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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 13:24

Pour être crédible, l'Église catholique doit donner l'impression qu'elle et le Christ aiment les gens. Problème, le prélat romain convaincu de cela est un spécialiste des questions familiales, celles qui coincent.

 

Jean-Laffitte.jpg

Mgr Jean Laffitte est un homme affable et souriant. Avec son bon accent du Béarn, il parcourt le monde pour porter la bonne parole vaticane dans un domaine où elle passe difficilement : la morale familiale et sexuelle. Ce prélat est en effet secrétaire (numéro 2) du Conseil pontifical pour la famille.

 

Quand on l'interroge sur les milliers de femmes abandonnées par leurs maris, interdites de table eucharistique si elles ont l'idée de vouloir se remarier, Mgr Laffitte répond le plus tranquillement du monde que l'on ne peut défaire le sacrement donné devant Dieu. Tant pis ! Le geste posé enferme à jamais.

 

Mgr Laffitte ne s'est s'en doute jamais demandé pourquoi en Occident, si peu de catholiques suivaient les règles qu'il s'obstine à expliquer dans tous les séminaires et toutes les nonciatures qu'il visite à longueur d'année. Mgr Laffitte maîtrise bien mieux les fuseaux horaires que la réalité de la vie des gens.

 

Et voici que, à l'occasion de son passage à Lourdes pour la fête des familles, Mgr Laffitte a répondu à un entretien dans La Croix  du 31 octobre 2011. A la question « Quelles sont les conditions aujourd'hui de la crédibilité du message catholique ? », Jean Laffitte donne une réponse intéressante : « la première condition, c'est que les gens sentent que l’Église les aime comme le Christ les aime ». L'évêque parle d'amour et non de loi.

 

A lire les Évangiles, il est difficile de penser que Jésus était très à cheval sur les procédures. Lui qui n'a rien bâti, si ce n'est l'essentiel. Comment donc le Christ aime les gens, comment il a aimé ses contemporains qui ne suivaient pas les lois de l'époque ? Devant la femme adultère, il a dit « Va et ne pêche plus », il ne lui pas expliqué « tu ne peux me suivre car tu as fauté ».

 

Jésus accueille sans interdire. L’Église aussi, dira-t-on, accepte les divorcés-remariés, mais en leur fermant la portes de son signe le plus important. Elle accueille également les homosexuels, en leur demandant un comportement impossible. Elle aime sans conditions les gens qui marchent droit. Drôle de façon d'aimer.

 

Les « gens » qui vivent hors des clous ont bien du mal à « aimer l’Église ». Albert Rouet, alors archevêque de Poitiers, avait abordé la question dans un autre sens : « C'est à nous de nous rendre aimables  » (Le Monde, 4 avril 2010).

 

Une récente enquête réalisée par le Cevipof (le Centre d'étude de Science po Paris) et relevée par Le Monde (8 novembre 2011) donne une image édifiante de la réalité. A la question « Avec-vous confiance dans les instituions suivantes », l'Eglise (sans précision, et sans accent sur l'initiale, on pense penser qu'il s'agit de la catholique) ne récolte qu'un piètre 28 % de oui, dixième sur douze du palmarès, loin derrière l'armée (tête de liste, avec 85 %), l'école (78 %) ou encore la police (52 %). Cette Eglise ne laisse derrière elle que la télévision (24 %) et les partis politiques (13 %) dans le concours d'amour/désamour.

 

Mgr Laffitte et ses collègues ont-il songé un jour à la vague de sympathique qui submergerait le monde catholique si le Vatican renonçait à un de ces principes qui provoquent tant de souffrance et éloignent tant de gens du message évangélique ? En lâchant sur une règle de morale familiale et sexuelle, la parole de Mgr Laffitte et son sourire prendraient réellement sens. On pourrait enfin tous dire : l’Église aime les gens.

 

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commentaires

Incarnare 17/11/2011 00:22


Merci de votre billet ! Je vous propose en réponse la réflexion publiée ce jour http://www.theologieducorps.fr/actualites/2011/11/leglise-lamour-loi-redemption

Au plaisir d'en re-discuter !


