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Pour être crédible, l'Église catholique doit donner l'impression qu'elle et le Christ aiment les gens. Problème, le prélat romain convaincu de cela est un spécialiste des questions familiales, celles qui coincent.
Mgr Jean Laffitte est un homme affable et souriant. Avec son bon accent du Béarn, il parcourt le monde pour porter la bonne parole vaticane dans un domaine où elle passe difficilement : la morale familiale et sexuelle. Ce prélat est en effet secrétaire (numéro 2) du Conseil pontifical pour la famille.
Quand on l'interroge sur les milliers de femmes abandonnées par leurs maris, interdites de table eucharistique si elles ont l'idée de vouloir se remarier, Mgr Laffitte répond le plus tranquillement du monde que l'on ne peut défaire le sacrement donné devant Dieu. Tant pis ! Le geste posé enferme à jamais.
Mgr Laffitte ne s'est s'en doute jamais demandé pourquoi en Occident, si peu de catholiques suivaient les règles qu'il s'obstine à expliquer dans tous les séminaires et toutes les nonciatures qu'il visite à longueur d'année. Mgr Laffitte maîtrise bien mieux les fuseaux horaires que la réalité de la vie des gens.
Et voici que, à l'occasion de son passage à Lourdes pour la fête des familles, Mgr Laffitte a répondu à un entretien dans La Croix du 31 octobre 2011. A la question « Quelles sont les conditions aujourd'hui de la crédibilité du message catholique ? », Jean Laffitte donne une réponse intéressante : « la première condition, c'est que les gens sentent que l’Église les aime comme le Christ les aime ». L'évêque parle d'amour et non de loi.
A lire les Évangiles, il est difficile de penser que Jésus était très à cheval sur les procédures. Lui qui n'a rien bâti, si ce n'est l'essentiel. Comment donc le Christ aime les gens, comment il a aimé ses contemporains qui ne suivaient pas les lois de l'époque ? Devant la femme adultère, il a dit « Va et ne pêche plus », il ne lui pas expliqué « tu ne peux me suivre car tu as fauté ».
Jésus accueille sans interdire. L’Église aussi, dira-t-on, accepte les divorcés-remariés, mais en leur fermant la portes de son signe le plus important. Elle accueille également les homosexuels, en leur demandant un comportement impossible. Elle aime sans conditions les gens qui marchent droit. Drôle de façon d'aimer.
Les « gens » qui vivent hors des clous ont bien du mal à « aimer l’Église ». Albert Rouet, alors archevêque de Poitiers, avait abordé la question dans un autre sens : « C'est à nous de nous rendre aimables » (Le Monde, 4 avril 2010).
Une récente enquête réalisée par le Cevipof (le Centre d'étude de Science po Paris) et relevée par Le Monde (8 novembre 2011) donne une image édifiante de la réalité. A la question « Avec-vous confiance dans les instituions suivantes », l'Eglise (sans précision, et sans accent sur l'initiale, on pense penser qu'il s'agit de la catholique) ne récolte qu'un piètre 28 % de oui, dixième sur douze du palmarès, loin derrière l'armée (tête de liste, avec 85 %), l'école (78 %) ou encore la police (52 %). Cette Eglise ne laisse derrière elle que la télévision (24 %) et les partis politiques (13 %) dans le concours d'amour/désamour.
Mgr Laffitte et ses collègues ont-il songé un jour à la vague de sympathique qui submergerait le monde catholique si le Vatican renonçait à un de ces principes qui provoquent tant de souffrance et éloignent tant de gens du message évangélique ? En lâchant sur une règle de morale familiale et sexuelle, la parole de Mgr Laffitte et son sourire prendraient réellement sens. On pourrait enfin tous dire : l’Église aime les gens.
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