la disparition du catholicisme de gauche, « cette idéologie » qui« a miné la pastorale de l'Église pendant des décennies ». C'est bien connu, le catholicisme de droite qui triomphe à Madrid ne relève pas du vilain vocable d'« idéologie ». Notre Église a donc survécu aux prêtres à col roulé qu'on appelait par leur prénom et qui – c'est vrai - étaient davantage enclins à la convivialité qu'à la catéchèse.

 

Il nous le précise, notre journaliste a envoyé son texte « dans l'avion de Benoît XVI qui nous conduit à Madrid. ». A 10.000 mètres d'altitude entre Rome et Madrid, inspiré par la présence à quelques mètres du Saint-Père, telle est donc la meilleure place pour rayer en quelques lignes un pan majeur de l'histoire religieuse française.

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commentaires

Jean-Claude Barbier 24/08/2011 16:22


C'est vrai que le profil sociologique des JMCistes est catastrophique pour le catholicisme progressiste : celui-ci n'a plus le vent en poupe et ses militants - toujours aussi méritants, dévoués et
sur la brèche - vieillissent sans relève. Ce sont les mouvements de piété et charismatiques qui mobilisent les adolescents et les jeunes ménages.
D'une façon générale, les mouvements religieux libéraux (catholiques progressistes, protestants libéraux, chrétiens unitariens)- qui posent pourtant de bonnes questions - peinent à recruter des
jeunes.
Ce sont les offres positives qui attirent plutôt les jeunes et non les vieux militants transformés (parfois) en grognards napoléoniens sans cesse entrain de contester ; même s'ils ont raison. Or,
l'Eglise catholique, même vieille Dame toute ridée et radoteuse, a encore la capacité à organiser des cérémonies, des pèlerinages, des fêtes. Vive les fêtes !


Koz 24/08/2011 14:49


Pour le coup, ce billet m'a paru extrêmement malvenu. Je goûte, grâce au Net, à la possibilité de faire sauter quelques barrières, en lisant La Vie, en lisant Témoignage Chrétien. Quand c'était
payant, je n'aurais pas sauté le pas. Ce qui est un peu anecdotique mais, bref, il me semble que le temps n'est vraiment pas à réveiller des antagonismes déplacés au sein de l'Eglise. J'ai
l'impression que Jean-Marie Guénois tirait là sa revanche sur des années pas évidentes pour un journaliste catho de droite, mais il n'était aucunement besoin de clamer une quelconque "victoire".


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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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