Anonyme 15/11/2011 21:05


Cher Monsieur,
Vous ne me semblez pas vous poser un instant la question de l'obéissance. Or, si celle-ci n'exclue pas la réflexion personnelle, c'est dans un esprit d'humilité et avec réel effort et recherche
s'il le faut afin de comprendre l'enseignement de l'Eglise. D'ailleurs, ce manque de respect (je ne vous vise pas particulièrement) que l'on peut constater pour l'enseignement de l'Eglise chez les
cathos même explique peut-être la défiance de nos autres concitoyens.
En outre, comme il l'a été dit, on ne peut passer sur une vérité pour faire du chiffre et grossir nos rangs; d'autant que je doute de l'afflux de catholiques si ce que vous souhaitez arrivait: la
plupart des gens se diraient plutôt "hum... enfin, l'Eglise commence à se mettre à jour...mais bon, il reste du chemin à faire". En effet, une règle de philosophie morale est que l'on ne fait pas
le mal, ainsi d'un mensonge, en vue du bien (lu dans Youcat, mais qui se trouve formulée aussi ainsi: la fin ne justifie pas les moyens).
Et puis si l'on insiste tant, même si j'accepte que ce puisse être un peu excessif, c'est tout de même pour marquer qu'il y a un bon comportement, celui qui est le plus apte à assurer le bonheur de
chacun.
Enfin, ceux qui se trouvent dans une situation contradictoire (cathos divorcés-remariés ou homosexuels pratiquants) se doivent de chercher, comme je l'ai dit, pourquoi l'Eglise dit ceci ou cela (a
priori c'est plutôt pour leur bien, et, si on ose le dire, pour le salut de leur âme). En n'oubliant pas de remercier et de prier pour ceux qui, quoique dans de telles situations, acceptent
les conséquences de leur choix (ne pas communier...).
En union de prière, et demandant pardon pour les mots que j'ai pu employer de manière trop brusque.


Goéland 15/11/2011 09:32


@Grugru :

Dieu merci, je ne suis pas non plus concerné directement par la question des divorcés remariés, et il est vrai que je ne serais pas parti dans les premiers face à Jésus et à la femme adultère (à
moins de trente ans, on est encore jeune :) ).

Je n'ai pas dit qu'il fallait jeter la pierre aux divorcés remariés, je pense même que la phrase "Qu'il faille les accueillir est une évidence, un devoir" signifie exactement l'inverse.

Je suis bien d'accord que si on regardait le décalage entre nos vies et le minimum d'amour que Dieu nous demande, nous n'irions pas souvent communier. C'est d'ailleurs pour moi une grande question
: puis-je communier quand j'ai péché ?

Il n'empêche que l'enseignement du Christ sur le mariage est très éloquent, cf. Matthieu 19, 1-12. Celui qui peut comprendre, qu'il comprenne !


Grugru 15/11/2011 00:50


Merci Philippe pour ce cri du coeur (du coeur, vraiment !).
Je ne suis pas directement concernée par la question des divorcés remariés, mais je vois combien sur ma paroisse, la position doctrinale de l'Eglise blesse. Je me souviens comment la parole de
notre évêque d'alors avait pu résonner pour moi qui venait d'échanger sur le thème divorcés/remariés, lors d'une messe en plein air d'un grand rassemblement diocésain... Après les mouvements liés à
la communion, notre évêque avait demandé à la foule, sur un ton bon enfant sans se rendre compte "tout le monde a pu communier ?", excluant de fait sans se rendre compte tout ceux qui ne
s'autorisent pas. (Il me semble d'ailleurs que si telle était ma situation, je passerai outre ce que pense le magistère romain).
Quant au premier commentateur de cet article, il serait heureux de savoir depuis quand on n'est pas capable d'enten dre dans cet évangile la force du "que celui qui n'a jamais pêché lui jette la
première pierre" et d'entendre aussi que ceux qui partent en premier sont les plus anciens (sans doute plus sages, et/ou conscients d'avoir accumulés plus d'occasions ?). Autrement dit, à ce
monsieur, j'ai envie de dire que si tout le monde regardait en conscience le décalage entre ce que prône l'Eglise et sa vie quotidienne, il n'y aurait plus personne à l'eucharistie...
Et à quoi sert justement de reconnaître avant l'eucharisitie notre indignité et ce "dis seulement une parole et je serai guéri"... Guéri de quoi, si j'ai tout bon, que je suis en conformité avec la
Loi ? (je fais exprès de mettre la grande majuscule tant parfois notre Eglise institutionnelle renvoie un comportement dénoncé par le Christ...


jeanduma 14/11/2011 18:58


La réponse est dans la question : Jésus, tellement rempli d'amour et de compassion, a même dit aimez vous les uns les autres, enfilez vous comms vous voulez, et défaites tout ce que vous
voulez.
La preuve que le mariage, présenté comme les arriérés comme un copy past de la Trinité, l'image du Dieu Trinitaire un deux et trois (l'Esprit qu procède du Père et du Fils), est totalement
out...
Quant aux vagues de sympathie que doit susciter l'aggionamento des positions de l'Eglise, Jésus aurait du se débrouiller pour en susciter une un vendredi où il a bien foiré face à la foule...


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  • : Philippe Clanché, journaliste religieux indépendant, collaborateur de La Vie ou Bayard Presse. Au menu : émergence d'un catholicisme ouvert, décoincé et qui puisse parler à notre temps. Bon appétit. On peut me suivre sur Twitter : @pclanche
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