Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 15:37

 

Comme chaque 17 octobre, ATD Quart-Monde se mobilise toute une journée pour nous inviter à refuser le misère , à nos portes comme ailleurs. Une des convictions majeures du mouvement fondé par le P. Joseph Wresinski (1917-1988) est de donner la parole aux plus modestes, à celles et ceux que la vie a rendu invisibles et inaudibles au plus grand nombre.

 

Dans un ouvrage à paraître la semaine prochaine, Le pari de la fraternité *, les présidents de deux grandes ONG catholiques, qui travaillent souvent aux côtés d'ATD, abordent cette question de l'expression directe des populations auxquelles ils viennent en aide.

 

Voici un extrait de leur dialogue :

 

Guy Aurenche (président du CCFD Terre solidaire)  : Sur l'attitude que nous devons avoir vis-à-vis des plus pauvres, j'entends souvent dire dans nos milieux : « Nous devons être la voix des sans voix ». Je ne supporte pas cette expression car elle semble vouloir dire que les pauvres n'ont pas de voix. Or ce ne sont pas les pauvres qui n'ont pas de voix. C'est nous qui n'avons d'oreille pour les entendre. Cela a des conséquences sur le fonctionnement de nos associations.

 

Si nous étions la voix des sans-voix, il faudrait par exemple que le CCFD Terre solidaire aille dire comment les femmes du Kivu se sont fait spolier. Ce n'est pas notre attitude. Nous allons aider ces femmes afin qu'elles aillent à l'Assemblée nationale du Congo à Kinshasa pour dénoncer une loi et des pratiques coutumières. Ce n'est pas pas moi qui vais le dire, mais je les aurai aider à le dire quand même.

 

François Soulage (président du Secours catholique) : Dans le passé, nos associations ont certainement dû, parfois, être la voix des sans voix. Cela se comprenait peut-être à l'époque. Mais aujourd'hui, nous ne devons pas nous substituer aux pauvres pour parler en leur nom. Il faut combattre cette tentation dans nos organismes – comme en chacun de nous – et c'est un combat permanent et difficile. (…) Sur le plan théorique, tout le monde est d'accord. La résistance est psychologique de part et d'autre.


Donner la parole aux plus pauvres dans des organismes comme les nôtres n'est pas simple. Les plus pauvres ne s'expriment pas nécessairement comme nous, comme nos militants. Ils ne font pas les mêmes analyses. Ils n'emploient pas les mêmes mots. Ils ne prennent pas les mêmes précautions oratoires. Ils expriment parfois plus de brutalité, voire d'agressivité. Mais pour être vrais, il faut prendre le risque de leur donner la parole.

 

Dans l’Église catholique également, la parole du pauvres est difficilement audible. La dynamique Diaconia 2013 Servons la fraternité en a fait un de ses objectifs.Depuis le 1er septembre 2012, les animateurs de Diaconia invitent à réfléchir la place des pauvres dans la liturgie. Dans la nef, comme dans le choeur.

 

 

* Le pari de la fraternité, Guy Aurenche et François Soulage, entretiens avec Aimé Savard, éd. de l'Atelier, 240 p., 22 €. A paraître le 25 octobre.

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de cathoreve
  • Le blog de cathoreve
  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
  • Contact

Recherche

Liens