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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 19:01

PieXII

 

Un miracle s'annonce et la cause de béatification du pape de la Seconde guerre renaît. Et si on parlait de l'autre Pie XII et de sa vision de l’Église ?


 

Pie XII est de retour. Eugenio Pacelli, pontife de 1939 à 1958, n'a jamais cessé d'occuper le devant de la scène. Dans la tendance actuelle à canoniser tous les papes - remise au goût du jour cette année -, sa cause redémarre. Depuis décembre 2009, il est en effet « vénérable » et Benoît XVI ne serait pas contre en faire un bienheureux. Coup de chance, on vient de lui trouver un miracle, condition sine qua nonpour toute béatification.

 

Rien n'est encore officiel, mais Maria Esposito, institutrice du sud de l'Italie, affirme devoir la rémission inexpliquée de son cancer à Pie XII. Celui-ci serait apparu en rêve à son mari et la patiente l'avait imploré. Les deux médecins mandatés par l'évêque local ont évoqué l'hypothèse - plus prosaïque - que la chimiothérapie fut au moins aussi décisive dans l'amélioration de l'état de la malade que l'intervention céleste d'Eugenio Pacelli. Le dossier de miracle a été ajouté au dossier, dont le postulateur, le jésuite Peter Gumpel, reste prudent,

 

La décision de béatifier Pie XII sera bien moins liée à ses interventions de l'au-delà qu'à des considérations politiques. Le rôle qu'aurait joué Pie XII face à la Shoah demeure le nœud du dossier. Pour ses détracteurs, il n'aurait rien fait ou dit pour empêcher l'élimination massive des juifs d'Europe. Pour ses défenseurs, on lui doit de nombreux vies sauvées en Italie et une prise de parole plus forte aurait provoqué plus de dégâts que de gains. Le débat demeure, compliqué par les difficultés diplomatiques entre le Saint-Siège et l’État d'Israël. Le vent est plutôt favorable aux défenseurs du pontife.

 

Dans le processus de reconnaissance de Pie XII, tout le monde oublie que le pape ne fut pas à la tête de l’Église seulement durant ses années sombres. Il fut aussi le pape de l'après-guerre. Et son bilan laisse peut être plus à désirer que son comportement face à la Shoah. Il s'efforça de renforcer le pouvoir pontifical, écrivant « la volonté des souverains pontifes n'est plus à considérer comme question libre entre les théologiens » (1).

 

Il revint en arrière sur la reconnaissance des vertus des méthodes historiques d'exégèse « beaucoup trop libres pour interpréter les Livres historiques de l'Ancien Testament ». Ce pape fondamentaliste ne supportait pas les remises en cause de l'historicité biblique. Pensez donc, toucher à l'existence d'Adam mettait en péril le péché originel. Teilhard de Chardin et toute l'école des jésuites de Lyon-Fourvière, dont le futur cardinal de Lubac, ont subi les foudres du Vatican d'alors.


En 1954, Pie XII signa l'arrêt de mort de l'expérience, aventureuse mais originale et prometteuse, des prêtres-ouvriers avec un raisonnement étonnant : « S'il faut choisir entre l'efficacité apostolique et l'intégrité sacerdotale, je choisis l'intégrité sacerdotale » (2). Mieux vaut des prêtres ensoutanés dans leur sacristie qu'auprès des hommes, afin de défendre « le sacerdoce tel que le Christ l'a établi ». Car Jésus, c'est notoire, a interdit à ces apôtres de vivre avec le peuple.

 

En ces temps de guerre froide, la peur du communisme primait sur toute considération pastorale. Cette funeste année 1954 fut également celle de la béatification de Pie X (pape de 1903 à 1914), le pourfendeur des idées modernistes.


Soyons honnête, le pape Pacelli eut quelques bonnes intuitions comme l'ouverture aux peuples colonisés, dont il a ordonné les premiers évêques indigènes. Pour lui, l’évangélisation ne signifiait pas la transplantation des formes de culture des peuples d’Europe dans les nations nouvelles. Sans aller jusqu'à l'idée d'une « Église, peuple de Dieu », avancée par Vatican II, il encouragea la participation active des fidèles à la messe.


Bref, il est grand temps que le bilan critique de son pontificat long et difficile dépasse la question, légitimement obsédante, du génocide juif. Et que l'on se demande si ce pape, qui ne fut ni le salaud indifférent que prétendent certains, ni le gardien du temple irréprochable qu'invoque d'autres, mais un homme d’Église de son temps, avec ses ombres et ses lumières.

 

  1. Encyclique Humani generis, août 1950

  2. Lettre aux cardinaux français, 4 novembre 1953

Pour les faits et méfaits du pontificat de Pie XII, je me suis appuyé sur l'excellente étude de l'historienne Martine Sèvegrand, parue dans « Témoignage chrétien » en novembre 2010.

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commentaires

Mike 15/07/2011 18:46


Je suis surpris par vos propos à propos de Pie XII et des méthodes historiques d'exegèse. Bien loin de revenir en arrière, il me semble que c'est lui qui les a consacrées avec l'encyclique "Divino
afflante spiritu" qui a justement donné l'élan dont ces mtéhodes avaient besoin dans le monde catholique. Il était donc loin d'être fondamentaliste.


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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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