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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 10:05

 

 

Dans la production de livre sur le catholicisme, la sous-catégorie des ouvrages autour de la réforme de l'Église est une constante depuis plusieurs décennies. Dus à des prêtres ou anciens prêtres, souvent âgés, ces textes appellent, avec plus ou moins de vigueur, à des changements de fond comme de forme dans l’Église catholique.

 

La star française du genre est un jésuite nonagénaire, Joseph Moingt. Son ouvrage d’entretien Croire quand même (Temps présent, 2010, 243 p., 19,30 €) est étudié dans de nombreux groupes de fidèles en France et l'ancien professeur est très demandé en conférence. Desclée de Brouwer a regroupé l'an passé deux d'entre elles sous le titre Faire bouger l’Église catholique (191 p., 16 € ). Moingt invite notamment à remettre à plat la structure historique de la présence d’Église basée sur les prêtres et les paroisses.

 

Ce même éditeur a publié récemment un ouvrage dans le même esprit, de la plume d'un ancien recteur de l'Institut catholique de Lyon, Michel Quesnel. Dans Rêver l’Église catholique (143 p., 15 €), ce bibliste qui n'a rien d'un franc-tireur présente certaines impasses actuelles de son Église et invite à faire du neuf.

 

J'ai proposé une lecture croisée de ces deux ouvrages sur le site de Témoignage chrétien

 

Autrefois fer de lance du christianisme progressiste, les éditions du Seuil ont édité l'automne dernier le dernier opus d'Hans Küng Peut-on encore sauver l’Église ? (249 p., 21 €). L'ancien compagnon de route du Pr Ratzinger proposait là une étude aussi riche... que pleine d'aigreur.

 

Le 14 février prochain, la même maison propose un petit ouvrage d'un ancien enfant terrible de l’Église de France. Sous le titre choc, L’Église va-t-elle disparaître ? (1), Jean-Claude Barreau, défroqué depuis 1971, dresse le constat de faillite de l'institution et propose une nouvelle figure de prêtres bénévoles, mariés ou non, vivant et travaillant comme ses contemporains.

 

Qui lit aujourd'hui, en France, Moingt, Quesnel, Küng et Barreau ? Des catholiques nostalgiques de l'effervescence réformiste des années post-conciliaires. La génération qui a mal vécu le coup d’arrêt des années Jean Paul II. Ces fidèles, d'un certain âge, sont par avance convaincus des thèses iconoclastes des ouvrages qu'ils achètent. Ils y cherchent et y trouvent un souffle et des raisons d'espérer un avenir possible. Non pour eux mais pour les générations suivantes.

 

Ceux à qui s'adressent vraiment cette littérature de cri prennent-ils la peine de la parcourir ? Nombre de nos évêques, le nez dans les rênes de leur fragile attelage diocésain, n'en encombrent pas leur table de chevet. Beaucoup pourtant en partagent les constats et certains approuvent même quelques-uns des remèdes proposés. Mais en se gardant d'en faire cas publiquement, de peur qu'une âme charitable les dénonce à Rome.

 

Quant à ceux qui continuent à voir ou à rêver l’Église triomphante de la chrétienté, ils ressortiraient volontiers les bûchers pour ces traîtres qui osent mettre en cause la Sainte Église éternellement infaillible.

 

Alors faut-il publier ces livres ? Oui, malgré tout, et malgré leur diffusion moindre aujourd'hui. Car toute institution qui refuse de se penser et de s’imaginer différente est guettée par la nécrose.

 

Le jour où l'on arrêtera de se poser la question iconoclaste de sa mort, l’Église catholique se trouvera encore plus en danger. Sa disparition ne serait pas grave en soi si elle ne risquait d’entraîner avec elle le message qu'elle porte et qui la porte.

 

(1) L’Église va-t-elle disparaître ?, Jean-Claude Barreau, Seuil. A paraître le 14 février

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commentaires

Anonyme 09/02/2013 10:24

Cher Monsieur,
Il me semble que "lefebvristes" et "progressites" ont ceci de commun qu'ils oublient que l'Eglise ne peut disparaître, que "les portes de l'enfer ne l'emporteront pas sur elle", que le Christ a
d'une certaine manière déjà vaincu. Aussi, quoique cela ne veuille pas dire qu'il n'y ait rien à faire (bien au contraire), ne faudrait-il pas se garder de penser trop fortement, avec les risques
d'orgueil que cela comporte pour chacun, que l'on a compris la crise de l'Eglise et la Providence divine, et que l'on connait les solutions pour faire repartir l'affaire ? Il y a, quelque activité
que l'on déploie par ailleurs, une confiance fondamentale et totale à placer en Dieu ("hors de moi vous ne pouvez rien faire"). L'espérance n'est sans doute pas de ne pas voir les problèmes, elle
permet de se tourner vers Dieu qui peut tout pour nous si nous acceptons de suivre sa volonté et de nous y soumettre humblement: peut-être nous faut-il moins inventer des solutions que demander de
l'aide.

Mike 06/02/2013 14:17

Je trouve votre approche trop binaire. la distinction n'est peut-être pas entre ceux qui rêvent d'une Eglise triomphante de la chretienté et ceux qui veulent des reformes telle ques preconisées par
ces auteurs. Il y a bien d^'autres personnes, et elles sont les plus nombreuses, qui ne veulent ni de ces reformes qu'elles considèrent comme inadaptées car ayant fait la preuve de leur echec dans
d'autres Eglises chrétiennes, ni d'une Eglise de la chrétienté médievale. Ces gens sont moins préoccupées par l'Eglise que par le Christ et la foi,e t savent que seulent une vie conforme au christ
peut renouveler L'Eglise, et non tel ou tel changement comme des hommes mariés ordonnés prêtres

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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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